Un sonnet célèbre et humoristique de Jean Pellerin

Par Etcetera
La Grosse Dame chante…

Manger le pianiste ? Entrer dans le Pleyel ?
Que va faire la dame énorme ? L’on murmure…
Elle râcle sa gorge et bombe son armure :
La dame va chanter. Un œil fixant le ciel

— L’autre suit le papier, secours artificiel —
Elle chante. Mais quoi ? Le printemps ? La ramure ?
Ses rancœurs d’incomprise et de femme trop mûre ?
Qu’importe ! C’est très beau, très long, substantiel.

La note de la fin monte, s’assied, s’impose.
Le buffet se prépare aux assauts de la pause.
« Après, le concerto ?… — Mais oui, deux clavecins. »

Des applaudissements à la dame bien sage…
Et l’on n’entendra pas le bruit que font les seins
Clapotant dans la vasque immense du corsage.

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Ce sonnet fait partie du recueil Le Bouquet inutile (1923) et j’ai pu le lire pour la première fois dans une anthologie de la poésie du 20è siècle.
J’ai longtemps considéré ce poème comme un modèle à suivre pour ma propre écriture, avant de changer de style …