Mieux comprendre la psychologie des anciens grâce à l’histoire de la pédagogie

Publié le 06 juin 2014 par Theworkingmum @theworkingmum1

Pourquoi l’éducation est façonnée de la sorte aujourd’hui? J’ai eu la chance de suivre les propos du (très bon) psychopédiatre Jonathan Lévy qui m’ont envoyé à travers le monde de nos jours et jusqu’au XVIIè siècle et qui m’ont aidé à cerner un peu mieux comment on peut être si différent en ce qui concerne l’éducation à travers les époques mais au sein d’une même époque également. Commençons par remonter le temps…

L’enfant au XVIIè siècle n’est pas une personne. Pas encore. Il deviendra une personne quand il deviendra adulte. On part alors du principe qu’il est en manque. En manque de maturité affective, c’est pour ça qu’il pleure et qu’il crie souvent, de connaissance, de moral, c’est pour cela qu’il fallait chasser le mal par la force physique. Il n’ira aux champs travailler que vers 10 ans, un âge d’adulte… Faire "enfin" un vrai travail. Oui, à l’époque c’est l’agriculture qui domine.

Parce que l’enfant n’est pas encore fini, c’est à lui de s’adapter. Bon nombre de peintures de l’époque représentent les enfants avec des visages et des postures d’adultes. C’est ce qu’il sera plus tard qui compte. Il est également intéressant de rappeler le taux de mortalité infantile: 25% ne dépassent pas 5 ans. Était-ce un moyen inconsciemment pour ne pas s’attacher?

C’est au siècle des lumières que cela va changer doucement. Notamment grâce à Jean-Jacques Rousseau. Il a annoncé qu’il fallait rester à côté (et non au dessus) et respecter l’enfant. Cela peut paraitre une évidence mais ces simples propos sont une révolution pour l’époque. Il estime qu’il ne peut y avoir de démocratie sans éducation. Rousseau était par contre un mauvais pédagogue (et ayant abandonné ses propres enfants…), c’est Pestalozzi, un suisse qui va vouloir mettre en application et rendre concret ces propos. Par la direction de plusieurs orphelinats, il va pouvoir rassembler de nombreux enfants et d’abord beaucoup écouter pour tirer au final des méthodes. C’est le premier pédagogue à développer les jeux de rôle et différencier les activités (pas la même activité au même moment).

C’est Voltaire qui a finalement gagné contre Rousseau avec ce propos: "une démocratie est constituée de bons citoyens. C’est à l’État de définir comment. Aux enfants de s’adapter!" On a alors fait la même chose aux mêmes moments, c’est ce qu’on appelle l’école normale vs la pédagogie alternative. L’éducation à nationale est née.

Au XIXè siècle, on commence à comprendre l’enfant et la pédiatrie nait. Les sciences humaines et sociales apportent techniques, expérimentations…. La médecine améliore l’expérience de vie, on augmente ainsi les populations avec la qualité de vie. Un nouveau problème nait: on a une masse d’enfants avec en plus une révolution industrielle. Les habitants des champs avec à la base une éducation de père en fils ou de mère en fille qu’ils quittent pour venir en ville et devenir ouvrier. C’est l’école publique. Il y a tellement d’enfants qu’on doit organiser et on va utiliser le modèle militaire avec beaucoup de discipline. On va construire l’école de manière industrielle: date de fabrication avec les classes (avant tous les enfants de tout âge étaient mélangés), on ressort en produit fini (avec un diplôme). Tout est rationalisé. L’ambiance modèle est l’autorité.

Parce que Les filles dérangent la concentration des garçons, on scindent les écoles. C’est une époque macho: les hommes ont des choses sérieuses à faire. Les femmes ont d’autres préoccupations.

Il n’y a pas de mobilité sociale à cette époque: né dans une famille de mineur, tu vas être mineur. C’est la notion éducative qui domine: reproduire ce qu’on nous a donné. On ne questionne pas ni les savoirs, ni le maître (sauf à sa demande).

Fin du XIXe siècle, on a envie de démocratie, on commence à s’outrager des conditions de vie des enfants et des femmes. Il y a un fort courant d’émancipation des femmes, les syndicaux arrivent et poussent pour réformer. Les sciences humaines amènent également quelques indications. Les pédagogues reconnus mettent en avant leurs aspirations de société et il y a écho à des pédagogues comme l’italienne Maria Montessori.

La guerre va amplifier considérablement ces pensées philosophiques: "je veux que mes enfants aient mieux que moi et qu’ils ne reproduisent pas les mêmes erreurs". C’est l’époque où les grands courants pédagogiques éclatent à travers le monde avec leurs figures clés.

Montessori en Italie, John Dewey aux USA, Rudolf Steiner en Allemagne, Janusz Korcsak pour la Pologne, Paulo Freire au Brésil…

En 1920, ces pédagogue se rencontrent et on commence à échanger et voir émerger les grands courants: cognitivisme, béhaviorisme et constructivisme. Mais là, ce serait l’objet d’un autre article!

L’histoire avec un grand H s’arrête là. Tous ces éléments m’ont permis de prendre conscience que nos parents et grands-parents (et encore avant) n’avaient pas de mauvais fond: il y a un conditionnement sur plusieurs générations, des grandes souffrances et peurs qui ont façonné l’éducation et même plus: les relations avec les enfants, leur façon de leur dire qu’on les aime et de le faire ressentir. Tout ce courant où l’enfant est à préserver à tout prix, où il faut s’adapter à tout prix, où on ne veut pas qu’il soit roi (mais un peu quand même) est relativement récent et je comprends qu’on ait besoin de le crier, de se justifier pour montrer notre identité, aussi bien en tant que parent, d’individu mais aussi de nouveaux courants de pensées où on accepte la différence, où on refuse la fatalité, où on se rebelle contre l’action sans compréhension ni implication… Notre éducation est représentative de notre époque, nous aussi.

Serait-ce alors enfin possible de rendre ce monde meilleur parce que nos enfants auraient reçu plus de considération? Ou faudrait-il réformer l’école pour enfin casser le mode de pensée unique?

NB: merci de prendre en compte qu’il s’agit de notes retranscrites et que toutes les nuances ne peuvent pas être reportées!

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