Nous sommes à un carrefour pour le système de santé – UFML

Publié le 15 décembre 2013 par Santelog @santelog

« Nous sommes à un carrefour pour le système de santé »

C’est ainsi que Marisol Touraine qualifie l’évolution de la politique de santé dans notre pays, suggérant que plusieurs voies sont possibles, et que, bien sûr, elle choisira la meilleure pour nos concitoyens.

Hélas.

Encore faudrait il qu’un choix fût possible, encore faudrait il que ces choix fussent discutés, encore faudrait il que le libre arbitre fût aux commandes : quel est le coût réel de la santé, comment le financer afin que tous y aient accès, comment préserver les vocations dans notre pays, sur l’ensemble du territoire…

Hélas rien de tout cela.

Si madame la Ministre avait écouté seulement un bref instant elle aurait peut être compris que la situation actuelle n’est en aucune manière un choix, mais l’inéluctable et pathétique aboutissement d’une situation désastreuse que nous avons bien souvent évoquée entre collusions politico-syndicales, technocratie galopante et inertie professionnelle. Elle aurait alors, peut être, voulu changer le cours de l’histoire.

Car nous allons bel et bien étatiser la médecine : comment nommer autrement une médecine normée par des agences de l’Etat, depuis les pratiques jusqu’aux tarifs en passant par les lieux et conditions d’installation, une médecine tarifée dans le secret d’une carte verte devenue le symbole de l’égalité et de la gratuité de l’accès aux soins.

Manquent certaines contreparties : protection sociale, retraites, assurance d’un « revenu », mais s’en soucie t’elle seulement ?

Car nous allons bel et bien privatiser le financement de la santé : comment nommer autrement la mise en place de « réseaux » (de « marques » dirait un président d’institut de prévoyance bien connu) avec ses contraintes variables selon niveau de contrat, ses objectifs de rentabilité, ses réserves prudentielles (tiens au fait, où est donc passé le Trésor de la CARMF?), les désignations contraintes de complémentaires devenues obligatoires, la soumission des prescriptions aux objectifs opaques des payeurs.

D’aucuns diront : « bah, on ne fait qu’officialiser le statut existant de ces toubibs payés par l’Assurance Maladie. »

Heureux les simples d’esprit !!

Savent-ils, ces critiques bien pensants, que depuis toujours, en privé comme en public les professionnels de santé défendent en premier lieu leur indépendance et la qualité des soins. Cette qualité des soins en France, validée par les sociétés scientifiques, mais surtout par les patients qui, s’ils se trouvent inquiets quant à l’avenir du système de santé, ont une grande confiance dans ces professionnels qui ont leur santé en charge.

Ce combat, nous sommes sûrs le point de le perdre si nous ne réagissons pas.

« A un carrefour pour le système de santé« , nous allons laisser sur le côté l’indépendance des soignants, qui garantissait une qualité objective des soins et non un rapport qualité / prix, norme des financiers.

« A un carrefour pour le système de santé« , nous allons laisser sur le coté la solidarité : celle qui permettait aux assurés de se soigner selon leurs besoins et non selon leurs moyens (déclaration de naissance de la sécurité Sociale, 1945).

« A un carrefour pour le système de santé« , nous allons laisser le soin humain, au bénéfice du soin normé.

« A un carrefour pour le système de santé« , nous allons laisser la déontologie, dont on dit qu’elle est désuète, face aux avancées technologiques (open data, cyber surveillance, e-santé) et que l’on veut nous faire changer. Changer pour qui, pour quoi?

« A un carrefour pour le système de santé« , on promet aux patients une participation et un rôle accrus, en échange de subventions, comme si la qualité du colloque singulier pouvait être imposée telle une limitation de vitesse, comme si le patient n’était pas notre cœur de métier, comme si la norme pouvait remplacer le dialogue. Est ce cela que veulent les patients?

« A un carrefour pour le système de santé« , dans un sombre recoin, on assassine la médecine.

Mais déjà, le bilan est là, le bilan de ces trente dernières années, que madame Touraine devra néanmoins assumer : moins de 10% d’installation de nos jeunes confrères en ville, fermeture de 600 établissements de proximité et la mise en péril de centaines d’autres avec le PLFSS 2014, les tarifs les plus bas d’Europe mais les cotisations les plus élevées, un dialogue rompu entre professionnels et autorités, des patients désorientés par une communication violemment anti médicale et culpabilisante, un hospitalo-centrisme délirant au détriment de la qualité des soins et du travail d’équipes en burn-out, la mise en place de réseaux injustes et liberticides, un déficit abyssal dont les maigres réductions n’ont été obtenues qu’au prix du renoncement à des soins et des arrêts de travail, des fermetures de plus en plus nombreuses de cabinets, d’officines, et enfin, l’émergence grâce à une inertie coupable des pouvoirs publics, de facultés privées vendant leurs diplômes, dont les titulaires entrent alors en concurrence avec des professionnels formés par des études longues, difficiles et méritantes dans nos universités publiques.

Il y avait pourtant une autre voie : celle du courage et de la volonté de réussir.

Elle aurait pu s’appeler la rue de la Concertation, le boulevard de l’Expertise, l’avenue de la Confiance.

Mais n’est que l’Impasse de la Coercition au bout de la Maitrise Comptable.

La Santé des français n’est elle pas un enjeu bien trop important pour subir une réforme écrite à la va-vite, comme un mauvais scénario où professionnels autant que patients ne sont que figurants quand les premiers rôles sont donnés aux financeurs. Une réforme qui ne fait que détruire un existant perfectible, pour le remplacer par un simple possible reposant sur un financement privé et un service public prétendument renforcé…sur le papier.

Nous, UFML, en appelons à l’Union de tous les professionnels de santé, à travers le Collectif de Mars, afin, tous ensemble soignants et patients, de refuser cette mutation profonde et monstrueuse de notre système de soins, au profit des organismes financeurs et des technocrates.

Dr Dominique Thiers-Bautrant, Vice Présidente UFML

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Source : Communiqué du 14 décembre 2013

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