Meilleur Ouvrier de France : Baby blues (épisode 5)

Publié le 02 avril 2014 par Gifam

        

Vers la fin du concours, vous aurez fait des progrès considérables.  Vous aurez gagné l’équivalent de 10 ans d’expérience professionnelle en une seule année. Par conséquent, tout ce que vous aurez fait en “début d’année” ne vous conviendra plus tout à fait en fin d’année. Vous serez tenté de le refaire pour l’améliorer encore. Mais c’est un problème sans fin, il faut se raisonner et savoir s’arrêter.

Attention convoi exceptionnel ! Cette année-là, la remise des œuvres s’est faite à Lille, soit exactement 884 km à parcourir avec mon “bébé” dans les bras ! Impossible pour moi de le confier à un quelconque transporteur, aussi précautionneux fut-il ! qu’il soit. Me voilà partie pour un périple ou chaque kilomètre compte. La peur de casser mes modèles aussi près de la ligne d’arrivée était insoutenable.

J’ai une petite pensée également pour les métiers qui réalisent leur œuvre le jour J. Les mois de préparation ne sont que la répétition des gestes que vous aurez à faire devant le jury et j’imagine facilement votre stress en pensant aux aléas inhérents aux métiers artisanaux.

Dans tous les cas, mon travail est arrivé à bon port, indemne ! Cette fois, les dès sont jetés joués. Mon destin est entre les mains des correcteurs.

J’ai attendu ce moment de libération pendant un an. Durant cette année, j’ai pensé à tout ce que j’allais faire lorsque j’aurai fini le concours et que j’aurai du temps pour moi. Et loin d’être soulagée comme je l’avais imaginé, le sentiment qui m’a habité durant les semaines qui ont suivi le rendu des œuvres  était assez désagréable. Le concours avait pris tellement de place dans ma vie, l’année avait été si intense, si dense, que cela m’a laissé un énorme vide intérieur. Je ne savais plus quoi faire, je tournais en rond, je me sentais inutile. Le temps libre dont j’avais tellement rêvé, devenait un fardeau difficile à porter.

Mais, jour après jour, la vie reprend son cours et je n’attend plus qu’une chose, le verdict.