Believe (2014) : partir du mauvais pied

Publié le 02 avril 2014 par Jfcd @enseriestv

Believe est une nouvelle série diffusée depuis le début mars sur les ondes de NBC aux États-Unis et CTV au Canada. Dès le départ, on fait la connaissance de Bo Adams (Johnny Sequoyah), une fillette de dix ans dotée de plusieurs dons comme la télépathie et la capacité de contrôler les forces de la nature. À la suite d’un accident de voiture où ses parents adoptifs ont perdu la vie, elle est prise en charge par un ex-bagnard, William Tate (Jake McLaughlin), devant la protéger d’une agence secrète qui tient à tout prix à la retrouver afin d’utiliser ses pouvoirs pour contrôler le monde. S’ensuit une fuite perpétuelle de William et Bo alors que cette dernière vient en aide aux gens ayant vécu des drames. Création de J.J. Abrahams et du producteur exécutif Alfonso Cuaron (récipiendaire de l’Oscar du meilleur réalisateur pour le film Gravity), le plus gros défaut de Believe est son pilote maladroit, tiré par les cheveux et comptant des personnages caricaturaux. Cette mauvaise première impression, cruciale pour les cotes d’écoute à venir, est dommage, parce qu’au fil des épisodes suivants, la série reprend du poil de la bête; on éclaircit les zones grises et on s’attache de plus en plus aux protagonistes. À suivre…

Traque et miracles
On découvre assez vite dans Beleive que l’accident de voiture dont est victime Bo n’était pas le fruit du hasard. Orchestré par Skouras (Kyle MacLachlan), ce milliardaire est à la tête d’un institut de recherche qui regroupe des gens ayant les mêmes pouvoirs que Bo et qui vise à maximiser leurs dons, mais jusqu’ici, aucun n’a le potentiel de la fillette. Voulant s’emparer d’elle, il sollicite les services de son employée, Moore (Sienna Guillory), qui n’hésite pas à tuer quiconque se trouve sur son passage. Winter (Delroy Lindo) est un ancien adjoint de Skouras, mais il a quitté le bateau après que certaines expériences sur les patients de l’institut aient tourné au vinaigre. Il parvient à s’introduire dans une prison et à se faire passer pour un prêtre, ce qui lui donne accès à la cellule de William, lequel vient d’être condamné à la peine de mort pour divers crimes. Ensemble, ils parviennent à s’échapper et c’est au fugitif que revient la responsabilité de protéger Bo. Bien que l’homme et la fille ne s’entendent pas du tout, une certaine complicité s’installe entre eux en raison de leur isolement forcé : le FBI est à leur trousse (Skouras les a mis dans le coup) et une alerte Amber a été émise. Au fil des épisodes, ils trouvent refuge chez diverses personnes en proie à des problèmes personnels que Bo parvient d’abord à deviner, puis à régler : elle donne de l’argent à une mère dont le fils souffre de leucémie, elle en réunit une autre avec son fils qu’elle croyait assassiné par des extrémistes au Moyen-Orient et verbalise les pensées d’un père dans le coma à son fils, réconciliant les deux hommes qu’une foule de malentendus avait séparé.

Un pilote raté

Il y avait de quoi être perplexe sachant que la série était la nouvelle création de J.J. Abrahams qui est à l’origine de Revolution (2012- ) et Almost humans (2013- ) qui s’avèrent pour le moins décevantes. D’ailleurs, on retrouve dans Believe le côté road trip de la première et des éléments de science-fiction, somme toute, modérés de la seconde. En effectuant un genre de fusion entre plusieurs thèmes chers au créateur, le pilote s’avère brouillon et on ne sait sur quel pied danser, constat que partage Willa Paskin dans sa critique : « It is very difficult to tell from a pilot what kind of TV show will follow, and Believe is more confounding in this regard than most. Is this a conspiracy show? A case-of-the-week show? A dramedy with fist fights? ». En effet, tout est exagéré dans ce premier épisode et plus particulièrement les scènes d’action. Moore qui est à la recherche de Bo abat de son fusil n’importe quel innocent qui se trouve sur sa route, et ce, en plein jour et sans que personne n’intervienne. Les autres scènes où ses talents de karaté lui permettent de mettre knock-out ses adversaires sont très bien exécutés visuellement, mais n’apportent rien à l’histoire et surtout semblent démesurées. De plus, la manière dont William s’échappe de prison et plus tard lorsqu’il s’infiltre à l’hôpital pour s’emparer de Bo est complètement farfelue et témoigne d’une réelle paresse scénaristique.
L’autre aspect qui irrite est l’attitude faussement condescendante de William envers Bo. Après le pilote, on sait qu’ils formeront le « couple » pilier de la série. L’amitié adulte enfant n’en est pas à ses premiers balbutiements à l’écran. Parmi les exemples les plus réussis, notons entre autres du côté comédie About a boy, nouvelle série de NBC et du côté drame, elle atteint son apogée dans le film Central Station (1998). Dans Believe, cette relation amour/ haine est exagérée. À titre d’exemple, Bo et William doivent dormir dans une toilette publique pour éviter d’être retrouvés par le FBI. Bo se réveille et dit à William « I was dreaming you were my father » et lui de répondre : « Gees, that’s not a dream, that’s a freaking nightmare! ». Dans les faits, Bo est adorable et son acolyte a beau ne pas porter les enfants dans son cœur, ses réactions excessives. Pas besoin d’être devin pour savoir qu’à force de passer du temps ensemble, William s’attachera à celle-ci.

Par contre…

Peu importe les premières impressions, reste qu’au fil des épisodes, on s’attache à ces deux personnages principaux. William est parfois tenté de se servir des pouvoirs de Bo à des fins égoïstes, mais celle-ci, bien qu’elle s’exécute, parvient toujours à le ramener dans le droit chemin. On imagine aisément qu’au cours de la saison, ils devront faire face à plusieurs épreuves déchirantes et c’est sur cette relation que doit miser Believe. Quant au volet science-fiction, il n’empiète pas suffisamment sur le déroulement de l’histoire, ce qui est une bonne chose. La traque de toute une organisation sur deux personnes vulnérables génère quelques bons moments de tension d’autant plus que pour une fois, le FBI est du côté des vilains. Il suffit seulement de trouver le bon équilibre.
Avant même sa mise en ondes, Believe a connu son lot de problèmes. Deux producteurs exécutifs ont démissionné en l’espace de quelques mois à l’été 2013. La production a aussi endossé un dur coup lorsqu’en décembre, un de ses scripteurs vedette, Ned Vizzini, s’est suicidé. Ayant rassemblé 10,56 millions de téléspectateurs lors de sa première, trois semaines plus tard, ce chiffre a fondu de moitié pour se retrouver à 5,13. Est-ce la fin de l’hémorragie ou le pilote maladroit est-il le seul à blâmer? Pour les téléspectateurs qui ont plus de patience, la série vaut assurément le coup d’œil.