François Hollande, grand tâtonneur en chef

Publié le 15 janvier 2014 par Sylvainrakotoarison

« Tâtonner : tâter dans l’obscurité pour se diriger, pour trouver quelque chose ; faire différents essais dans une direction approximative pour arriver à un résultat. »

C’est exactement cela. Le Président de la République François Hollande ne cesse de tâtonner depuis qu’il a pris ses fonctions à l’Élysée il y a vingt mois. On ne peut pas dire que la direction soit forcément mauvaise (la baisse des déficits publics et l’encouragement à l’activité économique sont deux principes de base plutôt favorables au redressement national) mais visiblement, il y va avec hésitation, voire honteusement, et sans réelle vision du comment alors qu’il sait à peu près expliquer le pourquoi.

Ce mardi 14 janvier 2014, François Hollande s’est prêté en effet au jeu de la conférence de presse très cérémoniale dans le salon d’honneur du Palais de l’Élysée, réunissant à grandes pompes six cents journalistes accrédités de la presse présidentielle et l’ensemble du gouvernement (à l’exception de deux ministres retenus dans des débats au Parlement). Une prestation interminablement longue, comme à son habitude, après huit minutes de retard : trois quarts d’heure laborieux d’introduction (vingt minutes étaient prévues) et deux heures de réponses aux questions des journalistes. Prévue initialement en novembre 2013, c’est sa troisième conférence de presse présidentielle après celles du 13 novembre 2012 et du 16 mai 2013.

Gestion médiatique de la conférence de presse

Avant de poursuivre sur cette intervention, permettez-moi de vous faire part mon incompréhension sur la "gestion" des médias et des journalistes en général : tout a tourné, avant, pendant et après, autour de la vie privée du Président.

Alors que la France ne cesse de voir s’effondrer son dynamisme économique au point de mettre en péril sa cohésion sociale, alors que la France est impliquée dans des interventions militaires qui coûtent la vie à certains de ses soldats, tout le microcosme n’a d’yeux que pour quelques photos prises à la sauvette à l’heure du laitier (qui n’existe plus).

Certes, l’image de la France est passablement écornée auprès de nos partenaires internationaux, certes, la vie privée peut relever de la vie publique lorsqu’il est question d’engager de l’argent public, mais il me semble qu’au lieu de se focaliser sur ce sujet, somme toute mineur, les journalistes présents auraient pu poser quelques questions plus utiles, comme demander de préciser les quelques propositions floues qu’il a lancées au cours de ces trois heures.

Mon autre sujet d’agacement, c’est que les médias parlent presque tous d’un "tournant" dans le quinquennat de François Hollande, alors que je n’y vois rien d’autre que la poursuite d’une conduite dans le brouillard. Comme l’explique la définition du tâtonnement, on change rapidement d’orientation quand on se dirige sans assurance dans le brouillard.

La forme

Passons rapidement sur la forme. Le cérémonial élyséen est bien rôdé et on est loin des velléités initiales d’aller discuter avec les journalistes chez eux. Le Président est normal pour la Ve République, avec ce caractère monarchique, d’allégeance et presque obséquieux des conférences de presse de tous ses prédécesseurs. Seule, la position debout, adoptée aussi par Nicolas Sarkozy, change des conférences gaulliennes ou pompidoliennes.


Et c’est bien le monarque qui gouverne (ce qui est normal puisque les Français l’ont élu pour cela). À chaque nouvelle intervention présidentielle correspond un nouveau "train" de mesures économiques et sociales. Il n’y a en ce sens aucune continuité, ce ne sont que des discontinuités permanentes dans la politique du gouvernement.

Ce gouvernement a d’ailleurs reçu le soutien rassurant du chef de l’État : alors que, dans ses vœux aux Français, François Hollande avait carrément oublié la grande réforme fiscale initiée par le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault il y a quelques semaines (le 25 novembre 2013), il l’a confirmée et a affirmé que le gouvernement continuerait sa politique avec l’objectif de 2017, sans néanmoins vouloir répondre aux questions sur un éventuel remaniement. La logique institutionnelle du quinquennat fait que le Premier Ministre a de grandes chances de rester pendant tout le mandat présidentiel, vu que Matignon n’est plus un fusible puisque le Président est toujours en première ligne (mardi encore).

François Hollande continue toujours à singer François Mitterrand dans sa manière de parler ; pourtant, il n’a jamais été meilleur que lorsqu’il était naturel et authentique (avant 2010). Un journaliste lui a demandé quel était celui dont il était le plus proche, Lionel Jospin ou Tony Blair et il a répondu qu’il se sentait proche de lui-même, en ne marchant sur les traces de personne.

Sur la forme, à part cette raideur de l’expression, François Hollande a été plutôt bon, très présidentiel, réussissant à garder un peu son humour mais en laissant un souvenir principalement de gravité et de combativité en raison du contexte actuel qui n’est pas à la fête.

Il a cependant commis quelques boulettes, ne sachant pas par exemple quand auront lieu les prochaines élections européennes (il a parlé de "juin" alors qu’elles auront lieu le 25 mai 2014), ou encore, montrant qu’il ne sait pas vraiment conduire correctement une automobile (ou un scooter ?) : après avoir parlé d’une "accélération" dans ses réformes, François Hollande a répondu à un journaliste qui lui demandait s’il s’agissait d’un "tournant" et il a expliqué que non, puisque à un tournant, on serait obligé de ralentir (au code de la route, on m’avait appris qu’au contraire, pour négocier un virage, il fallait accélérer un peu).


Il a aussi lancé des formules qui n’ont pas vraiment d’effet, comme : « En dix-huit mois, il n’y a jamais eu autant de réformes structurelles que depuis des années, je dis bien des années ! ». En insistant sur le "des années", cela n’avait pas beaucoup de sens sans préciser combien, dix ans, cinquante ans etc. car si c’était deux ans, ce serait un peu une lapalissade.

Souvent botteur en touche, François Hollande a aussi adopté largement la tactique de Nicolas Sarkozy de renvoyer une question miroir aux journalistes, comme : « Est-ce que vous croyez que c’est facile ? » (facile de présider, facile d’augmenter les impôts, etc.). De même, je ne suis pas sûr que le contribuable qui l’a écouté dire que sa première mesure était d’augmenter les impôts, que ce n’était pas facile car sa cote de popularité a dégringolé, se douterait que le Président ait bien compris ses problèmes de pouvoir d’achat.

Passons maintenant au fond.

L’information essentielle

Pour moi, l’annonce qui engage le plus les Français et la France, ses valeurs et son éthique, et qui me paraît particulièrement scandaleuse, c’est sa décision de mettre en place l’euthanasie active. Sans même attendre un nouvel avis du Comité d'éthique. Pour moi, c’est un coup porté aux valeurs les plus importantes de la République. En annonçant cette réforme d’une "aide médicalisée" à mourir, il s’est soumis aux lobbies des marchands de la mort (j’y reviendrai plus tard).

Ce qui est navrant, c’est qu’aucun journaliste n’a semblé utile de l’interroger sur ce sujet très important, et un nouveau "fait divers" avec implications judiciaires (concernant Vincent Lambert au CHU de Reims, à ne pas confondre avec feu Vincent Humbert) commence même à être exploité dans cette optique d’imposer l’euthanasie active alors que la loi Leonetti du 22 avril 2005 est suffisante pour répondre à tous les cas sans empêcher la justice d’enquêter sur tous les homicides de quelque nature que ce soit.

Cela dit, François Hollande voulait mettre avant tout sa prestation sous le signe de l’économie et du social.

Le pacte de responsabilité

S’il fallait résumer en une seule expression la conférence de presse présidentielle, ce serait avec le "pacte de responsabilité". C’est une nouvelle expression sortie de la sacoche du bricoleur en chef le 31 décembre 2013 et dont il fallait bien étoffer le concept. Et ce pacte sera officiellement "lancé" par François Hollande le 21 janvier 2014 à l’Élysée.

Il s’agirait d’une sorte de contrat entre l’État et les entreprises, l’État s’engagerait à faciliter la vie des entreprises (baisse des charges, simplification administrative) et les entreprises s’engageraient à embaucher. Encore une fois, ce type de contrat, intéressant sur le papier, ne fonctionnerait qu’en lisière de l’économie : les entreprises recrutent seulement s’il y a un marché, des clients, des investisseurs pour produire. Pas parce que l’État le veut ou le leur demande gentiment.

Rien ne marche alors, on tâtonne comme on peut. C’est donc le énième outil d’une boîte à outils déjà bien fournie, après le pacte de compétitivité, après les emplois aidés etc. C’est surtout la conclusion que son CICE (crédit impôt compétitivité emploi) ne fonctionne pas puisqu’il s’agit finalement de le remplacer. C’est un véritable constat d’échec et François Hollande rendrait les choses un peu plus éclairantes s’il avait eu l’humilité de dire qu’il s’était trompé.


C’est le rapport Gallois qui avait proposé une baisse des charges le 5 novembre 2012. Au lieu de cela, François Hollande avait décidé huit jours plus tard de construire une usine à gaz : pas de baisse de charges mais un crédit d’impôt qui serait versé par l’État aux entreprises d’un montant équivalent à une baisse des charges. Une logique toute shadok : pourquoi faire simple alors qu’on peut faire compliqué ? En 2014, il s’agit de 12 milliards d’euros (4% de la masse salariale) et en 2015, de 20 milliards d’euros (6%).

Ce qui est proposé, c’est finalement d’abandonner (sans le dire !) le CICE et de revenir à la solution (nettement plus simple) préconisée dans le rapport Gallois, à savoir une baisse des charges sur les salaires, et la décision est de supprimer d’ici 2017 les cotisations familiales, soit entre 30 et 35 milliards d’euros. C’est donc une baisse supplémentaire de 10 à 15 milliards d’euros par rapport au pacte de compétitivité. C’est donc toujours cela de gagné pour les entreprises, pour augmenter leurs marges et favoriser les investissements (et donc l’emploi). Il a d’ailleurs annoncé aussi que le CIR (crédit impôt recherche) serait facilité pour les PME-TPE et pourrait aussi porter également sur les dépenses d’innovation.

Sur le fond, la direction me paraît donc plutôt bonne, favoriser l’investissement. Mais la méthode est désastreuse. Car évidemment, cela nécessitera bien de trouver les 30 à 35 milliards d’euros ailleurs (j’y reviendrai plus loin) mais l’effet sur le monde économique n’est qu’édulcoré. Si le 13 novembre 2012, François Hollande avait annoncé un choc de compétitivité de 35 milliards d’euros (au lieu des 12 milliards seulement deux ans après), cela aurait eu un effet beaucoup plus dopant pour l’économie française.

Surtout que François Hollande a bien compris que le principal problème de la France, ce n’est pas sa capacité à être dynamique économiquement (elle en a les moyens ; la France a une excellente recherche scientifique, de grandes entreprises mondiales très performantes, comme Airbus) mais le manque global de confiance en eux-mêmes des Français. Or, la méthode Hollande plombe cette confiance.

Cette méthode, c’est de ne pas dire clairement les choses, sans doute parce que dans l’esprit présidentiel, les choses ne sont pas encore très claires. Il a cependant franchi une étape sémantique supplémentaire en se revendiquant clairement de la social-démocratie. Il avait d’ailleurs déjà cité deux fois ce mot ("je suis social-démocrate" et "c’est une démarche social-démocrate") quand le journaliste Ivan Levaï lui a posé la question "Quand allez-vous donc vous dire social-démocrate ?" ; l’éditorialiste aurait mieux fait d’écouter avant de poser sa question, il a été gentiment "cassé" par le Président.

Le pacte de "déresponsabilité"

L’autre mesure des deux principales annoncées le 14 janvier 2014, ce fut la réduction des dépenses publiques. Pour baisser le déficit public, il s’est donné un objectif de baisser de 50 milliards d’euros les dépenses publiques d’ici 2017 : 18 milliards en 2015, 18 milliards en 2016 et 17 milliards en 2017.

Là aussi, l’objectif est louable et il a eu raison quand il a parlé de vouloir créer un cercle vertueux (moins de déficit, donc moins de dette, donc moins d’impôt, donc plus de pouvoir d’achat, donc plus de croissance, donc plus d’emplois, donc moins de déficit etc.).

Pourtant, j’ai vu repointer l’illusionniste du Bourget, dans ces tirades sur la baisse de réduction des dépenses publiques. Déjà, il a fait une affirmation fausse en disant qu’il a baissé de 15 milliards d’euros les dépenses publiques. C’est faux. Il a au contraire augmenter de 20 milliards d’euros les dépenses publiques. Mais il a parallèlement augmenter de 35 milliards d’euros les impôts et taxes, ce qui a réduit effectivement le déficit de 15 milliards d’euros. Il aurait mieux fait de ne pas avoir d’abord augmenté de 20 milliards d’euros les dépenses publiques, cela aurait été plus cohérent dans son discours et plus efficace pour ses objectifs.


Comment va-t-il s’y prendre ? Là, François Hollande a sorti un lapin de son chapeau : le futur "conseil stratégique de la dépense publique" qui va siéger tous les mois pour dire ce qu’il faudrait réduire dans la voilure sans avoir d’effet sur les missions sociales de l’État. En clair, il se déresponsabilise complètement du processus très politique de réduire les dépenses. C’est pourtant à lui de prendre les décisions, pas à un comité Théodule qui n’aurait d’ailleurs de légitimité que si toutes les formations, du moins parlementaires, y étaient représentées.

Esprit partisan et embrouilleur

Mais la démarche de François Hollande ne paraît pas vraiment consensuelle. S’il a annoncé que le gouvernement mettrait en jeu sa responsabilité sur le pacte de responsabilité, il a dénoncé par avance l’opposition de ne pas vouloir le redressement de la France si jamais elle désapprouvait ce pacte (alors qu’il n’a pas indiqué qu’il voulait la consulter pour le définir en commun).

D’ailleurs, la démarche paraît bien partisane quand, au détour d’une question sur ce qui le distinguait de Nicolas Sarkozy, il a expliqué que lui, il n’avait pas augmenté la dette publique de 600 milliards d’euros de 2007 à 2012 (voir les conclusions de la Cour des Comptes du 2 juillet 2012 sur le sujet), avec une mauvais foi phénoménale puisqu’il n’a pas évoqué du tout la crise de septembre 2008 et que, dans l’opposition, il avait critiqué le projet de relance trop peu ambitieux du gouvernement de l’époque (il faudrait savoir ce qu’on veut). En revanche, il ne s’est pas privé d’évoquer la crise depuis 2012 (qu’il n’avait pas appréciée à sa juste mesure ! …devant les électeurs). Inutile aussi de faire le bilan de vingt mois sur le front du chômage pour faire des comparaisons…

Sur la baisse du déficit public, François Hollande a montré par ailleurs dans ses propos une nette propension à embrouiller le cerveau de ses auditeurs. En effet, il a décidé de réduire de 50 milliards d’euros les dépenses de l’État pour réduire le déficit. J’en prends acte. Mais au détour d’une question, il a expliqué aussi que le financement du pacte de responsabilité se ferait par la baisse des dépenses publiques.

Alors, le magicien pourra-t-il tromper longtemps son auditoire ? Ces 50 milliards d’euros ne peuvent pas se dédoubler : ils ne pourraient pas être affectés en totalité à la réduction du déficit public si, parallèlement, il finançait les 35 milliards d’euros du pacte de responsabilité. Ce qui paraît d’autant plus prévisible qu’il ne veut (selon lui) plus imposer davantage les ménages ni les entreprises. En fait, cet énorme effort sur l’État ne ferait qu’une réduction de 15 milliards d’euros du déficit, ce qui serait nettement insuffisant.

Rationaliser les collectivités territoriales

Pour réduire les dépenses publiques, François Hollande a bien sûr indiqué quelques vagues pistes avec notamment la réforme des collectivités territoriales. Il avait abrogé la réforme de Nicolas Sarkozy et il avait même rajouté de la complexité entre les collectivités, et voici que quelques mois après, il voudrait proposer une nouvelle réforme (quelle instabilité). À noter le beau mot de Pouria Amirshahi, un député socialiste qui s’exprimait quelques heures plus tard sur BFM-TV : « Les histoires de mille-feuilles, c’est la tarte à la crème ! ».

Il y a beaucoup à faire pour "rationaliser" le fonctionnement des collectivités locales. François Hollande l’a d’autant mieux admis qu’il a rappelé qu’il a été maire, président de conseil général, et même député européen. Il a évoqué le précédent heureux du département du Rhône (dont le conseil général est présidé par Michel Mercier, ex-MoDem et ancien Ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy) et de la communauté urbaine de Lyon (présidée par le sénateur socialiste Gérard Collomb) pour se répartir les compétences entre zone urbaine et zone rurale.

Mais il a oublié aussi le précédent de l’unification de l’Alsace, pourtant très identitaire, qui n’a pas été capable de faire aboutir le 7 avril 2013 la fusion pourtant logique des trois collectivités (deux départements, une région).

Or, la méthode de François Hollande consiste ici à demander aux élus de s’autodétruire : cela ne fonctionnera pas. Il faudrait passer par la loi, être plus contraignant, et éventuellement, faire ratifier par référendum la refonte complète du maillage territorial (de plus grandes régions, des départements en complément rural aux intercommunalités urbaines, etc.).

Trois sujets sur lequel il a été convaincant

François Hollande s’est bien sorti de la question sur la liberté d’expression et l’interdiction confirmée par le Conseil d’État contre des spectacles à connotations supposées antisémites. Il a estimé que le meilleur moyen de lutter contre l’antisémitisme, c’est de lutter contre l’irrespect de toutes les religions, évoquant à mots couverts les initiatives des Femen.

Son bilan de l’action de la France au Mali a été également très convaincante, sur le rétablissement de l’État de droit, l’organisation d’élections et la mise en place d’un fonds de 3 milliards d’euros d’aide internationale dont 800 millions déjà débloqués. Sur le Centrafrique, c’était un peu moins clair si ce n’est la nécessité de l’intervention pour éviter un massacre annoncé. François Hollande a aussi insisté sur le fait que la France aurait été techniquement et immédiatement prête à envoyer des missiles à la Syrie si la situation l’avait exigé.


Enfin, j’ai trouvé François Hollande convaincant aussi sur l’Europe et la construction européenne. Pas sur le flou de certaines initiatives qu’il souhaiterait prendre avec l’Allemagne (sur la transition énergétique), ou sur une gouvernance de la zone euro qui devient de plus en plus nécessaire (le dernier sommet européen a finalement décidé uniquement pour les membres de la zone euro). Mais pour sa volonté de ne pas renoncer à se dire favorable à la construction européenne à l’occasion des élections européennes, à ne pas laisser le terrain aux "populistes" qui sont, selon lui, avant tout des "extrémistes" qui veulent saccager ce beau projet européen : « Je ne laisserai pas faire au cours des prochains mois ceux qui veulent en terminer avec l’idée européenne, pas seulement France, il y en a, parfois même au gouvernement ! » [Il s’est rattrapé en disant qu’il parlait de membres de gouvernements étrangers]. Il a évoqué pour cela le centenaire de la Première guerre mondiale et cette patiente construction de la paix sur le continent.

De l’utilité d’un pape

François Hollande a été particulièrement impoli en justifiant sa (première) visite au Vatican le 24 janvier 2014 ; il a dit ("sauf le respect qui lui est dû") qu’il pensait le pape François "utile". Parler d’utilitarisme pour se justifier d’aller voir le pape me paraît d’un très mauvais goût, comme s’il s’agissait d’instrumentaliser le pape.

Et en quoi serait-il utile ? Pour favoriser la paix en Syrie, pour protéger les chrétiens d’Orient pourchassés dans les pays musulmans et (là, j’ai "halluciné", comme on dit), pour conforter le prochain sommet mondial sur l’environnement en 2015 (Nicolas Hulot est déjà allé au Vatican dans ce but).

Je ne sais pas comment seront ressenties ces déclarations au Vatican, mais je pense que Nicolas Sarkozy a été bien plus performant dans ce domaine diplomatique.

Au lourd maintien

François Hollande m’a donné l’impression qu’il ne savait toujours pas où il allait. Il est certes pragmatique, il cherche ce qui pourrait effectivement redonner de l’emploi en France, mais il ne redonnera pas la confiance car il n’est pas franc avec les Français. Comment ne pourraient-ils pas douter alors que lui-même doute sans cesse de sa propre politique ?

Empêtré médiatiquement par une stupide affaire affective (Dominique Strauss-Kahn n’est finalement pas le seul) et incompris sur sa politique économique, François Hollande croit pouvoir redorer son image auprès de ses anciens électeurs les plus à gauche en renonçant scandaleusement aux valeurs de la République par sa décision d’autoriser l’euthanasie active. J’espère qu’une mobilisation sera réelle pour rappeler au Président de la République un minimum d’éthique sur ce sujet essentiel de la vie et de la mort, abordé avec une si grande légèreté.

Cette conférence de presse m’a finalement fait penser à une chanson populaire écrite par Charles-François Panard (1694-1765), ancien clerc de procureur, intitulée "Le Hollandais" (citée dans un ouvrage de Louis Montjoie) et qui commence ainsi :

« Un Hollandais, riche comme un Crésus,
Au lourd maintien, à face ronde,
Se dit un jour : "Consacrons mes écus
Aux jouissances de ce monde ;
Rassemblons à la fois
Les objets dont le choix
Offre au mortel la plus suave ivresse
Pour me bien divertir ce soir,
Dans mon logis je veux avoir
Pot de bière, pipe et maîtresse". »

La chanson finit tristement :

« Faibles mortels, c’est ainsi qu’à vos yeux
Le bonheur s’envole en fumée,
Soit qu’à l’amour vous adressiez vos vœux,
Soit à l’or, à la renommée.
Un grand perd ses États,
Un gourmand un repas,
L’auteur sa rime, un traitant sa richesse.
Hélas ! au moment de jouir,
On voit tomber, s’éteindre ou fuir,
Pot de bière, pipe et maîtresse ! »

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Une empathie combative ?
L’humour présidentiel à la radio.
Jusqu’où descendra-t-il ?
La courbe du chômage…
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
La République du couac …ou du non dit.
Interview présidentielle sur TF1 (15 septembre 2013).
Pourquoi il ne fallait pas voter pour Hollande ?
Aucune autorité sur ses ministres.
Interview présidentielle du 14 juillet 2013.
Remous électoraux du FN.
Première année du quinquennat de François Hollande.
Seconde conférence de presse de François Hollande (16 mai 2013).
Interview présidentielle sur France 2 (27 mars 2013).
Première conférence de presse de François Hollande (13 novembre 2012).
Interview présidentielle sur TF1 (9 septembre 2012).
Interview présidentielle sur France 2 (29 mai 2012).

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-hollande-grand-tatonneur-146415