Styx de Andréas et Foerster

Par 7bd @7BD

Titre : Styx Auteurs : Foerster et Andréas Editeur : Lombard Année : 1995


Résumé : Un jeune militaire en permission compte bien profiter de son temps libre, quand il apprend une bonne nouvelle : il est transféré à terre et ne partira pas au front ! En échange de cela, il doit rendre un petit service au maire de la ville. Un service qui va l'entraîner, on s'en doute un peu, bien plus loin que ce qu'il pensait. Au fait, notre jeune homme est un privé répondant au nom de Hardy, Laurel Hardy ! L'action prend place à une époque pas clairement définie. Nous sommes aux états-unis, une guerre est en cours, mais les téléphones ne ressemblent pas à de vieux modèles d'entre-guerre par exemple, pas plus que les voitures. Il y a quelques ordinateurs également. Difficile à situer. J'aurais tendance à penser qu'il s'agit d'une période indéterminée, fictive, un peu comme une uchronie, une période proche mais différente de notre chère « ligne temporelle ». Une idée intéressante, qui permet quelques écarts avec l'Histoire pour servir le récit et ménager des tensions. Styx est clairement un polar, renvoyant aux films noirs. Un privé mène une enquête qui lui fait découvrir un problème plus vaste et plus horrible que prévu. Rajoutez une touche de fantastique et le tour est joué.

Le récit joue sur les ficelles du genre, tout en en détournant certaines. Le début de l'intrigue est extrêmement classique, Laurel Hardy se retrouve affecté à la morgue au lieu de partir au front. En échange, il doit rendre un service au maire. En parallèle, le lecteur apprend qu'une nouvelle drogue fait des ravages. Le vieux routard du polar que je suis a vite compris (et, cher lecteur, si tu ne souhaites pas comprendre maintenant un des nœuds de cette histoire, évite la suite de cette phrase qui dévoile une partie de l'intrigue) que le trafic de drogues et le service au maire vont se retrouver liés. Le privé reçoit la visite d'une cliente qui veut l'engager pour retrouver l'assassin de son père. On voit poindre l'histoire d'amour et cette enquête secondaire qui, bien que semblant totalement différente, va probablement se retrouver liée à l'histoire principale. Et toc ! Dans le mille. Mais Foerster nous surprend en faisant évoluer les relations entre Laurel et Sarah – sa jeune cliente – dans une direction inattendue. Et non, je ne dirais rien ! L'immense parc d'attractions financé par le maire est aussi une originalité fort bienvenue. Il n'y a qu'à voir son nom : EnferLand, et sa thématique : vous faire visiter l'enfer de Dante ! Frissons garantis pour les visiteurs. Alternant entre bonnes idées et moments trop attendus, l'intrigue reste parfois un peu confuse et certains éléments (que je passerai sous silence afin de ne pas pousser trop loin les révélations) peu crédibles. C'est dommage, car cette ambiance oscillant entre film noir et film fantastique est vraiment prenante, d'autant que l'encrage d'Andréas rajoute une couche particulière. Point de vue graphique, le choix du noir et blanc correspond vraiment à la double ambiance de l'histoire. Les personnages sont réalistes, bien que certains ont un côté caricatural, et tout ce petit monde se promène dans de magnifiques décors. L'encrage à « la hachure » d'Andréas est un choix judicieux et on retrouve avec plaisir l'ambiance sombre de certaines de ses œuvres. On ne peut que passer son temps à admirer ce travail minutieux tout au long de la BD, mais restez concentrés sur l'intrigue ! N'oublions pas, bien sûr, le trait de Foerster, solide, net et vivant. La richesse du dessin m'a presque fait regretter le cadrage par trop classique de cette BD. Simples enchaînements de case. Les angles de vue ne sont pas non plus marquants, en tout cas, à mon goût. Je trouve également que les scènes tirant sur le fantastique et l'angoisse ne sont pas vraiment mises en valeur par le choix de la mise en scène. Et c'est vraiment dommage. Au final, je trouve que la richesse de cette BD repose bien plus sur son travail de dessin que sur son intrigue ou son découpage. Un one-shot classique, à découvrir sans s'attendre à être vraiment surpris, mais un beau travail visuel résultant de la collaboration entre Foerster et Andréas. Zéda vient soutenir Laurel Hardy, le héros de Styx ! David