Spirit et Opportunity : 10 ans d’exploration de Mars

Publié le 10 janvier 2014 par Pyxmalion @pyxmalion

D'une longévité exceptionnelle, les rovers jumeaux Spirit et Opportunity fêtent leur 10 ème année de présence sur Mars. Opportunity est " en pleine forme ".

Vous vous souvenez peut-être de cette arrivée insolite sur la surface de Mars des rovers Spirit et Opportunity. C'était il y a tout juste 10 ans. Enveloppés à l'intérieur de curieux cocons qui rebondirent plusieurs fois sur le sol martien avant de rouler et se stabiliser contre un petit rocher, Spirit débarqua le premier le 4 janvier suivi 3 semaines plus tard par Opportunity. Les deux robots de la mission Mars Exploration Rovers (MER) commencèrent alors leurs explorations pour une durée initiale de 3 mois.

Aujourd'hui membre de l'équipe en charge d'Opportunity, Bekah Sosland n'a pas oublié ce moment qu'elle avait suivie " du coin de l'œil à la télévision ". Âgée alors de 14 ans, elle confie qu'" elle n'était pas particulièrement intéressée par l'espace ". Mais " découvrir cette chose rebondir et rouler sur une surface rouge (...) puis s'arrêter et s'ouvrir avec un rover à l'intérieur ", cela a radicalement changé ses orientations pour l'avenir si bien qu'aujourd'hui la voici qui participe de plain-pied à la mission. Cela était d'autant plus inimaginable pour elle que la Nasa et le JPL tablaient à l'époque sur une durée de la mission de seulement 90 sols (jours martiens de 24h36mn). Des pronostics plutôt pessimistes car, comme on le sait, Opportunity (surnommé " Oppy ") poursuit vaillamment l'aventure, une dizaine d'années plus tard.

Arrivé le premier, Spirit est malheureusement immobilisé depuis 2010 en raison des dysfonctionnements de deux de ses roues. Enlisé dans le sable, son périple a pris fin après six années d'enquêtes et 7,7 kilomètres de parcourus à travers la plaine du grand cratère Gusev (environ 166 km de diamètre). Soit une espérance de vie tout de même 20 fois supérieure à celle des prévisions de départ.

Perçu dans un premier temps comme un ancien lac alimenté par fleuves et rivières ainsi que le suggéraient les études menées par les sondes spatiales en orbite, le cratère Gusev raconte aux scientifiques une histoire différente et non moins passionnante du passé de Mars. " Nous avons découvert des preuves irréfutables d'une ancienne Mars qui était un milieu chaud, humide et violent ponctué d'explosions volcaniques, d'activités hydrothermales et autres jets de vapeur " se souvient Steve Squyres (Université de Cornell), principal chercheur de la mission. Rien à voir donc avec la planète froide et asséchée d'aujourd'hui.

Déposé de l'autre côté de la planète rouge, non loin de l'équateur martien, le rover jumeau Opportunity est quant à lui toujours en activité. Il se montre d'ailleurs " en excellente santé pour un véhicule de son âge " comme le précise John Callas, chef de projet de la mission MER depuis plus de 13 ans. Arpentant Meridiani Planum depuis plus de 3.500 sols (jours martiens), le rover a déjà envoyé vers la Terre 187.755 images (format RAW) des roches et paysages qui l'entourent. 38,7 kilomètres ont été parcourus depuis ses débuts ! Comme le suggéraient les relevés géologiques des orbiteurs au début des années 2000, la région possède de nombreux affleurements rocheux riches en minéraux hydratés, vraisemblablement excavés par un impact météoritique. Prospectant depuis plusieurs semaines sur les bords du cratère Endeavour (22 km de diamètre), les scientifiques d'Opportunity y ont découvert des veines de gypse et de fortes concentrations d'argiles. Celles-ci, rappelle Steve Squyres, indiquent que " l'acidité de l'eau était plus neutre et donc plus favorable à la vie microbienne, si tant est qu'elle est existé un jour sur Mars ". Soit des conditions très différentes de celles observées sur les sites visités par Spirit à quelques milliers de kilomètres de là.

Même si aujourd'hui Curiosity occupe le devant de la scène, son collègue de la précédente génération, Opportunity, continue de mener des enquêtes scientifiques passionnante. La mission n'en finit pas de se prolonger. Grâce à la " longévité des rovers, nous avons essentiellement eu quatre sites d'atterrissages différents pour le prix de deux " commente l'un de ses concepteurs.

Pour expliquer cette durabilité exceptionnelle, les ingénieurs estiment que les deux rovers ont notamment bénéficié des alizés de la planète, propices à dépoussiérer leurs panneaux solaires et aussi d'une très bonne gestion de leurs réserves d'énergie.

Pour Steve Squyres, l'un des traits essentiels de cette mission est l'impact sur le grand public et les vocations qu'elle a suscitées.

" Je suis incroyablement fier de la science que nous avons accomplie (...) mais peut-être qu'à la fin, notre héritage le plus important va se révéler être les jeunes gens qui ont vu ce que nous avons fait et qui ont fait des choix de carrière en fonction. Si l'un des résultats de notre mission est d'inspirer une nouvelle génération d'explorateurs à vouloir faire encore mieux que ce que nous avons fait, c'est alors la meilleure chose que nous ayons pu accomplir ".

Mars continue de faire rêver ! Le récent succès médiatique pour les candidatures du projet " Mars One " (mission vers Mars sans retour) vient encore nous le démontrer. En attentant, Curiosity poursuit ses investigations tandis que 2 nouvelles sondes spatiales se préparent à la visiter cet automne.

Crédit photo : NASA/JPL.

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