Des mille et une façons de quitter la Moldavie - Vladimir LORTCHENKOV

Par Liliba

Une lecture commune avec mon très cher Yv !

 

L’Italie, ah l’Italie ! Une superbe destination de vacances pour vous et moi, mais pas pour les habitants de Larga, petit village perdu de Moldavie (si, si, ce pays existe, vous pouvez vérifier sur Wikipédia et vous cultiver un peu, même si les lecteurs de Tintin ne peuvent s’empêcher de penser au pays imaginaire qui nous a tous fait rêver… la Syldavie !). Bref, l’Italie, pour Séraphim Botezatu et ses compatriotes, c’est le Saint Graal, l’Eldorado, le Paradis… Ils en rêvent tous, et de fait, ne veulent pas se contenter de rêves, mais font tous pour un jour pouvoir enfin fouler le sol de ce pays de cocagne, y vivre comme des nababs, ne plus subir leur triste sort et sortir enfin de leur pauvreté et de leur vie étriquée. Il faut dire que Séraphim parle italien, le veinard, et il est donc considéré un peu comme le meneur du village, le seul en tout cas qui pourra se débrouiller sur la terre promise quand enfin il l’auront atteinte. 

Mais les visas sont tous refusés et il n’existe aucun moyen légal de franchir la frontière vers ce pays paré de toutes les qualités. Et c’est là que l’imagination des habitants de Larga va prendre le pas, et quelle imagination ! Un groupe d’homme va commencer par le circuit classique, c’est à dire payer une fortune à des passeurs qui se feront fort de les faire émigrer sans danger. C’est sans compter leur filouterie et la grosse arnaque dont ils vont faire les frais. Puis ils tenteront, puisque l’Italie accueille des compétitions sportives, de monter une équipe. Après s’être demandé de quoi ils pourraient bien devenir les champions, ils s’attachent à apprendre les règles du curling. Sauf qu’ils s’entrainent dans un champ, avec une pierre… 

Ce roman est jubilatoire, totalement loufoque et déjanté, mais ultra original et on se régale à chaque chapitre ou presque des nouvelles idées saugrenues qui peuvent surgir pour enfin – enfin ! – atteindre l’Italie. Mais il cache aussi de nombreuses vérités et ses noirceurs se découvrent au fil de la lecture. On rit, certes, mais le lecteur ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec d’autres pays de ce coin du monde, et de réfléchir à la situation des hommes, mais aussi aux décisions politiques qui entrainent une paupérisation croissante, une démoralisation générale des hommes. Avec humour, le roman retrace aussi de nombreuses stupidités de la politique soviétique (le trolleybus de Larga installé parce qu’il fallait dépenser le quota de subventions de l’année) ainsi que les contradictions de ses dirigeants : les visas vers l’Italie sont tous refusés, mais même le président du pays rêve de s’y rendre pour devenir livreur de pizzas… 

La réalité politique côtoie donc l’absurde, pour notre plus grand plaisir, avec toujours cette volonté farouche de partir, fuir ce pays à la dérive dont ils n’attendent plus rien, bien que certains soient cependant conscients que finalement, l’Italie, leur Italie, ils pourraient la retrouver chez eux, où finalement ils ne sont pas si mal que ça. Tracteur volant, sous-marin, l’imagination est sans bornes, mêlant une ingéniosité incroyable à une naïveté digne d’un enfant de 3 ans. Les idées folles se succèdent sans que jamais l’on ne s’ennuie à la lecture, même s’il semble que les héros de cette histoire rocambolesque deviennent de plus en plus fous, obsédés. De fait, j’ai trouvé que le roman s’essoufflait un peu vers la fin, ou bien trop d’originalité et d’anecdotes m’ont-ils rendue moins réceptive ? Toujours est-il que si vous voulez voyager en lisant, si vous voulez tromper votre ennui et découvrir un style fluide et bourré d’humour, il vous faut sans tarder lire ce roman, qui recèle de plus une bonne dose de poésie !

Il est publié chez Mirobole, qui en plus a le chic pour créer des couvertures superbes : je verrais bien toute une collection dans ma bibliothèque !

  

Vladimir Lortchenkov, Des milles et une façons de quitter la Moldavie (Vse tam buden, 2008)

Mirobole Éditions, 2014. Traduit par Raphaëlle Pache. En librairie le 17 avril 2014.

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