On en pince pour La maison qui grince

Par Casedepart @_NicolasAlbert

  

Premier roman graphique de la jeune britannique Karrie Fransman, « La maison qui grince » ( tire original « the house that groaned ») est une véritable réussite, tant sur le plan graphique que narratif…

 A l’image d’un roman-monde tel que « La vie mode d’emploi » ( 1978) du regretté Georges Perec, qui met en scène la vie d’un immeuble et de ses locataires sur plusieurs décennies, voici avec cet ouvrage traduit de l’anglais par Magali Trinquier son petit frère en BD.

Soit le 141 Rottin Road ( Rotting signifie en anglais « en train de pourrir ») C’est là qu’une jeune femme, Barbara, en passe d’intégrer une école d’esthétisme, doit emménager. Dans cette maison victorienne qui date de 1865, « divisée en six appartements récemment repeints » dixit l’agence, la nouvelle locataire va peu à peu découvrir de drôles de va-et- vient, percevoir d’étranges tumultes, des bruits incongrus, bref toute une vie cachée que vivent ses voisins.

 Désarrois et solitudes

La nuit venue, à travers les tuyauteries déglonguées ou derrière les murs, Barbara entend des gargouillis, perçoit des gémissements, saisit des halètements de copulation, des chants orgiaques.

C’est comme si la vieille maison devenait à son tour un personnage avec sa vie propre et des locataires tous plus « spéciaux » les uns que les autres ». Il y a par exemple ce Matt, spécialisé dans la retouche photo et qui se refuse à toucher une femme, cette Janet, diététicienne obnubilée par son régime, « visitée » chaque nuit par la voix de diva de la plantureuse Marion, voluptueuse et excessive chef de file de d’une bande étrange, le front des fêtards de minuit…

Ajoutez à cette bande d’étranges locataires Brian, obsédé par les femmes malades, rachitiques ou obèses, une certaine madame Durbach qui se fond tellement dans le décor de son appartement qu’on peine à la distinguer et vous obtenez un petit monde bien étrange, dont on arriverait presque à douter de l’existence.

Ils et elles s’imposent pourtant bien à nous, au fil de ces 200 pages en bichromie au fond bleu habilement ordonnées par Karrie Fransman. On y aborde bien des thèmes qui traversent nos sociétés actuelles: la solitude, l’isolement, l’image du corps, la sexualité… Les personnages, chargés de leurs propres émotions et du poids de leur passé, avant avec leurs blessures. L’immeuble lui aussi se délite peu à peu et finira par disparaître.

A la fois histoire fantasmatique et conte moral, cette Maison qui grince est le quatrième titre publié par la jeune maison rennaise Presque lune.

  • La maison qui grince
  • Auteur: Karrie Fransman
  • Editions Presque lune ( collection Lune Froide)
  • Parution française: avril 2014
  • Prix: 20 euros