Les médicaments...

Publié le 04 avril 2008 par Uninfirmier

Le premier contact avec un "vrai médicament" (notion assez peu scientifique, mais bon...), a représenté pour moi l'espoir fou et un peu vain de résoudre TOUS mes problèmes d'ados: acné rebelle, mais aussi timidité et maladresse risible avec les filles, bras trop longs, mains moites, démarche de cowboy après 6 heures de chevauchée...

Roaccutane®, tu m'as vaguement aidé pour le premier problème, mais j'avais peut être un peu trop attendu de ton action. En revanche, les prises de sang régulières et surtout le listing terrifiant de tes effets secondaires, m'ont permis d'accéder au statut un peu mystérieux de "grand-malade-potentiellement-déjà-mort", et d'échapper aux cours d'EPS grâce à des douleurs choisies dans la notice, aussi intenses qu'imaginaires.

Ce fut la première approche très empirique de l'espoir, la symbolique et les projections que l'on peut placer dans un traitement, quel qu'il soit. Moi, c'était pour l'acné. Pour d'autres, c'est garder un cœur greffé, ou ne pas boucher leurs coronaires...

"Vous vous rendez compte, on l'a mis sous morphine..."

Un certain nombre de médicaments gardent envers et contre tout une symbolique particulière, mais peu d'entre eux autant que la morphine.

C'est un formidable médicament, la morphine. Un peu casse gueule à gérer chez certains patients, mais très efficace à peu de frais chez beaucoup. Et pourtant, un certain nombre de patients refusent toute injection en salle de réveil, notamment par peur de devenir toxicomane. Alors j'en profite ici: La morphine, quand on a très mal, on la consomme et c'est tout. Rien d'autre. On n'a pas envie de se piquer après. Les anesthésistes et les infirmiers s'occupent de gérer les éventuels effets secondaires, c'est leur boulot de tous les jours. Et puis pour vous opérer, on vous a injecté des médicaments issus de la morphine, des dizaines de fois plus puissants que cette dernière...

Docteur, le patient de la 104 il est tout bleu!

L'une des fonctions (finalement, rarement la principale...) d'un infirmier est de veiller à l'administration des traitements prescrits. Mais pas seulement. Administrer un médicament, pour un IDE, ça veut dire savoir POURQUOI il le donne, COMMENT et la SURVEILLANCE qui en découle, de l'efficacité et des effets indésirables.

C'est ça devrait être systématique. Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas de contrôler une prescription, nous n'en avons pas la compétence, mais simplement de s'assurer qu'elle est "logique" au vu de nos connaissances, des allergies connues, du contexte. dans le cas contraire, un coup de fil au prescripteur et c'est souvent réglé et confirmé. Parfois, c'est aussi le dernier rempart à la boulette. "Salut X, c'est Thomas, du veux vraiment 10000 unités d'insuline chez Madame X ou c'est une blague? Ah c'est de l'héparine, OK..." C'est idiot, mais ça arrive. (Et en plus c'est une histoire vraie)

Il m'est arrivé plusieurs fois de travailler dans des endroits où les piluliers sont préparés pour toute la semaine, les médicaments étant sortis de leur blister. Mes collègues était capables de reconnaitre n'importe quel comprimé à leur forme et à leur couleur, pas moi, et ça m'a toujours angoissé d'administrer un médicament dont j'ignore jusqu'au nom. C'est pour moi la négation totale de notre boulot.

Donc, futur(e)s collègues: n'administrez JAMAIS un produit que vous ne connaissez pas, même si c'est prescrit. Un œil rapide sur le Vidal d'abord, on y va après. Votre travail deviendra plus intéressant, les médecins vous feront plus confiance, vos cheveux étincelleront, vos...