UN PEU DE SOLEIL DANS L'EAU FROIDE, de Françoise SAGAN

Par Geybuss

Roman - Edition Livre de Poche - 246 pages - 6.50 €

Parution d'origine en 1969

L'histoire : Journaliste, flambeur, habitué des nuits parisiennes, Gilles tombe soudain en dépression, même si le mot mais quelque temps à être prononcé. Il part alors se reposer chez sa soeur dans le Limousin. Loin de la capitale, il se reconstruira et découvrira autre. Lors d'un dîner mondain, pourtant pas à son avantage, Nathalie remarque Gilles. Et sa vie s'en trouvera bouleversée.

Tentation : Sagan, gage de qualité non ?

Fournisseur : Ma PAL !

 Mon humble avis : Comme une telle lecture me fait du bien ! Non pas qu'elle soit particulièrement joyeuse, mais elle fut assez agréable et fluide pour que je lise ce roman en un après midi, ce qui, dans mon cas actuel, est loin d'être monnaie courante !

Voilà bien 10, 15 ans que je ne m'étais plus penchée sur un écrit de Françoise Sagan, et j'ai été ravie de retrouver ici mon plaisir intact. Car la romancière n'a pas son pareil pour décrire les choses avec autant de précision que d'impressions et le tout, sans jamais être pompeuse dans le style. Celui ci semble sans effet, 100% naturel, BIO, made in France

Dans les premiers temps, le personnage de Gilles m'est paru sympathique car mu par une espèce de remise en question personnelle. Celle ci déclenchée par une dépression, qui fait forcément voir les choses et les êtres, même soit même, différement. Les prémices, puis les symptômes de cette maladie, jugée encore plus à l'époque comme un caprice que maintenant, sont subtilement distillés par Françoise Sagan, tout comme les premiers signes de la "résurrection". J'éprouvais une profonde empathie pour cet homme mangé par la vie, et qui renait peu à peu... Grace à l'amour. Le seul, le vrai, l'unique, la PASSION. La passion dans ce qu'elle a d'aveuglante et de destructrice. C'est très judicieux de la part de Sagan de rendre salvateur du pire ce qui conduira forcément à la perte. La fulgurance des sentiments, c'est un peu la marque de fabrique de la regrettée romancière qui comme le personnage de Nathalie, était entière, et forcément sincère jusque dans le verbe. Ah, Nathalie la provinciale qui tombe en amour pour ce parisien pourtant mal en point. Au fil des pages, l'accent est bien mis justement sur cette différence entre la capitale et la province, depuis les tenues vestimentaires, jusqu'aux habitudes, en passant par le mode de vie et un certain enfermement qui n'est pas toujours là où l'on pense le trouver. Le parisien a tout à portée de main et ne fait pas grand chose de sa vie. La provinciale, qui mène une vie plutôt ennuyeuse de femme mariée à un notable, possède la culture de l'ailleurs. C'est cuireux, mais cette différence Paris/province me frappait moins il y a 15 ans que maintenant. Car en 2014, quand je débarque à Paris, je me sens vraiment.... provinciale. La différence, c'est que j'en suis dorénavant ravie !

 Et puis ce Gilles m'est devenu de plus en plus insupportable lorsqu'il revient sur son territoire pavé des trottoirs parisiens. Nathalie m'a fait plutôt pitiée. Elle a fait toutes les concessions, lui n'en fait aucune, sans jamais se préocupper du prix des concessions de sa compagne. Car la passion s'effrite lorsqu'elle est vécue au grand jour et pire encore.... au quotidien. Gilles devient celui qui veut le beurre, l'argent du beurre et la crémière, incapable de réfreiner ses reflexes de gamin, alors qu'il est trentenaire bien consommé. J'ignore comment étaient les mentalités de l'époque, mais ce roman pourrait être tout à fait actuel. On veut l'amour, sans les concessions qu'il demande. On le veut définitif mais dans son état actuel, sans tolérer la moindre habitude, le moindre train train, et surtout, sans renoncer à l'avant. Dans ce livre, les faits parlent d'eux mêmes et l'auteure ne se lance pas dans de grandes analyses. Elle décrit et constate. 

Oui, c'est ce que semble montrer brillament ce livre : certains veulent l'amour et pensent que abandonner sa vie précédente, c'est se renier, se perdre soi même.... Sans voir la richesse de l'autre, qui fait grandir... Parce qu'un jour, il est bien grand temps de grandir non ?

Trève de beaux discours, Françoise Sagan m'a encore captivée et éblouie de sa justesse. Sûr que je n'attendrai plus quinze ans avant d'ouvrir mon prochain Sagan, même si j'en ai déjà lu une palanque !!!