12 Years A Slave - Critique

Par Nopopcorn @TeamNoPopCorn

Un des meilleurs films de ce début d'année !

12 Years A Slave, drame de Steve McQueen qui a remporté le Golden Globe du meilleur film dramatique. Au casting on retrouve Chiwetel Ejiofor, Brad Pitt, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch, ainsi que Paul Dano dans ce film inspiré d'une histoire vraie, qui raconte les mémoires de Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor), kidnappé alors qu'il était un homme libre et soumis à l'esclavage pendant douze longues années.
Le(s) plus

Dans la vie, rien n'est figé et tout se transforme.
Un mot, une phrase, un événement peut faire basculer ce fragile état. Pour Solomon Northup, homme noir libre, vivant avec sa famille dans l'État de New-York, son destin va prendre un tournant dramatique quelques années avant la guerre de Sécession, quand il va se faire enlever par deux hommes blancs pour être vendu comme esclave en Louisiane.

Mais pas de mélodrame ici, car dès le moment de son réveil, après son kidnapping, le spectateur est embarqué, plongé dans le calvaire de l'esclavagisme au travers de ce personnage. Il règne une telle tension, véhiculée par la mise en scène brillante et intelligente de Steve McQueen, qu'on est comme happé par cette violence, tant physique (certaines scènes sont choquantes et à la limite du supportable) que psychologique. Et dans cette vision, au cœur de ce monde qui révèle l'horreur de la nature humaine, pas de larmes ni le temps de s'apitoyer, tant le spectateur est sous le choc de scènes fortes et réalistes. Tout comme Solomon le dit, il ne veut pas survivre, il veut vivre... Et c'est grâce à ce mental d'acier, cette résilience dont il va faire preuve pendant ces douze années de tortures, qu'il va tenir, gardant toujours en tête l'objectif de redevenir libre et rentrer chez lui. Ici, pour aborder des thèmes graves comme l'esclavagisme, la privation de liberté, pas d'héroïsme caricatural, pas de vision Manichéenne, juste le constat de la bêtise humaine.

Côté casting, le spectateur est plus que gâté. Chiwetel Ejiofor (Solomon Northup) est remarquable. Sa colère contenue, il va accepter sa condition pour mieux pouvoir la dépasser. Il émane de lui une force tranquille, une sincérité émouvante. Michael Fassbender (Edwin Epps), incarne un propriétaire de plantation de coton cruel, mais dont on sent qu'il est aux prises avec ses démons intérieurs (au travers de sa relation avec Patsey notamment). Il est brillant, jamais caricatural. Quant à Benedict Cumberbatch (Ford), il est rongé par la culpabilité, en conflits de valeurs, et montre un côté plus généreux, plus humain.

La photographie est juste splendide. Outre les magnifiques paysages de Louisiane, les quelques arrêts sur image, des couchers ou levers de soleil par exemple, apportent un peu de répit entre deux scènes violentes et, agit comme une bouffée d'oxygène du plongeur qui remonte à la surface, avant de replonger dans les profondeurs de l'âme humaine et de ses pires travers. La musique de Hans Zimmer, douce et mélodieuse, sublime le tout.

Le(s) moins

Certains pourront reprocher un côté trop classique et conventionnel à ce film (course aux Oscars ?). Le thème de l'esclavagisme aurait pu être abordé de façon plus profonde que par un enchainement de scènes de tortures, qui crée un malaise par cette tension permanente et peut devenir dérangeante...

Conclusion

Avec son troisième long-métrage seulement, Steve McQueen (Hunger, Shame) confirme son talent pour traiter de sujets graves.
12 Years A Slave, tant par son histoire que par l'interprétation des acteurs, se révèle choquant, prenant et émouvant. Un des meilleurs films de ce début d'année.

Ma note: 9/10


12 Years A Slave



Synopsis : "Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession.
Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave.
Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité.
Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…
"
Réalisé par: Steve McQueen / Avec: Chiwetel Ejiofor, Brad Pitt, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch et Paul Dano / Genre: Drame, Historique / Nationalité: Américain / Distributeur: Mars Distribution
Durée: 2h13min / Date de sortie: 22 janvier 2014
Public: Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Plus d'informations !

  • Les Anecdotes !


    12 Years a Slave est inspiré d'une histoire vraie. Il est en effet adapté des mémoires de Solomon Northup, kidnappé alors qu'il était un homme libre et soumis à l'esclavage pendant douze longues années.

    Après Inglourious Basterds, Brad Pitt et Michael Fassbender partagent l'affiche de deux films, de façon consécutive. Ils jouent dans 12 Years a Slave et The Counselor, de Ridley Scott, qui en France est le premier des deux à sortir en salles.

    12 Years A Slave marque la troisième collaboration consécutive entre le réalisateur Steve McQueen et l'acteur Michael Fassbender. Ainsi, le comédien a jusqu'à présent joué dans tous les longs métrages du cinéaste.

    12 Years a Slave a été pour la première fois présenté au public, à quelques jours d'intervalle, dans deux festivals nord-américains : à Telluride, dans le Colorado, et au Festival international du film de Toronto.

    12 Years A Slave est co-produit par la société Plan B Entertainment, créée en 2002 par Brad Pitt (qui joue également dans le film), Brad Grey et Jennifer Aniston. Elle a déjà produit des longs-métrages connus tels que Troie, Charlie et la Chocolaterie, Un coeur invaincu, L'Assassinat de Jesse James par le lache Robert Ford, Kick-Ass, Mange, Prie, Aime, The Tree of Life, Cogan : La mort en douce ou bien encore World War Z.

    12 Years A Slave est d'ailleurs le sixième film dans lequel Pitt a la double casquette d'acteur et producteur.

    Depuis 2 ans, les projets d'envergure affluent à la table de l'acteur, révélé dans la série Sherlock. Après avoir vécu une année 2013 mouvementée (Star Trek Into Darkness, Le Cinquième Pouvoir et Le Hobbit : La désolation de Smaug), il ne devrait pas connaitre une année 2014 plus reposante. En plus de faire partie du casting de 12 Years A Slave, on le reverra dans la 3ème saison de Sherlock ainsi que dans le long-métrage Un été à Osage County, pour finalement clôturer le dernier volet des aventures du Hobbit dans Le Hobbit : histoire d'un aller et d'un retour.

    Il semblerait que le scénariste du film, John Ridley veuille continuer à explorer le thème de la discrimination raciale. En effet, ce dernier prépare une série intitulée "American Crime", centrée sur un crime raciste et le procès qui en découle.

    Considéré aux USA comme le successeur de Spike Lee, le cinéaste britannique semble de plus en plus convoité. Les producteurs d'HBO se sont lancés les premiers en lui proposant de développer une série qui sera diffusée sur sa chaine. L'histoire prendra place à New-York et se centrera sur un jeune Afro-Américain au passé trouble qui pénètrera dans les hautes sphères de la société.

    Savez-vous que 12 Years A Slave n'est pas le premier long-métrage sur l'esclavage dans lequel on retrouve l'acteur ? Il y a 17 ans, on avait pu l'apercevoir dans... Amistad, réalisé par Steven Spielberg.

    Tandis que le Nord et le Sud des Etats-Unis débattaient sur l'abolition ou l'étendue de l'esclavage, les kidnappings d'individus noirs pour les ramener dans des Etats esclavagistes se multipliaient.

    L'ouvrage dont s'inspire Steve Mc Queen (et écrit par le "vrai" Solomon Northup) s'est vendu à plus de 17 000 exemplaires aux Etats-Unis. L'écrivain a aussi animé plusieurs conférences, à New-York et en Nouvelle-Angleterre.

    Les mémoires de Solomon Northup ont déjà connu diverses adaptations : ainsi, elles furent plusieurs fois mises en scène au théâtre (Solomon a même campé son propre personnage !) et un téléfilm a été retransmis en 1984, avec Avery Brooks dans le rôle principal.

    Avant même d'avoir lu le livre, Steve McQueen souhaitait déjà pouvoir réaliser un film traitant de l'esclavage et de ces Noirs livrés "illégalement" dans le Sud. Sa femme lui fit alors découvrir les mémoires de Solomon Northup. Pour lui, ce fut la révélation :"J'ai été choqué et fasciné par cette histoire extraordinaire. Ça me rappelait presque Pinocchio ou un conte des frères Grimm – l'histoire de cet homme arraché aux siens et soumis à une longue succession d'épreuves, mais pour qui brille encore une lumière au bout du tunnel (...) Ce récit a beaucoup plus d'ampleur que tout ce que j'ai pu lire ou voir récemment", dit-il. "Je n'arrive pas à croire que je n'aie jamais entendu parler de ce livre. Comment est-ce possible ? La plupart des gens aux États-Unis à qui je l'ai mentionné n'en ont jamais entendu parler non plus. Pour moi, ce livre – récit incroyable d'un homme plongé dans un monde d'une inhumanité absolue – est aussi essentiel à l'histoire américaine que le Journal d'Anne Franck l'est à l'histoire européenne."

    Malgré son succès, 12 Years a Slave a bien failli disparaitre en tombant dans le domaine public. C'était sans compter sur l'historienne Sue Eakin qui s'est référée au livre au cours du débat sur les droits civiques en 1968 : elle est parvenue à argumenter efficacement sur l'authenticité de l'ouvrage en validant l'existence de Northup et tout ce qu'il y dévoile durant sa période d'esclave. Depuis, il est considéré comme l'une des oeuvres les plus réputées sur l'esclavage.

    Pour livrer un film qui soit aussi authentique et intense que l'ouvrage éponyme, Steve McQueen et John Ridley ont mené des recherches approfondies sur l'esclavagisme américain qui était un système plus structuré économiquement que l'on pouvait le penser. Ils ont aussi appris à quel point cette pratique a permis à de nombreux Etats de bâtir leur richesse, au point de l'ancrer dans l'inconscient collectif des propriétaires et des esclaves : "Nous avons beaucoup appris sur le système de l'esclavage. Quand on y pense, des centaines d'années après, on imagine qu'il s'agissait de personnes noires qui travaillaient dans des champs et c'est à peu près tout. Mais on parle d'une institution qui supprimait le libre-arbitre, conçue pour déshumaniser et qui a donc dû devenir de plus en plus élaborée. On racontait des histoires aux Blancs afin qu'ils pensent que les Noirs devaient être esclaves, leur expliquant pourquoi ils étaient inférieurs et pourquoi personne ne devrait se préoccuper de leurs droits. Et à partir de là, l'esclavage s'est étendu de façon exponentielle au fil des ans", note Ridley.

    Pour Chiwetel Ejiofor, se plonger dans le rôle de Solomon a été plus intense que jamais ; il a notamment entamé des recherches qui l'ont mené dans le Sud tel qu'il existait au XIXème siècle : "Le livre a été mon guide. Mais le fait de me rendre en Louisiane et de voir de vraies plantations où tout a été préservé, de la maison du maître jusqu'aux cabanes des esclaves m'a permis de mieux percevoir les choses. J'ai pu parler à des gens, entendre des histoires sur cette époque et sentir qu'il y avait nombre de fantômes qui ne demandaient qu'à être réveillés."

    La scène qui fait le plus parler les spectateurs est bien évidemment celle durant laquelle Solomon est pendu à une corde mais parvient à laisser ses pieds patauger dans la boue pour éviter l'asphyxie. Cette scène a été un immense défi pour Ejiofor, tandis que Mcqueen tenait sincèrement à ce que ce passage fort du livre soit authentique : "Quand Solomon était là, luttant contre la mort sur la pointe des pieds, il a été assailli par toutes sortes de pensées car il est longtemps resté dans cette position, et je voulais faire ressentir cela au public, afin qu'il éprouve pleinement l'expérience atroce d'un lynchage, tandis que la vie continue tout autour de lui. Cette séquence est essentielle pour l'histoire et je ne voulais pas minimiser ce qui lui est arrivé. Il ne s'agit pas de choquer les gens – cela ne m'intéresse pas –, mais il s'agit de faire preuve de responsabilité face à cette histoire. Quand on a tourné, il y a avait un grand silence sur le plateau, et une gravité qui montrait que nous avions conscience qu'il fallait en passer par là."

    Jusqu'ici, Steve McQueen avait donné à Michael Fassbender des rôles torturés, qui suscitaient la compassion. C'est un peu le même genre de cas ici, en ce qui concerne le personnage d'Epps, sauf qu'il l'accompagne cette fois d'une aura diabolique. En effet, Edward Epps était un propriétaire d'esclaves alcoolique et extrêmement violent. Le comportement du véritable Epps était d'ailleurs tellement épouvantable qu'encore de nos jours, en Louisiane, les habitants de la région utilisent l'expression : « Arrête de faire ton Epps ».

    McQueen explique : « Michael a su cerner ce personnage dans toute sa complexité d'une manière extraordinaire, commente Ejiofor dont le personnage est aux prises avec Epps tout au long du film. Il ne fait pas d'Epps un type méchant, car ce serait trop facile de l'interpréter ainsi, mais il le joue comme un être qui souffre intérieurement, qui voit le monde comme étant contre lui et qui essaie de rectifier cette situation en s'en prenant à ce qu'il considère lui appartenir – autrement dit, les gens comme Solomon et les autres esclaves de sa plantation. Michael a donné à Epps un caractère « équilibré », d'une qualité constante qui est à la fois attirante et effrayante. »

    Pour incarner Patsey, qui est la maîtresse secrete d'Epps, McQueen a choisi Lupita Nyong'o, actrice née au Mexique qui a grandi au Kenya. 12 Years A Slave est son premier rôle au cinéma. Le réalisateur l'a d'ailleurs repérée à l'occasion d'auditions très longues : "Nous avons vu plus de 1 000 candidates et Lupita s'est distinguée des autres. Quand je l'ai rencontrée, je me suis dit « c'est elle ». Elle dégage une vulnérabilité, mais aussi une force extrême. En sa présence, je me sens tout petit". L'actrice s'est familiarisée avec son personnage en étudiant la vie des esclaves à cette époque : "J'ai commencé par visiter le bateau aux esclaves au musée de cire de Baltimore. Je suis montée à bord et cette expérience semblait si réelle que ça m'a beaucoup secouée. Je n'avais jamais considéré l'esclavage de manière si personnelle", explique-t-elle, en poursuivant : "J'ai également lu pas mal de livres sur le sujet, et j'ai recueilli le maximum d'informations que j'ai pu trouver sur l'esclavage."

    McQueen collabore à nouveau avec le chef-opérateur Sean Bobbitt, qui avait déjà éclairé ses deux précédents films. Il s'est également attaché les services du monteur Joe Walker, qui avait lui aussi travaillé sur Hunger et Shame.

    Le tournage, ramassé sur 35 jours, s'est essentiellement déroulé en Louisiane. Le chef-décorateur Adam Stockhausen s'est profondément attaché à reconstituer la Louisiane des années 1840. "Pour Steve, il était capital d'être fidèle aux moindres détails de l'époque. On a donc pris le temps de se pencher sur le quotidien des gens dans ces années-là pour savoir à quoi ressemblait une « gin-house » [le local où se trouvait l'égreneuse de coton]. On a épluché quantité de tableaux, de dessins et de gravures, et on a fait énormément de recherches sur l'histoire de la période."

    Fin 2013, le studio Lionsgate a ordonné le retrait des salles des affiches italiennes du long métrage 12 Years A Slave, jugées racistes par plusieurs observateurs. Sur les affiches américaines, le comédien noir Chiwetel Ejiofor, acteur principal du film, était mis en avant. Mais sur les affiches transalpines incriminées, ce sont Brad Pitt et Michael Fassbender qui sont en gros plan, Chiwetel Ejiofeor étant en petit à droite de l'affiche. Pour justifier sa demande auprès du distributeur italien BMI, Lionsgate n'a pas évoqué les accusations de racisme, arguant seulement de motifs légaux.

Et vous qu'avez-vous pensé du film 12 Years A Slave ?