Carlos Spottorno, "China Western"

Publié le 22 janvier 2014 par Lifeproof @CcilLifeproof

Sur les murs épurés de La Chambre, Carlos Spottorno nous dévoile sa série de photographies China Western, en témoignage de son errance aux confins de la province chinoise, le Xinjing. Sous l’œil du photographe d’origine hongroise, cette région enclavée se déploie pour nous donner un aperçu de sa diversité culturelle et des enjeux géopolitiques déterminants.

Carlos Spottorno, China Western, vue de l'expo à La Chambre, © Carlos Spottorno. © photo: Caroline Megel

Pris entre 2006 et 2008, ces clichés montrent un panel de paysages, d’activités et de modes de vie, qui nous semble étranger, mais qui regorge d’influence du monde. Situé aux portes de nombreux pays, tels la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, ce territoire perd peu à peu de son identité ouïghoure, héritée des autochtones d’origine turque et musulmane, pour devenir une étendue en proie à une vraie conquête de l’Ouest chinois. Pétrole et gaz y sont abondants ; le développement économique prend le pas sur la préservation de l’environnement.

Carlos Spottorno, China Western, vue de l'expo à La Chambre, © Carlos Spottorno. © photo: Caroline Megel

Et c’est précisément, ce que Spottorno nous présente à travers ses prises de vue à l’esthétique documentaire. Il nous invite à l’accompagner dans ses déplacements, au milieu de la vieille ville ou près d’un pipeline de pétrole, à la recherche d’une scène insolite d’un moment de vie. La notion d’écart ne cesse d’être illustrée dans chacune de ses photographies : la misère d’une population face à l’enrichissement d’un pays, la beauté de la nature entachée par la présence grandissante des industries, les bâtisses en ruine juxtaposées aux immeubles en construction. Toute cette région est en perpétuel changement, rythmé par une confrontation entre la vie urbaine attachée à la tradition et l’activité industrielle, qui brise les frontières et ouvre à la mondialisation persistante. L’agencement de l’exposition illustre bien cette translation des dynamiques humaines. En effet, la première salle montre les habitants dans leur milieu urbain, alors que la deuxième se tourne vers l’industrialisation de la région. Un petit passage unit les deux salles, semblable à la fusion entre l’ancien et le nouveau pouvoir.

Carlos Spottorno, China Western, vue de l'expo à La Chambre, © Carlos Spottorno. © photo: Caroline Megel

Cette recherche de l’autre et cette volonté de montrer le monde tel qu’il est, évoquent indubitablement le travail de Bernard Plossu en 1965-1966. Les instantanés du Mexique retracent le road trip du photographe français, qui immortalise tout sur son passage. Alors que pour Plossu, les photographies relèvent davantage du souvenir d’un voyage de jeunesse, pour Spottorno, il s’agit de révéler les problèmes politiques et économiques d’un pays encore peu connu.

Dans les deux cas, les prises de vue sont des invitations au dépaysement, à la découverte d’un autre monde et à s’interroger sur le devenir d’un pays, marqué par des bouleversements culturels, économiques et sociaux.

Caroline.

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Du 06 décembre 2013 au 02 février 2014 – ouverture du mercredi au dimanche de 14h à 19h

La Chambre

4, place d’Austerlitz

67000 Strasbourg

Entrée libre