L'exception culturelle française

Publié le 13 janvier 2014 par Lommedesweppes
Bonsoir,
ce dimanche matin, à l'heure à laquelle certains d'entre vous vont sûrement à la messe, je suis allé assister à une conférence de l'Université populaire de Lille consacrée à la bataille de Bouvines qui, comme vous le savez tous, eut lieu il y a 800 ans, le 27 juillet 1214.
Une conférence de haut niveau, qui en une heure et demie, tint le pari de résumer les enjeux, le déroulement et la mémoire de la bataille. L'orateur était d'ailleurs d'origine lilloise, aujourd'hui enseignant à la Sorbonne, spécialiste d'histoire médiévale, habitué de plus à la regarder du point de vue allemand, ce qui change parfois les perspectives.
Ce qu'il en ressort, dès que l'on touche à ces sujets, c'est qu'ils posent des questions transversales qui s'inscrivent dans la longue durée :
- La France et son armée, de Bouvines à Marignan
- D'Aliénor d'Aquitaine à l'entente cordiale, 7 siècles de rivalités franco-anglaises
- de Vercingétorix à de Gaulle, la difficulté de définir les bases de l'identité française
Du point de vue de l'actualité toute récente, c'est d'ailleurs ce dernier sujet qui interpelle :
- à quelle date marquer la naissance de la nation française : Alésia, le Traité de Verdun, le dimanche de Bouvines, 1792, 1914, 1958 ? Aucune n'est pleinement satisfaisante.
- quel est le territoire naturel de la France : celui qui le nôtre aujourd'hui, celui aurait dû englober une certaine partie de la Belgique et de la rive gauche du Rhin ? Quitte à restituer Nice et la Savoie à l'Italie ?
- qu'est-ce enfin qu'être français ? Suffit-il de le vouloir, comme le proposait le projet révolutionnaire ? Est-il conditionné par la reconnaissance de l'autorité du roi ou de l'Etat ?
- Y a-t-il une mentalité française, un ciment qui réunisse par delà les particularités régionales ?
Dès ses origines, la France a été une terre de contrastes et d'oppositions, une terre de passage et de rencontre, une terre partagée par une ligne de démarcation entre la France des Armagnacs et des Bourguignons pendant la guerre de Cent Ans, ou entre la zone libre et la zone occupée pendant la Seconde Guerre mondiale ; une terre dont les façades maritimes regardent vers l'océan, mais que ses frontières de l'Est tirent vers le continent ; une terre de rencontre entre le Nord et le Sud, entre les Germains d'Arioviste et les Romains de César, entre la civilisation protestante du Nord et la tradition catholique du Sud.
Comme l'écrivait l'historien Fernand Braudel dans son livre l'Identité de la France, "La France se nomme diversité", une diversité avec laquelle il lui a fallu apprendre à vivre, une diversité gage de mouvement, d'incertitude donc, en perpétuelle re-création, aux socles de granit éphémères.
Une France de synthèse et de syncrétisme, à défaut de symbiose, toujours en train d'innover afin de survivre. N'avons-nous pas été les premiers à porter l'idée de république à l'échelle d'un grand pays en Europe, laquelle était alors gouvernée par des rois ?
La France est donc une idée, une grande idée, celle du vivre ensemble, de la marche continuelle en avant. La route n'est pas toujours facile, mais quand on regarde le passé et qu'on contemple l'avenir, on peut se dire que de belles choses ont été accomplies et que d'autres restent à faire.
Restons groupés et avançons avec confiance vers l'avenir, nous sommes faits pour vivre ensemble.