Crowdfunding : premières leçons

Publié le 09 décembre 2013 par Gaga96 @gaga96fr
Vous le savez certainement si vous suivez mes articles, j'ai décidé de lancer une campagne de financement participatif (ou crowdfunding) pour le projet Deucalion.
Cela fait environ deux semaines que j'ai démarré, c'est l'occasion d'un premier bilan.

Quelques remarques préliminaires

Rappelons d'abord de quoi nous parlons. Je cherche à financer un projet de diversification de mon activité actuelle. Après moult calculs, j'ai estimé qu'il me faudrait environ 72 000 € pour arriver à lancer cette activité. Pas de R&D ou de technologie compliquée : essentiellement de la main d’œuvre hautement qualifiée.
A propos, la page de financement est ici : http://sparkup.fr/deucalion
J'ai opté pour une plateforme de crowdfunding en plein démarrage. Et ceci pour quatre raisons :
  • ils m'ont spontanément contacté : comme quoi, il est utile de s'inscrire sur divers sites destinés aux entrepreneurs en recherche de financement et d'investisseurs en recherche d'entreprises innovante ;
  • ils proposent du financement par achat d'actions, et non par don ou par prêt : j'y reviendrais ;
  • ils démarrent, et j'aime bien aider des entrepreneurs qui démarrent : je suis passé par là, et je sais à quel point il est difficile d'amorcer l'activité ;
  • et ils me proposent exceptionnellement une levée de fonds gratuite : ce n'est pas négligeable, quand on sait que certaines plateformes prennent jusqu'à 10% des sommes levées.
Bref, pas de raisons de ne pas essayer.
Ce qui m'intéressait en particulier chez eux, c'est le mode de financement. En effet, le crowdfunding le plus connu est basé sur le don. Ou plus exactement, le "don pour don". Vous donnez une certaine quantité d'argent à un artiste, un créateur ou un entrepreneur, et il vous donne en contrepartie une de ses productions : disque (dédicacé), droit de visite gratuit à un événement, produit innovant pas encore disponible sur le marché.
C'est le mode le plus populaire, et c'est lui dont tout le monde parle. En effet, certains artistes comme l'inévitable Grégoire ont lancé une carrière nationale à partir de ce mode de financement. Mais dans la pratique, cela fonctionne surtout pour de petites sommes, de l'ordre de quelques milliers d'euros. Et les plateformes de "don pour don" vous invitent fortement à rester modeste sur l'objectif à atteindre, même si une fois cet objectif atteint, il n'y a plus de limite.
On peut s'étonner de cette démarche modeste, mais c'est assez sensé. En effet, une campagne de crowdfunding vous permet de compter sur de parfaits inconnus, qui ne savent pas grand chose de vous. Donner 10 € à un inconnu dont l'extrait musical vous plaît, c'est du domaine de l'émotion, du coup de cœur, bref, c'est un geste envisageable. Donner 500 €, beaucoup moins. Et à 10 ou 20 € le don, il vous faut convaincre environ 300 personnes pour arriver à 5000 €.
Gros boulot de communication, donc, pour pas grand chose, finalement. C'est suffisant pour un truc peu ambitieux, mais pas pour un projet entrepreneurial sérieux. Et le buzz magique qui fait atteindre le million d'euros, ça marche avec des œuvres artistiques, mais difficilement avec une entreprise.
Donc il me faut passer par les autres modes de financement participatif : le prêt participatif ou le financement participatif par achat d'actions. Le premier est un prêt à taux zéro que vous font un tas de gens que vous ne connaissez pas. J'avoue que j'y crois peu, et je ne connais pas de plateforme qui se place sur ce créneau. Le second me semble plus intéressant.

Premiers enseignements

D'abord, est-ce difficile de préparer techniquement une campagne ? En fait, pas tant que ça. En principe, lorsque vous voulez financer un projet entrepreneurial, vous avez vraisemblablement déjà un business plan sérieux, avec des projections financières et une analyse du marché. Donc rédiger le contenu de la page de présentation de votre projet, c'est assez simple.
Le plus dur, c'est la vidéo. Une bonne vidéo ne me fera probablement pas avoir beaucoup d'investisseurs, mais une mauvaise vidéo pourra en faire fuir une bonne partie. C'est pourquoi j'ai demandé à un ami réalisateur de m'aider. Si vous en avez besoin, je vous transmettrai ses coordonnées avec plaisir.
OK. Techniquement, on est prêts, et les gérants de la plateforme me pressent de démarrer sous peine de fin de gratuité de la campagne. Leurs conseils "d'experts" : on commence avec son entourage, puis on balance un e-mailing massif auprès de tous les gens qu'on connaît. Et on place une deadline super-courte, car les gens attendent le dernier moment pour investir. Quitte à la faire bouger. Au départ, on convient de partir sur deux mois extensibles à trois. Au final, ils me font commencer à 39 jours sans vraiment m'en parler. Bon. On verra.
J'envoie donc un premier e-mail à mes parents, frère, oncles et tantes, ainsi qu'à quelques amis proches, et ma femme fait de même de son côté. Au bout d'une semaine, sur "l'invitation" des gérants de la plateforme, j'envoie mon e-mailing massif.
Premier constat : les proches ne réagissent pas ou peu à l'e-mailing. En deux semaines, je n'ai eu qu'un appel téléphonique d'un ami de mes beaux-parents.
Deuxième constat : c'est pareil pour les autres. Plus de 1500 e-mails envoyés à mes contacts professionnels, et seule une poignée de contacts s'est manifestée.
Leçon n°1 : les gens n'investissent pas si vous ne les appelez pas ou si vous ne les rencontrez pas physiquement. 
Par ailleurs, je fais de la communication tous azimuts sur les réseaux sociaux : Twitter, Facebook, Viadeo, LinkedIn... Cela me donne l'occasion d'avoir quelques nouveaux contacts, dont même des investisseurs. Des sommes modestes, certes, mais ce sont quand même des gens que je ne connaissais pas avant la campagne, et à qui je suis infiniment reconnaissant. Le crowdfunding, ça marche donc...un tout petit peu.
Par ailleurs, certains contacts me disent qu'ils envisagent d'investir, et de belles sommes en plus (15 000 €), mais qu'ils veulent savoir si c'est défiscalisable. Eh oui, soutenir le projet n'est pas forcément la seule raison de l'investissement.
Leçon n°2 : certains investisseurs potentiels seront très intéressés par la déduction de leur investissement à l'ISF ou à l'IR. Il faut maîtriser la question.
Et c'est là que je me rends compte que les joyeux lurons de la plateforme ne se sont pas vraiment posé la question. Oui, me disent-ils, les conditions sont indiqués sur le site de l'agence pour la création d'entreprises. Mais, pour avoir vu une conférence sur le sujet récemment, j'aimerais en avoir le cœur net. Je fais donc bosser mon cabinet juridique, et comme je le craignais, il y a un "loup". Cette brave plateforme m'ayant demandé d'intégrer des clauses spécifiques pour les actions créées à l'occasion de la levée de fonds, l'une d'entre elles semble s'opposer à l'un des critères de défiscalisation. Aïe.
Leçon n°3 : ne pas faire une confiance aveugle aux gérants de plateforme de crowdfunding.
Tu me la recopieras. Bon, on creuse un peu, discussion entre juristes, finalement ça semble être bon.
Allez, pour la route, une dernière observation : les gérants de la plateforme, aussi sympathiques soient-ils, ne vous apporterons guère d'outils de communication pour votre campagne. Démerdez-vous. Pour l'e-mailing ? "Pas de problème, vous pouvez utiliser MailChimp, c'est gratuit". D'autres modes de communication ? Il y a un bouton Twitter et un bouton Facebook sur la page. Des conseils ? Ils en savent autant, voire moins que vous. Mais de ce que j'en sais, c'est le cas de toutes les plateformes de crowdfunding. Ce sont des vitrines et des tirelires. Rien de plus.
Leçon n°4 : ne comptez que sur vous-même.
Voilà. J'aurai certainement d'autres remarques à vous communiquer dans la suite. J'espère que ces premiers éléments démystifient le crowdfunding par achat d'actions.