Super-cyclones tropicaux : le problème n’est pas le changement climatique, mais la pauvreté énergétique

Publié le 11 décembre 2013 par Copeau @Contrepoints
Analyse

Super-cyclones tropicaux : le problème n’est pas le changement climatique, mais la pauvreté énergétique

Publié Par Samuel Furfari, le 11 décembre 2013 dans Environnement

Quand donc comprendra-t-on qu’il faut donner la priorité à l’éradication de la misère humaine, une réalité tragiquement concrète, plutôt qu’a un écologisme politiquement correct ?

Par Samuel Furfari.
Un article de l’Institut Turgot.

Désolation. C’est le premier terme qui me vient en tête en voyant les conséquences tragiques de la catastrophe humanitaire causée par le super-typhon Haiyan qui a frappé les Philippines le 8 novembre 2013. Même si l’exagération des premiers jours, mentionnant 10.000 morts, est fort heureusement retombée, c’est bien d’une immense tragédie qui a fait plus de 4.000 morts qu’il s’agit. Ces morts sont ensevelis sous des montagnes de boue et de détritus de tout genre.

Semant la mort et la désolation sur son passage, ce typhon a jeté une lumière crue sur l’état économique et social des Philippines qui est, hélas, similaire à celui de nombreux autres pays du Sud-est asiatique.

Certains ont cru devoir profiter de cette hécatombe pour mettre de nouveau en avant la sempiternelle cause du changement climatique d’origine humaine et, partant, de culpabiliser ceux qui dans les pays riches utilisent des énergies fossiles.

C’est d’autant plus surprenant que quelques semaines plus tôt, le cinquième rapport du GIEC spécifiait que :

Les données actuelles n’indiquent aucune tendance observée significative de la fréquence globale des cyclones tropicaux au cours du siècle dernier… Aucune tendance robuste en nombre annuel de tempêtes tropicales, ouragans et grands ouragans n’a été identifiée au cours des 100 dernières années dans le bassin de l’Atlantique Nord… En résumé, la confiance dans des changements à grande échelle dans l’intensité des cyclones extra-tropicaux extrêmes depuis 1900 est faible.

À force d’être contredits dans leurs prévisions catastrophistes, les militants commencent à prendre des précautions de langages. Ainsi sur La Première RTBF (Radio Télévision Belge de langue française), le 13 novembre à 8h25, on a entendu ceci :

Il est difficile de ne pas faire le rapprochement entre le typhon dévastateur et le dérèglement climatique. Bien entendu les scientifiques ne font pas de lien direct entre cyclone et changement climatique…

Mais la suite du billet est en totale contradiction avec cette précaution de langage et fait des amalgames politiquement corrects qui laissent croire à l’auditeur peu au fait de la réalité que ce typhon est bel et bien causé par le dérèglement climatique – dérèglement causé par notre utilisation de l’énergie fossile. Cqfd.

Pour ceux qui veulent bien enlever les lunettes de l’idéologie, la réalité est tout autre. Une grande partie de la destruction initiale a été causée par des vents soufflant à 235 km/h – et parfois à des vitesses allant jusqu’à 275 km/h. Le qualificatif de « super » est accordé lorsque la vitesse dépasse 215 km/h. Un autre super-cyclone, nommé Yasi, a frappé le Queensland, en Australie, en février 2011. Lui aussi était énorme, avec son diamètre de 100 km, et il était également accompagné de vents soufflant jusqu’à 285 km/h. Pourtant, pas une seule personne n’est morte des conséquences directes de ce cyclone destructeur. Pourquoi ? Parce que l’Australie est un pays moderne et qui consomme beaucoup d’énergie.

L’occasion était trop belle pour que certains ne jouent pas sur les sentiments et ne déforment pas les faits afin d’accentuer l’importance d’un accord contraignant à la conférence de Varsovie sur le changement climatique.

Étrangement, une autre coïncidence n’a pas reçu le même écho. Le 12 novembre, l’Agence Internationale de l’Énergie, un organe de l’OCDE basé à Paris qui analyse la situation énergétique mondiale et qui est une espèce de chien de garde face à l’OPEP, publiait son World Energy Outlook de 2013. Dans son rapport sur l’état du monde énergétique et son avenir, on y découvre qu’aux Philippines 30% de la population, soit 28 millions d’habitants, n’a pas accès à l’électricité et 50%, soit 47 millions d’habitants, mangent des plats cuisinés à l’aide de la biomasse traditionnelle.

Derrière ce vocable technique se cache une misère terrible : non seulement les femmes et les enfants doivent aller glaner dans la nature des branchages ou des déjections animales qui jonchent le sol, mais s’ils ne trouvent rien de semblable, il leur faut couper des branches vertes. Rien de plus naturel ! Pas d’énergie fossile. Pas de pillage des ressources de la Planète. Mais ensuite, ces mêmes personnes respirent des fumées nocives qui se dégagent des feux utilisés pour la préparation de leurs maigres repas. Chez nous, les amendes pleuvent si vous avez le malheur de brûler quelques branchages dans le fond de votre jardin ; eux n’ont que cela pour préparer à manger, au détriment de leur santé.

Il est évident que, dans une telle situation de dénuement énergétique, la population n’a pas les moyens de se protéger. Les amas de tôles ondulées que l’on a vus partout à l’occasion de cette catastrophe démontrent cruellement que le problème n’est pas le changement climatique mais bien la pauvreté puisqu’une catastrophe semblable dans des pays qui consomment beaucoup d’énergie aurait occasionné infiniment moins de pertes humaines et de dégâts matériels. C’est d’ailleurs régulièrement le cas à La Réunion – mais là c’est dans l’UE !

Bien avant cette hécatombe, la population des Philippines ne voulait plus dépendre des énergies renouvelables. Les prévisions de l’Agence Internationale de l’Énergie indiquent que la part des énergies renouvelables dans ce pays, qui était encore de 40% en 2011, devrait chuter à 29% en 2035. Cette diminution proviendrait d’une forte réduction de l’utilisation de la biomasse traditionnelle en raison de la hausse du niveau de vie et de l’urbanisation.

Dans ce même rapport, l’Agence rappelle que 1,3 milliard d’humains n’ont pas accès à l’électricité et que 2,6 milliards de personnes manquent d’installations propres de cuisine. En 2035, le monde consommera 14.920 millions de tonnes équivalent pétrole, soit une utilisation en nette augmentation par rapport à aujourd’hui. On apprend que 65% de cette énergie primaire sera consommée dans les pays non-OCDE de l’Asie et que les énergies fossiles, qui représentent à ce jour 82% du bilan énergétique mondial, représenteront encore 77% en 2035. Cette diminution ne doit pas cacher qu’en valeur absolue la consommation d’énergies fossiles sera en croissance. Il n’y a donc aucune chance de voir les émissions mondiales de CO2 être réduites dans un proche futur.

Dès lors, ne vaudrait-il pas mieux donner la priorité à la résilience face aux catastrophes naturelles ? Pour cela, il faut que les pays pauvres aient accès a davantage d’énergie.

Pour commencer, il leur faut construire des habitations solides et non pas des baraques en tôles ondulées qui s’envolent sous l’effet d’une tempête. Et cela exige de l’énergie ! C’est la raison pour laquelle les Conférence des États Parties à la Convention des Nations Unies sur le Changement climatique de Varsovie s’est embourbée dans des discussions sur les transferts « nord-sud » (pour parler simplement). Il est très difficile d’espérer que les « riches » payeront pour les « pauvres » et encore moins pour ceux qui se font passer pour pauvres.

Quand donc comprendra-t-on qu’il faut donner la priorité à l’éradication de la misère humaine, une réalité tragiquement concrète, plutôt qu’a un écologisme politiquement correct ?

On croit rêver lorsque d’aucuns s’opposent à l’élargissement du ring de Bruxelles sous le prétexte fallacieux que cela n’est pas le bon signal pour inciter les gens à prendre leur vélo pour aller travailler et que, partant, on contribue au dérèglement climatique.

Paul-Henri Spaak et les pères fondateurs de l’UE disaient dans leur résolution de Messines du 5 juin 1955 « qu’il n’y aura pas d’avenir pour la Communauté européenne sans une énergie abondante et bon marché ».

Il est temps de clamer haut et fort qu’il n’y aura pas d’avenir pour les pays pauvres sans une utilisation massive d’une énergie bon marché. Le problème n’est pas le changement climatique mais la pauvreté énergétique. Pour l’amour des Hommes, changeons nos priorités ! Les Philippines ont perdu, la réunion de Varsovie aussi. Et pour la même raison.


Annexe

En liaison avec cet article, il est intéressant de lire – ou relire – l’étude de l’économiste américain Indur Goklany, « Wealth and Safety: The Amazing Decline in Deaths from Extreme Weather in an Era of Global Warming, 1900–2010″, publiée par la Reason Foundation (Policy Study No. 393, September 2011) dont voici le résumé introductif (traduction Henri Lepage) :

Les partisans d’une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre affirment que ces émissions sont la cause du réchauffement climatique et que cela conduit notamment à une intensification de la fréquence d’événements climatiques extrêmes tels que fortes chaleurs, sécheresses, tempêtes, ouragans et cyclones. Mais ce qui importe n’est pas tant le nombre en soi ni la récurrence de ces accidents climatiques que leurs conséquences sur les populations humaines. C’est pourquoi il est particulièrement intéressant de regarder ce que nous disent les statistiques pour ce qui concerne l’évolution du nombre total de gens tués dans le monde lors de tels événements extrêmes, ainsi que l’évolution des taux de mortalité qui y sont associés (nombre de morts rapporté au chiffre total de la population). Ce travail a été fait pour la période 1900-2010, soit une période de 111 années, et ce sont ces résultats qui figurent dans l’étude d’Indur Goklany.

Il apparaît que le nombre total de victimes attribuables dans le monde entier aux catastrophes climatiques a diminué de plus de 90% depuis les années 1920, et cela malgré une multiplication par quatre du chiffre total de la population mondiale, ainsi qu’une meilleure couverture statistique des conséquences humaines de tels accidents. Globalement, la mortalité due a ces phénomènes a baissé de 98%, du fait principalement de la réduction du nombre de victimes enregistrées dans trois domaines :

  1. Alors que, pour l’ensemble de la période 1900-2010, les sécheresses représentent à elles seules près de 60% du nombre total de morts causés par des phénomènes climatiques extrêmes, aujourd’hui la mortalité moyenne associée à de tels événements a diminué de 99,9% par rapport à ce qui se passait dans les années 20.
  2. Pour les inondations catastrophiques – qui comptent pour 30% du chiffre total de pertes humaines enregistrées au cours de ces 111 années –, la réduction est de 98% par rapport aux années 1930.
  3. Quant au nombre annuel de victimes causé par les tempêtes, ouragans, tornades et autres typhons (environ 7% du nombre total de pertes humaines associées à des événements climatiques extrêmes pour l’ensemble de la période 1900-2008), il a régressé de plus de 55% depuis les années 1970.

Ces chiffres signifient que la mortalité associée à des événements climatiques exceptionnels ne concerne que 0,07% du nombre total de décès enregistrés dans le monde. Par ailleurs il faut noter que la régression du nombre des victimes est intervenue alors même que l’on enregistrait une progression globale des taux de mortalité toutes causes confondues. Ce qui veut dire que l’humanité d’aujourd’hui maîtrise finalement beaucoup mieux les aléas liés aux phénomènes climatiques extrêmes qu’elle ne sait en fait le faire pour répondre aux autres grands problèmes de santé et de sécurité qui menacent nombre de populations contemporaines.

Ces diminutions du nombre total de victimes et des taux de mortalité traduisent un formidable renforcement de la capacité d’adaptation de la société lié à l’enrichissement et au progrès des technologies – notamment celles qu’a apporté l’usage généralisé des hydrocarbures. Mais la volonté d’en restreindre la consommation risque d’avoir pour conséquence de réduire le rythme de progression de ces capacités adaptatives, et par là même d’aggraver l’impact négatif de tout changement climatique. Moyennant quoi il convient de peser attentivement les éventuels effets négatifs d’une telle évolution contre les avantages possibles que l’on attend d’une telle politique.


Sur le web.

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