La vie rêvée de Walter Mitty - Critique

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : The Secret Life of Walter Mitty

Note:
Origine : États-Unis
Réalisateur : Ben Stiller
Distribution : Ben Stiller, Kristen Wiig, Shirley MacLaine, Adam Scott, Kathryn Hahn, Sean Penn, Patton Oswalt, Ólafur Darri Ólafsson, Adrian Martinez…
Genre : Aventure/Comédie/Drame/Adaptation
Date de sortie : 1er janvier 2013

Le Pitch :
Walter Mitty est responsable du département photo du magazine Life. Homme ordinaire, à l’existence trop posée, Walter aime s’abandonner à des rêveries éveillées, durant lesquelles il vit d’extraordinaires aventures. Des rêves où il ose notamment enfin séduire sa jolie collègue, avec laquelle il n’a pratiquement jamais parlé dans la vie réelle. Alors que Life s’apprête à publier son dernier numéro, Walter est chargé de fournir le négatif d’une fameuse photographie du non moins fameux Sean O’Connell. Le hic, c’est qu’il ne retrouve pas la photo en question et qu’il ne dispose que de quelques indices quant à sa localisation. L’occasion pour enfin sauter le pas et s’embarquer dans un fantastique périple…

La Critique :
En 1994, alors qu’il n’est encore, aux yeux du grand public, que ce jeune type vu dans L’Empire du Soleil, de Spielberg, Ben Stiller se lance dans la réalisation. Il livre Génération 90, avec Winona Ryder et Ethan Hawke, avant d’exploser comme nouvelle superstar comique grâce notamment aux frères Farrelly et à leur Mary à tout prix dévastateur. En 1996, Stiller récidive et dirige Jim Carrey dans Disjoncté, avant de s’affirmer encore un peu plus grâce au furieux Zoolander, en 2001. Puis, en 2008, l’acteur retrouve sa casquette de metteur en scène à l’occasion de Tonnerre sous les Tropiques, une comédie d’aventure guerrière ambitieuse, traversée par un humour et par un savant décalage qui caractérisent désormais la marque de fabrique de Ben Stiller. En soi, quand on cause de Ben Stiller le cinéaste, on peut parler de sans-faute, même si on remarque clairement une progression au fil des projets, indiquant l’assurance grandissante de l’artiste, et surtout une nette propension à mieux canaliser de brillantes idées. Quand il annonce prendre le relais de Gore Verbinski aux commandes de la relecture d’un film de 1947, The Secret Life of Walter Mitty, adapté lui-même d’une nouvelle de James Thurber, les fantasmes les plus fous commencent à se matérialiser dans la tête de ses fans les plus ardents. Puis vient la première bande-annonce, magnifique et pleine de promesses. Le film lui, tient non seulement toutes ces promesses, mais va plus loin. Très loin.

En sortant le film le 1er janvier 2014, Ben Stiller fait un formidable cadeau à ses spectateurs. Car comment mieux commencer l’année qu’avec cette œuvre immensément poétique, empreinte d’une émotion palpable et d’une poésie bouleversante ? Ne cherchez plus. Walter Mitty vous invite à un voyage universel. Une épopée humaine à la fois passionnante et profondément touchante.

Ce n’est bien sûr pas un hasard si le film s’intéresse au magazine Life, le plus illustre des journaux dédiés à la photographie, fermé en 2009 et aujourd’hui présent en version numérique sur la toile. La Vie rêvée de Walter Mitty nous fait faire la connaissance d’un homme relativement seul, empreint de rêves, alors que son boulot, qui est aussi l’une de ses raisons de vivre, s’apprête à prendre fin ou tout du moins à subir d’importants bouleversements. Et ce n’est donc pas anodin si c’est précisément à ce moment là que l’existence de Walter change du tout au tout. Un contexte important car directement responsable de l’aspect réaliste d’un film qui pourtant, appelle à l’évasion et au lâcher prise. On le sait, aujourd’hui, la presse papier vit une époque difficile. Le film rend hommage au travail de ces femmes et de ces hommes qui, des années durant, ont travaillé afin d’offrir le meilleur magazine possible et qui aujourd’hui, s’apprêtent à être remerciés par une direction impassible elle-même en pleine phase d’adaptation aux nouveaux codes.
Profitant de la mission qui lui confiée, à savoir retrouver le négatif d’une photo destinée à se retrouver en couverture du dernier numéro de Life, Walter Mitty s’accomplit. Dans son boulot mais aussi et surtout dans sa vie. S’engouffrant dans une brèche trop longtemps ouverte mais pourtant obstruée par un quotidien de frustrations accumulées.

On savait Ben Stiller sensible. On savait qu’il n’était pas uniquement ce comique sympatoche, apte à faire marrer dans des films tantôt familiaux (La Nuit au Musée et consort), tantôt plus grivois (Mary à tout prix et compagnie). En embrassant le destin de Walter Mitty, Ben Stiller trouve non seulement l’un des plus beaux rôles de sa carrière, mais il prend aussi un risque. Il saute dans l’inconnu en tentant d’assembler les morceaux d’une carrière dominée par les rires, en lui accolant une émotion vibrante assortie d’un vent de fraicheur et de liberté propre à l’aventure avec un grand A. Le tout en laissant exploser un talent de metteur en scène flagrant, au travers de scènes magiques, à la fois pleines d’ampleur et de maîtrise.
Dans un premier temps, c’est au travers de délires fantasmés que Walter s’évade. Le film s’avère alors drôle, laissant poindre ici et là l’émotion et donnant lieu à des séquences fantastiques (la poursuite dans les rues de New York avec Adam Scott vaut son pesant de cacahuètes). Puis Walter saute enfin le pas. Le fantasme laisse la place à la réalité et les sentiments explosent. Visuellement, le film fait place nette aux grands espaces. L’islande et ses superbes paysages, son terrifiant volcan ou encore les steppes et les montagnes d’Afghanistan, pour des images à couper le souffle, nourries d’une émotion terrassante à filer la chair de poule. On découvre là un réalisateur plein de souffle, complètement affranchi, et hors des limites.

Dans le fond et dans la forme, La Vie rêvée de Walter Mitty offre un spectacle permanent, prompt à faire couler les larmes et à réveiller en chacun de nous la sensation, qu’au fond, tout est possible.
Grâce à des acteurs parfaits qu’il connait bien, parmi lesquels la géniale Kathryn Hahn, le charismatique et mystérieux Sean Penn et la toujours imposante Shirley MacLaine, Stiller peut se focaliser sur l’essentiel. Idem pour Kristen Wiig, magnétique et bouleversante, qui devient un idéal féminin parfait. Ben Stiller a su monter son projet en mettant toutes les chances de son côté. Cette histoire, il l’a comprend. Le fait qu’il ait tenu à tourner son film à l’ancienne, avec de la pellicule, le confirme un peu plus et rentre dans la logique mélancolique du personnage et de son épopée. Stiller comprend aussi Walter Mitty, qui est à la fois proche des nombreux personnages qu’il a incarné au fil des années, mais s’avère aussi à la fois différent. À l’écran, cet homme simple, amoureux timide avide d’aventure, se transforme en pur héros de cinéma et le film de devenir une sorte d’œuvre définitive qui parle à la fois de chacun de nous et de notre époque, en ouvrant une sortie de secours, pendant de 2 heures suspendues dans le temps.

La Vie rêvée de Walter Mitty est un film absolument fascinant. Un film différent. Un long-métrage qui prend à la gorge. On pense à Eternal Sunshine of The Spotless Mind, pour l’onirisme, mais aussi à Into the Wild, pour cette soif d’aventure (et tout ce que cela sous-entend en matière de spectacle). On rit, on pleure et à la fin, on ressort heureux et confiant. Ben Stiller a tout compris de A à Z. Son film offre l’occasion de savourer un grand moment de cinéma. Il fourmille de détails jubilatoires, sa musique appuie formidablement bien le propos et tout s’imbrique à la perfection. À l’image de cette scène incroyable, rythmée par le Space Oddity de David Bowie. À l’image de cette fin, redoutable, touchante… universelle. Merci.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : 20th Century Fox France