Paris, finances en danger

Publié le 21 décembre 2013 par Copeau @Contrepoints
Analyse

Paris, finances en danger

Publié Par Aurélien Véron, le 21 décembre 2013 dans Politique

Quelle mouche a piqué l’Institut Montaigne pour qu’il déclare la situation financière de Paris « globalement favorable » ?

Par Aurélien Véron.

Quelle mouche a piqué l’Institut Montaigne pour qu’il déclare la situation financière de Paris « globalement favorable » ? L’agence Standard & Poor’s n’a pas hésité à abaisser la note de crédit de la ville de Paris en janvier 2012 de AAA à AA+. En juillet 2013, ce fut au tour de l’agence Fitch d’annoncer la diminution de son évaluation de AAA à AA+ ?

Le quasi quadruplement de la dette de Paris entre 2001 et 2014 ne plait pas autant aux agences de notation qu’au think tank de Claude Bébéar. Elles n’ont pas tort. Le détail du fonctionnement de la capitale n’a pas de quoi susciter l’enthousiasme.

Les impôts parisiens ont augmenté de 40% en 10 ans. Ce matraquage fiscal n’a pourtant pas suffi à couvrir la forte croissance des dépenses de fonctionnement de la ville. Car dans le même temps, la dette de Paris a quasiment quadruplé à 4 milliards d’euros sans amélioration notable de la qualité des services municipaux. Dès son premier mandat, Bertrand Delanoë a embauché 10 000 agents supplémentaires. Le nombre d’agents de la mairie et du département de Paris atteint aujourd’hui 73 000 selon l’Ifrap. Il dépasse celui des agents du grand Londres (60 000 pour 8 millions d’habitants) ou de l’Union européenne.

Cette bureaucratisation de Paris s’est accompagnée d’une explosion des hauts salaires. Pour commencer, la mairie de Paris compte 36 adjoints, presque autant que le nombre de ministres au gouvernement. Hormis l’adjoint aux finances dont le coût de 660 000 euros peut se justifier, comment expliquer les 500 000 euros estimés pour chacun des 35 autres adjoints, ainsi que les 75 chauffeurs et 68 véhicules de fonction ?

D‘autant que ce club des 36 adjoints cache l’armée de collaborateurs de cabinet, de chargés de mission et de directeurs généraux dont la moyenne des vingt plus hauts salaires a atteint 248 000 euros en 2008 selon un rapport de la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France. La mairie a certes dû revoir ces hautes rémunérations un peu à la baisse depuis ce rapport accablant. Pourquoi ne pas envisager de réduire le nombre de ces adjoints à 15 (c’est le format du gouvernement allemand, paris peut bien s’en satisfaire) et simplifier l’organigramme de la mairie non seulement pour réduire son coût, mais aussi pour retrouver une mairie plus réactive ?

Mais de nombreux organismes restent discrètement dans le périmètre de la mairie et permettent de verser des émoluments considérables aux dirigeants choisis. Suite à une affaire interne, un  directeur général a été licencié sans mise en demeure. Moyennant une indemnité de départ de 343 000 euros tout de même, pour un salaire de 178.000 euros par an.

À 7 milliards d’euros, les frais de fonctionnement de la Mairie de Paris ne lui donnent quasiment pas de marge de manœuvre. Nous assistons à un ralentissement du marché immobilier qui entraîne déjà une baisse des droits de mutation. La mairie ne doit pas exclure une diminution du milliard d’euros de dotation de l’État à la ville de Paris.

Bref, les Parisiens sont confrontés à un risque réel de perte de contrôle des comptes de leur ville. L’Institut Montaigne devrait être plus prudent avant de délivrer un satisfecit à la gestion de Paris. Ce think tank devrait surtout appeler la mairie de Paris à réduire de 10% ses dépenses de fonctionnement au cours de la prochaine mandature : moins de bureaucratie, plus de productivité.


Publié initialement par Le Cercle Les Échos.

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