Hollande dope l'économie... ou les sondages.

Publié le 20 janvier 2014 par Juan
Que la vie est bien faite. Parfois l'analyse médiatique s'appuie sur des arguments improbables. On connait ainsi la gourmandise médiatique pour les sondages et enquêtes d'opinions en tous genres: en vrai ou en ligne, "redressés" ou "spontanés", professionnels ou amateurs, les sondages sont sur-utilisés à toutes les sauces pour valider ou invalider la moindre action politique.
Et sans surprise, Hollande est une proie de choix. Son virage social-libéral de la fin d'année ne cesse ainsi d'être testé. Pour prouver son efficacité, certains ne reculent devant rien. Ainsi BFM-Business s'est-elle appuyée, vendredi dernier, sur un improbable baromètre économique, une nouvelle illustration de la futilité ambiante et de la confusion des analyses.
Vendredi 17 janvier, la chaîne a publié une nouvelle mesure de son indicateur de conjoncture baptisé "Social Ecorama", un baromètre quotidien du climat des affaires qui s'appuie sur "l'humeur économique des réseaux sociaux." Emmanuel Lechypre, le journaliste qui commente l'affaire est ravi: "il y a bien un effet Hollande sur l'économie. En atteste l'évolution, ce vendredi 17 décembre, de l'indicateur mis en place par l'Observatoire de BFM Business."
 Il ajoute: "notre baromètre est formel: il y a bien un retournement à la hausse du moral des ménages et des entreprises depuis le début de l’année."
Nous voilà rassurés !
Le plus drôle, ou triste, était la méthodologie de ce baromètre, mis en place il y a un an. La chose est à proprement parler incompréhensible pour le commun des citoyens:
"En moyenne, nous captons 150 000 messages par jour pour environ 15 000 utiles au regard de notre problématique à savoir le suivi du climat des affaires vu par les média sociaux. Les thèmes « Entreprises » et « Ménages » sont constitués d’une dizaine de catégories (Bénéfice, Crise, Croissance, Embauche, Exportation, Faillite, Investir, Licenciement, Perte, Profit, Stock pour Entreprises et Augmentation, Chômage, Consommation, Emploi, Endettement, Facture, Inflation, Logement, Pouvoir d’achat, Revenus pour Ménages) dont le détail est disponible dans l’onglet « Les tendances par thèmes »."
Mais cela n'empêche nullement notre journaliste de BFM-Business d'être enthousiaste ! Pour sûr, il ne faut décourager cette politique de l'offre dont BFM, comme d'autres médias, propage le meilleur des échos.
"Il semble bien que le discours social libéral assumé depuis les vœux du 31 décembre par le Président de la République rencontre un écho positif."
Sans rire...

Trois jours plus tard, le son de cloche est inverse. Le même journaliste commente un autre de ces propres enquêtes, "le 7eme Baromètre des grandes entreprises françaises" réalisé par l'Observatoire BFM Business et Europroup consulting, et publié ce 20 janvier. Il ne s'agit plus du "bruit des réseaux sociaux", mais d'une enquête auprès de 100 grands patrons.
Et là, c'est le drame.
Car ce baromètre-ci "montre une grande prudence et de la déception face à la reprise." Mince ! On croyait qu'elle était acquise ! "Quant à la France, elle suscite des espoirs de rebond nettement inférieurs à ceux enregistrés il y a un an : quasiment la moitié des dirigeants d’entreprise anticipe une stagnation de leur activité dans l’hexagone en 2014, 32% s’attendent à une hausse, mais 20% à une baisse."
Le socialisme de l'offre, c'est sympa, mais ce n'est pas suffisant pour ces grands patrons-là.
"L’obsession numéro 1 des dirigeants des grandes entreprises françaises en 2014 sera donc sans surprise la réduction de coûts de production trop élevés, comme l’an dernier, et les gains de productivité.
(...)
C’est un message clair envoyé au gouvernement : la direction sociale libérale prise par le Président de la république rassure un peu les patrons, qui disent maintenant « chiche ». c’est dans les « business plans » pour 2015, 2014 semblant déjà joué, que se liera la confiance dans les réformes ou non."

Sans blague.