La montagne

Publié le 23 novembre 2013 par Paniervolant


Je venais d'avoir onze ans et une santé fragile, je ne me rendais pas compte de mon état de maigreur jusqu'au jour où l'institutrice annonça à une élève qu'il était ridicule de se cacher derrière moi dans les rangs pour bavarder, vu la fragilité de mon apparence physique.
De plus j'étais souvent souffrante, jusqu'au jour où maman m'accompagna chez le médecin puis le radiologue qui venait de me découvrir un voile aux poumons.
Comme je vivais dans un environnement enfumé à cause du bistrot et pas très sain pour une enfant qui ne connaissais la nature qu'au travers de son jardin aux herbes folles, sans oublier le contact indirect de la clientèle porteur de virus probablement, il fut conseillé à mes parents de m'expédier en aérium dans une région de montagne où je trouverai un air plus sain pour éradiquer ce début de tuberculose.


Pour la première fois de ma vie j'allais prendre le train jusqu'à la gare du Nord à Paris, mais je n'eus pas l'occasion de voir la Tour Eiffel.
Mon père m'accompagnait, et je garde un vague souvenir du métro qui devait m'emmener à la gare de Lyon en direction de Grenoble. En attendant le départ, dans le train, je dégustais une pêche qui je ne sais pourquoi, fut la meilleure de ma vie.
Il n'y avait pas de TGV en 1960, alors le voyage se fit de nuit pour arriver au petit matin.


Quelle ne fut pas ma surprise d'arriver à Grenoble, cette ville si différente de mon environnement habituel.
Bientôt nous allions prendre un bus qui allait nous transporter jusqu'au village de Saint-Pierre de Chartreuse, situé dans les hauteurs du massif de La Grande Chartreuse à plus de 1500 m d'altitude, face au mont Chamechaude.


C'était la fin de l'été, je me retrouvais dans un paysage accidenté, verdoyant et fabuleux, avec de nombreux torrents, chalets et troupeaux de bétail. Cela me changeait de ce plat pays qu'est le Nord, aux maisons de briques rouges, dans la grisaille environnante.

Je devais y rester 3 mois qui furent une véritable révélation pour moi.
Je découvrais en effet des paysages sublimes, et des promenades au grand air sur les chemins de montagnes un peu plus haut, et lors d'une grande ballade j'ai aperçu des chamois sur le flan des montagnes. J'ai eu droit également sur la fin de mon séjour, au retour de la transhumance, avec toutes ces vaches qui portaient des colliers de fleurs multicolores, et le tintamarre joyeux de leur clochettes annonçant le retour à la ferme.
Nous étions logés dans un immense chalet, et le séjour était rythmé, avec des règles de vie mais pas trop strictes, des repas équilibrés à heure fixe où je commençais à apprécier les spécialités de la région. La grande variété de légumes ou de fruits que nous apprécions actuellement ne se trouvaient pas partout à cette époque, et notamment dans la région du Nord.
C'est ainsi que je dégustais mon premier plat de courgettes dans cette région du Dauphiné.
J'écrivais régulièrement à mes parents qui me manquaient bien évidemment, mais un tel changement dans ma vie m'aidait à supporter la séparation, et j'aurais volontiers accepté d'y rester trois supplémentaires.
Ces trois mois s'écoulèrent trop vite et déjà c'était le moment de retrouver les miens, avec une mine superbe et six kilos supplémentaires.
Je trouvais le Nord morne et triste comparativement à cette région du Dauphiné que je quittais définitivement, pour retrouver ma famille et le bistrot.
Je venais de perdre un trimestre de ma scolarité et bien que bonne élève, je dus redoubler, ce qui m'avantagea finalement.
Je gardais un excellent souvenir de ce séjour et un goût très prononcé pour une grande variété légumes, ce qui me changeait des habitudes du Nord où l'on appréciait particulièrement les frites ou les pommes de terre servies pratiquement à chaque repas.