Cartier. Le style et l’histoire

Publié le 07 février 2014 par A&w @GarconsFoulards

© Les Garçons aux Foulards - Diadème Soleil, Cartier, 1907

« Encore une exposition de marque dans un espace culturel ? » allez vous protester en voyant ce titre. C’est un peu, il est vrai, la tendance muséographique du moment, qui laisserait à penser que plus une seule exposition n’est capable d’attirer du monde sans avoir estampillée le label « mode » ou « créateur ». Et c’est d’ailleurs avec cet a priori que nous sommes allés découvrir (enfin) la rétrospective Cartier au Grand Palais. A priori que, nous devons avoué, a disparu dès la première salle franchit. Car même si l’exposition met bien évidemment en scène la marque en tant que référence de l’univers de la joaillerie parisienne, elle n’a pas le mauvais goût de tomber dans l’écueil purement  commercial que nous aurions pu attendre d’un tel événement, et se focalise sur le savoir faire incroyable de la maison, son histoire et l’évolution de son style au fil des décennies et des commandes passées par ses plus illustres client(e)s. Histoire complexe et riche finalement peu connue, éclipsée peut-être par la célébrité du nom, gravé en lettre d’or sur les devantures des plus belles avenues du monde et par l’éclat des diamants qui ici se dévoilent par milliers.

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, le Style et l'Histoire 


Par milliers, et encore, j’ai peur que le chiffre soit approximatif dans cette exposition aux dimensions colossales ou tous les superlatifs sont permis. Colossale par le lieu au cœur du Salon d’Honneur qui a rouvert au public il y a peu, colossale par la mise en scène féerique qui recouvre les plafonds de l’immense salon d’un jeu de lumières et d’images projetées, sans cesse en mouvement et changeantes, mais aussi colossale par son aspect muséographique. Pas moins de 600 objets présentés (bijoux, joaillerie, montres, pendules ou encore objets usuels et décoratifs), parfois accompagnés pertinemment de témoins de la vie artistique et des goûts de leur temps : vêtements, accessoires, mobilier, tableaux, photos, gravures, et revues de mode.  Près de 200 dessins préparatoires, de nombreux documents d’archives (dont des cahiers d’idées, des photos, des plâtres), achèvent d’illustrer les coulisses de la création et nous font pénétrer un peu plus dans l’univers créatif de l’une des plus prestigieuses maisons de l’histoire des arts décoratifs et de la joaillerie du XXème siècle.

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, le Style et l'Histoire 


© Les Garçons aux Foulards - Cartier, le Style et l'Histoire 

© Les Garçons aux Foulards - Cartier 

© Les Garçons aux Foulards 

© Les Garçons aux Foulards 

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, le Style et l'Histoire 

La réputation de la maison Cartier, développé par Louis-François Cartier au milieu du 19èmesiècle, devenu dès le Second Empire "joaillier des rois", n’est pas à mettre en doute. Dès la première salle, surprises et émerveillement sont au rendez-vous. Du célèbre saphir bleu de près de 500 carats, d’origine sri-lankaise, (l’un des plus gros taillés jamais répertoriés) acheté en 1921 par la Reine Marie de Roumanie, à la vitrine renfermant une exceptionnelle collection de diadèmesen diamants taillés, virtuosités suprêmes des ateliers et signes des orgueils élevés d’une clientèle titrée, ayant coiffés  quelques unes des figures historiques les plus importantes du début du siècle dernier,  la magie opère et nous sommes transporté quasi immédiatement dans un univers onirique dans lequel nous nous laissons guider avec délice.

© Les Garçons aux Foulards - Portrait de la Reine Marie de Roumanie

© Les Garçons aux Foulards - Saphir bleu de Marie de Roumanie


© Les Garçons aux Foulards - Cartier 


© Les Garçons aux Foulards - Cartier 


Style dit "guirlande" à la fin du 19ème siècle, au nom des plus imagés, et dont la richesse des parures fait écho à la récente découverte à cette époque des mines de diamants d’Afrique du Sud, qui fit la renommée du joailler récemment installé 13, rue de la Paix. Travaillant quelques fois en collaboration avec le couturier Worth, la production du successeur, Louis Cartier, fera référence au néoclassicisme du XVIIIe, s’interdisant de se laisser distraire par les avant-gardes, l’art nouveau ou le style rocaille.Évolution du style et de l’époque, à l’occasion de l’exposition de 1925 des Arts Décoratifs, Cartier expose 150 objets dits "modernes", bijoux, accessoires et pièces d’horlogerie, au Pavillon de l’élégance, où sont présentes les maisons de couture Callot, Jenny, Worth et Lanvin. Le noir et le blanc, gage d’élégance, devient l’une des principales tendances du bijou Art déco.

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, le Style et l'Histoire 

© Les Garçons aux Foulards - Ornement de tête, Cartier, 1923

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, le Style et l'Histoire

© Les Garçons aux Foulards - l'Oiseau de Feu, 1910

Pourtant, l’engouement pour un certain exotisme se développe en parallèle de cela. Véhiculé notamment par les créations des ballets russes de Serge Diaghilev dont les Schéhérazade, Oiseau de Feu ou encore Spectre de la Rose révolutionnent l’art de la danse et marquent leur époque, la force des couleurs contraste avec la sobriété de l’Art Déco et  les motifs, réels ou fantasmés, en provenance d’Égypte, d’Inde, et d’Extrême-Orient influenceront fortement la joaillerie comme ils influenceront la mode.

© Les Garçons aux Foulards - l'Oiseau de Feu, 1910

Coiffe d'Ida Rubinstein dans Schéhérazade, 1910

© Les Garçons aux Foulards - Diadème "Bérénice", Cartier, 1910 

© Les Garçons aux Foulards - Cartier

© Les Garçons aux Foulards - Cartier


Joailler des rois et Rois des Joailler, la maison ne manque pas à sa réputation lorsque Bhupindra Singh, Maharadja de Patiala, apporte chez Cartier en 1925, plusieurs dizaines de milliers de pierres à sertir de façon nouvelle, en respectant les formes traditionnelles indiennes tout en intégrant les tendances Art déco, défi extraordinaire pour les ateliers parisiens. De cette commande hors normes et tout à fait inédite, la pièce maîtresse sera la plus somptueuse parure de l’histoire de la joaillerie : 2930 diamants, 2 rubis, et en son centre le diamant De Beers, un diamant jaune de 234,65 carats, le 7e plus gros du monde. Exposé, le collier, qui avait été bien endommagé, a été reconstitué, parfois avec l’aide de quelques pierres de synthèse. Epoustouflant.

© Les Garçons aux Foulards - Parure du Maharadjah de Patiala, Cartier, 1925

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, le Style et l'Histoire 


Autre découverte merveilleuse de cette exposition, Les pendules mystérieuses, inspirées à Cartier par une invention de l’illusionniste Robert-Houdin reprise par l’horloger Maurice Couët, qui sont devenues l’une des créations les plus emblématiques de la maison. Au départ, chacune d’entre elles nécessite presque une année de minutie pour aboutir à une pièce d’art et de joaillerie dont les aiguilles indiquent le temps et donnent l’illusion parfaite de n’être reliées à aucun rouage. Une centaine seront faites de 1912 à 1930. On ignora longtemps que chacune des aiguilles est solidaire de son propre disque de cristal tournant, relié à une crémaillère dissimulée dans le cadre. Elles nous fascinent à l’heure actuelle toujours autant.Evolution du siècle, évolution de notre époque, les têtes couronnées européennes fidèles à la maison Cartier, laissent petit à petit place aux célébrités du monde du cinéma ou aux riches héritières américaines qui furent parmi les clientes les plus assidues de l’antennes new-Yorkaise de la maison et participèrent à son succès planétaire que nous connaissons. De Wallis Simpson (1896-1986), duchesse de Windsor, qui aimait l’esprit des bijoux fantaisie avec ses couleurs vives, et pour qui fut réalisé le premier bijou panthère en 3 dimensions à l’actrice Elizabeth Taylor (1932-2011), qui porta entre autres pierres, le Burton-Taylor (69,42 carats), en passant par la Princesse Grace de Monaco, qui appréciait les oiseaux, les caniches et les animaux de (basse-)cour pour leur aspect sans doute moins formel, l’exposition se termine par  l’extravagante actrice Maria Félix (1914-2002) célèbre pour son adoration des serpents et crocodiles en bijoux et dont quelques unes des commandes réalisées par Cartier sont exposées et nous fascinent de leur exceptionnel savoir faire.

© Les Garçons aux Foulards - Collier draperie, Cartier, 1947 - Exécuté pour la duchesse de Windsor

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, Modèle dessiné pour Elizabeth Taylor

© Les Garçons aux Foulards - Cartier, Collier serpent dessiné pour Maria Félix

"Cartier. Le style et l’histoire", exposition conçue comme une lecture de l’histoire du bijou, au travers des créations du joaillier, veut nous montrer les évolutions que connurent les usages et les styles durant plus d’un siècle de création. Mais bien plus que l’aspect purement pédagogique ou artistique de celle-ci, ce qui en découle également pour le visiteur incrédule face aux cascades de diamants, aux milliers de carats, c’est sans doute l’admiration d’un savoir faire inouï, l’éblouissement face à la somptuosité des pièces exposées, la prise de conscience également avec une certaine tristesse de la disparition d’un certain art de vivre, ou toute activité étaient traitées comme un art et ou tout objet pouvaient devenir objet d’art. Cartier a ainsi joué un rôle  important dans l’histoire des arts décoratifs, ses créations, du classicisme du « joaillier des rois » aux inventions radicales du style moderne, entre géométrie et exotisme, offrent un témoignage passionnant sur l’évolution du goût et des codes sociaux. Joaillerie, horlogerie, objets aussi pratiques que raffinés : Cartier a séduit les personnalités les plus élégantes du XXe siècle.
A.
Cartier - Le style et l’histoireJusqu’au 16 février 2014 au Grand Palais.Ouvert tlj de 10 à 20h, nocturne le mercredi soir jusqu’à 22h. Fermé le mardi.