La cartouche du tailleur

Publié le 08 juin 2014 par Llc

Aujourd’hui, petit exercice pratique qui va nous permettre de nous approcher un peu plus de l’univers de la grande mesure et d’appréhender dans leur totalité ou quasi totalité les différents éléments, les différentes fournitures indispensables à la réalisation d’un costume. Collectées sous le nom de cartouche (ou bûche), ces fournitures sont ensuite transmises à l’apiéceur (qui assemble et façonne le veston), au culottier (qui assemble et façonne le pantalon), éventuellement au giletier (si gilet il y a), ou au tailleur si celui-ci travaille seul. Chez Lafayette Saltiel Drapiers, dernière grande mercerie parisienne, qui a très gentiment accepté de nous ouvrir ses portes, c’est James qui joue le rôle du « saladeur« , autrement dit c’est lui qui prépare les cartouches.

Alors, voilà, le jeu est très simple : je pose l’une après l’autre les fournitures sur la table, à vous de deviner/reconnaître à quoi correspond quoi : la mignonnette d’un côté, la toile de crin de l’autre, le bougran, la doublure, et ainsi de suite. Il va sans dire que je ne prétends rien affirmer quant à l’ordre d’utilisation ou à l’utilisation elle-même des éléments présentés. Telle quelle, cette approche demande à être approfondie, complétée sous l’égide d’un maître-tailleur désireux de partager son enseignement. À suivre, donc.

La cartouche du tailleur : les fournitures indispensables pour réaliser un costume

La toile tailleur

La toile tailleur, dite aussi « toile de corps« , en pure laine vierge, sert à réaliser l’entoilé et à soutenir les plastrons flottants et les revers (brochés au point de chevron) qui lui seront ajoutés en prévision du second essayage.

La toile de crin de cheval

La toile de crin de cheval est une toile à plastron servant à rigidifier la toile.

La doublure

Comme son nom l’indique, la doublure, en viscose ou en cupro, sert à… doubler le corps de la veste.

Le bougran

Le bougran est une toile servant à pour rigidifier les poignets de veste ainsi que les gilets.

La toile de col

La toile de col est une toile de lin servant à réaliser le col (les toiles représentées ci-dessous sont des toiles de col de qualités différentes).

La mignonnette

La mignonnette est un cupro (ou bemberg), généralement à rayures, destiné à doubler les manches.

Une paire d’épaulettes en ouate

Inutile que je m’attarde sur ce point. Tout le monde sait ici ce que je pense des épaulettes en ouate ? Fi donc des épaulettes en ouate !

La cigarette

Pour réaliser de belles cigarettes (même si l’épaule spalla camicia, c’est bien aussi).

Le passement à broder

Le passement est destiné à broder l’intérieur de la veste.

La poltaise

La poltaise, également appelée « sac de poche », est une toile de coton servant à réaliser les fonds de poches de pantalon.

La percaline

La percaline est une toile de coton servant à réaliser les poches de veste.

La feutrine à plastron

La feutrine à plastron est une ouatine de coton intercalée entre le plastron et la doublure intérieure.

Le feutre de laine

Le feutre de laine est utilisé pour le dessous de col, afin d’éviter que ce dernier ne glisse.

Fil et cordonnet de soie

Une fermeture Eclair

Des boutons en nombre suffisant

La talonnette

La talonnette est un ruban sergé en coton, cousu au niveau de l’ourlet à l’intérieur de la jambe de pantalon pour éviter que le frottement de la chaussure ne provoque une usure prématurée.

Le tissu

Reste le principal oublié : le tissu. Il en faut environ 3,50 mètres pour réaliser un costume. Je ne résiste pas ici au plaisir de vous montrer un échantillon de ceux, anciens pour la plupart, que Lafayette Saltiel Drapiers conserve dans ses locaux sis 11, rue d’Uzès 75002 Paris, et qu’il propose aux particuliers comme aux professionnels. Au menu, de grandes maisons italiennes, Vitale Barberis Canonico, Ermenegildo Zegna, Loro Piana, mais aussi anglaises, Huddersfield Fine Worsteds (John G. Hardy), Drapers… Pas loin de 30.000 mètres en tout ! L’avantage d’exister depuis 1925.

Un grand merci à Virgil Viret, directeur de Lafayette Saltiel Drapiers, pour nous avoir permis de réaliser ce reportage.