Du traitement des affaires politiques et de l'indépendance des médias.

Publié le 27 février 2014 par Leunamme

Loin de moi l'idée de prendre la défense de Jean-François Copé. Je considère qu'il est à la pensée politique ce que Marc Lévy est à la littérature, autrement dit quelque chose qui est proche du néant. Le journal Le Point vient de révéler une affaire de surfacturation dans laquelle le sieur Copé serait impliqué, il aurait exagéré le coût de certains meetings pour favoriser quelques-uns de ses amis. En soi, même s'il faut attendre que l'enquête, et la justice si elle est saisie, aillent jusqu'au bout, il n'y a là rien de surprenant de la part d'un homme qui a démontré qu'il n'était pas à une magouille ni à un mensonge prés. S'il a encore fauté, alors il faut que cette fois-ci il soit puni et qu'on soit enfin débarrassé de lui. Il doit bien y avoir à droite suffisamment de gens honnêtes pour qu'un vrai débat d'idées, sur le fond, expurgé de toutes les tentations populistes, puisse enfin avoir lieu dans ce pays.

Pourtant, bien plus que l'affaire en elle-même, ce qui m'intéresse ici, c'est son traitement médiatique et la phrase qu'a prononcée pour en justifier la publication le directeur de publication du Point, Franz-Olivier Giesbert : "Il est temps que Copé s'habitue à une presse indépendante". Ainsi, à en croire Mr Giesbert, la presse serait indépendante parce qu'elle révèle les magouilles politicardes. Franz-Olivier Giesbert en défenseur de la liberté d'opinion, on se prend à rêver ! De fait, de Copé à Dassault en passant par Cahuzac, sans oublier les multiples affaires où trempent les Balkany ou encore Sarkozy, les affaires impliquant des politiques pleuvent par dizaines en ce moment, preuve que la presse fait dans ce domaine du moins, son travail. Mais, est-ce pour autant que l'on puisse affirmer qu'elle est indépendante ? Et de quelle indépendance parle-t-on ? Si c'est pour dire que les journalistes ne reçoivent pas leurs ordres du pouvoir politique, alors là oui, l'affaire Copé pourrait servir d'exemple.

Mais quand en est-il vraiment du pouvoir économique, le vrai pouvoir, celui qui influe réellement sur la vie des Français ? Pas la peine de remonter à 2005 et au référendum sur le traité européen qui avait vu la plupart des journalistes, des éditorialistes, des experts prendre unanimement position pour le oui, quand une majorité incontestable du pays faisait le choix contraire. Les exemples récents sont pléthores pour montrer que cette indépendance là n'existe pas. François Hollande opère un tournant libéral dans sa politique ? Ils applaudissent tous et les voix discordantes sont peu relayées. Le MEDEF fait des propositions économiques très orientèes politiquement ? Elles font l'objet de reportages dans tous les journaux télévisés quand dans les même temps les positions syndicales sont magnifiquement ignorées.

Du Point à Libération, de TF1 à France 2, de RTL à France Inter, la plupart de ceux qui ont la parole dans ce pays pensent peu ou prou la même chose sur les sujets essentiels, c'est à dire l'économie et le social. D'ailleurs, il y a fort à parier qu'ils ne seraient pas aux places qu'ils occupent s'ils pensaient différemment, en effet, quels intérêts auraient messieurs Bouygues, Dassault, Amaury, Lagardère et autres, les vrais patrons de la presse en France, à diffuser des idées contraires à leurs intérêts économiques ?

C'est à cette aune-là qu'il faut voir la multiplication des affaires politiques dans les médias et qu'il faut lire et entendre la phrase de Mr Giesbert. Ces scandales sortent (et il faut qu'ils sortent évidemment) d'autant plus facilement, et sont d'autant mieux relayés un peu partout qu'ils servent à masquer une véritable servilité d'opinion d'une grande partie des journalistes au pouvoir économique. Ces nouveaux chiens de garde tels que les appelle Serge Halimi (dans son livre du même titre paru en 1995 et qu'il faut absolument lire ou relire), démontrent ainsi qu'il est bien plus facile de s'en prendre aux politiques plutot qu'aux vrais puissants. Ceci en dit long sur le vrai pouvoir et sur la soumission des premiers aux seconds.