Le prix du silence

Publié le 24 mars 2014 par Alteroueb

Il fallait bien que cela arrive : le 1er tour des élections municipales laissent un sacré goût d’inachevé. Un tel résultat n’était plus arrivé depuis 2007. L’UMP pavoise, le FN exulte, le PS minimise, et le reste de la gauche critique. C’est de bonne guerre. Cette droite revancharde et sans retenue, toute à sa joie d’avoir enfin un peu de lumière après toutes ces sales affaires, devrait cependant se garder de trop de triomphalisme : on n’est qu’à la mi-temps du match. Le bon sens paysan ne le sait que trop : c’est à la fin du marché qu’on compte les bouses. Pas avant. Mais là, ça ne sent pas bon…

Ce qui arrive n’est pas une surprise. L’UMP a martelé que voter pour un candidat socialiste, c’était voter pour Hollande. Le FN a brandi son unique slogan habituel et éculé sur l’UMPS et le «tous pourris». Et l’électeur moyen, fatigué par la bagarre continuelle des égos des personnalités politiques sur un lit d’affaires nauséabondes où se brassent des sommes absolument folles et hors de toutes proportions dignes, a préféré rester chez lui en soupirant «à quoi bon ? »

D’un autre côté, toute consultation électorale de mi-mandat présidentiel porte traditionnellement un message de sanction. En 2008, ce fut une vague rose d’une bien autre ampleur dont la conséquence alors invisible fut le retournement ultérieur du Sénat pourtant conçu pour ne jamais bouger… Depuis l’élection de Hollande, la population n’a pas perçu le changement annoncé parce les situations individuelles, globalement, n’ont pas évolué. Et pourtant, bien du chemin a été fait, déjà pour défaire nombre de lois iniques du quinquennat précédent, sans que cela marque nécessairement le quotidien.

Il ne faut surtout pas oublier que dans un espace libéral mondialisé qui est celui de notre planète, le gouvernement de la France n’a que peu de prise sur les questions économiques et surtout sociales sans tomber sous les foudres du FMI, de l’OMC et des agences de notation. Toute mesure qualifiée d’un peu «sociale» serait immédiatement sanctionnée par des organisations supra-nationales et se solderait par des amendes colossales, voire par un abaissement de note dont l’effet immédiat, via les taux d’intérêts serait d’augmenter d’un coup la dette du pays, donc le déficit de quelques milliards…

Sanctionner les listes socialistes sortantes avec le prétexte qu’il faut sanctionner Hollande est stupide parce qu’au delà de l’étiquette, le maire est la personnalité politique la plus proche des habitants et de leurs préoccupations, il apporte souvent des réponses concrètes qui dépassent les simples étiquettes des partis. Ce 23 mars, les maires socialistes n’ont été battus que par les abstentionnistes et par la montée de l’intolérance brunâtre.

Dans les communes où le FN va faire la loi, c’est sûr, il y aura du changement. Mais pas celui qu’on imagine. Les méthodes Buisson, on ne les connaît que trop : écoutes, surveillance, intimidations, comme naguère déjà à Orange et Carpentras. Qu’ils ne s’étonnent pas de l’arrêt des subventions au club de foot, parce qu’il y joue un peu trop de gamins basanés, à la MJC parce que c’est un repaire de gauchistes. Qu’ils ne soient pas surpris qu’on retire certains ouvrages des bibliothèques, qu’on ferme le local de planning familial sous de fallacieux motifs… L’argent public va désormais enrichir un peu plus la famille Le Pen et donner des moyens de diffusion hors norme à une idéologie mortifère. Que les habitants se rappellent bien du jour où le loup est entré dans la bergerie. Parce que pour l’en chasser, les moyens démocratiques risquent de ne pas suffirent.

Il y aura un second tour. Voter est un droit arraché par nos aïeux au prix des larmes et du sang. Il est surtout un devoir absolu. Le silence des abstentionnistes coûte très cher à la gauche et au pays tout entier : en renonçant, la gauche a contribué indirectement à la percée des fachos. Il n’est désormais que question de limiter les dégâts au prix d’un retour massif à l’isoloir. Perdu pour perdu, autant faire barrage à la vermine partout ou le risque existe, même s’il faut contribuer à élire une liste UMP, même si l’UMP n’en fera pas autant…

Dimanche, de grâce, votez, ou taisez-vous à jamais.