Transcendance

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : Transcendence

Note:
Origine : États-Unis
Réalisateur : Wally Pfister
Distribution : Johnny Depp, Rebecca Hall, Paul Bettany, Morgan Freeman, Cillian Murphy, Kate Mara, Cole Hauser, Clifton Collins Jr., Josh Stewart…
Genre : Science-Fiction/Fantastique/Thriller
Date de sortie : 25 juin 2014

Le Pitch :
Will et sa femme Evelyn ont un rêve : concevoir une intelligence artificielle connectée, capable de réfléchir et d’évoluer de manière autonome. Un rêve qui néanmoins, ne compte pas que des adeptes. C’est ainsi que Will est pris pour cible à la suite d’une conférence. Le voyant s’éteindre à petits feux, sa femme refuse de capituler et décide de transférer l’esprit de son mari dans la machine que ce dernier a conçue. Lorsqu’il s’éveille sous sa nouvelle forme, Will devient rapidement surpuissant. Connecté à tous les réseaux et omnipotent, il met en place un plan à l’échelle mondiale. De quoi laisser ses anciens collaborateurs perplexes, quant à sa propension à discerner le bien du mal…

La Critique :
Premier film du directeur de la photographie Wally Pfister, principalement connu pour ses glorieuses collaborations avec Christopher Nolan (sur Memento, la trilogie The Dark Knight ou encore Insomnia), Transcendance n’est ni un remake, ni une adaptation, ni une suite. Oui, il s’agit bel et bien d’une œuvre originale. Un détail qui a son importance vu la tendance actuelle, mais qui, dans le cas présent -et c’est plutôt ironique- ne rime pas forcément avec originalité. Car au fond, Transcendance ne propose rien de nouveau. Rien de transcendant en tout cas…

À vrai dire, il est évident que le scénariste Jack Paglen ne s’est pas vraiment foulé pour masquer ses influences. Quand il convient parfois de parler d’hommages, ici, non.
Prenons l’intrigue de base de Transcendance : un type transfère son esprit génial dans un ordinateur et devient une sorte de créature omnipotente, capable du meilleur, mais aussi du pire.
En 1992, Le Cobaye, de Brett Leonard, causait d’un simple d’esprit intégrant une réalité virtuelle dans laquelle il devenait certes plus malin, mais aussi dangereusement cinglé.
En gros, les deux longs-métrages s’appuient sur les mêmes thématiques. La seule différence étant le contexte, puisque Transcendance joue sur la paranoïa liée à internet et donc par exemple aux réseaux sociaux, et autres éléments capables de nous géolocaliser, analyser, etc… Le personnage incarné par Johnny Depp n’est pas dans une réalité virtuelle. Il vit dans le réseau et contrôle tout à partir du web. Au final, il pète aussi un plomb et commence à faire des trucs louches.
On peut ainsi voir Johnny Depp soigner des gens. Un aveugle recouvre la vue, un handicapé moteur marche à nouveau et tous ressortent de la salle d’opération dotés de nouvelles aptitudes, contrôlés à distance qu’ils sont par le super cerveau de Depp. Tant qu’elles sont « couvertes » par le réseau, ces personnes sont également plus ou moins immortelles. Ce qui nous rappelle fortement Terminator. Terminator 2 tout particulièrement. Et d’ailleurs, pas besoin d’aller chercher si loin pour connecter le diptyque de James Cameron au film de Wally Pfister. Après tout, Terminator n’abordait-il pas la même question ? N’imaginait-il pas l’éveil d’une conscience autonome chez les machines ? Un éveil fatal pour l’espèce humaine ? Bingo ! Transcendance connait ses classiques sur le bout des doigts ! Sans parler de Her, le chef-d’œuvre de Spike Jonze, auquel on pense en voyant Rebecca Hall entretenir une relation amoureuse avec son mari, réduit à une simple présence vocale la majorité du temps.
Malheureusement, c’est quand il faut digérer toutes ces influences que la machine accuse de méchants ratés.
Jamais Transcendance ne parvient vraiment à acquérir une véritable identité et jamais il ne parvient à ancrer son récit dans une réalité tangible. Petit à petit, au fil des minutes, il laisse tomber la logique, pour au final ne même plus prendre la peine de donner du sens aux actions des personnages. C’est comme ça et pas autrement…
La magie du cinéma consiste à raconter des histoires. Aussi invraisemblables soient-elles, ces histoires prennent -quand le film est réussi- de l’épaisseur et quoi qu’il se passe à l’écran, on y croit. Voilà ce que Transcendance n’arrive pas à accomplir. Lui il se contente d’enfiler les péripéties de plus en plus énormes, sans prendre la peine de regarder en arrière pour voir si le spectateur n’a pas décroché. Et ce jusqu’à la conclusion tirée par les cheveux, qui laisse une vilaine amertume en bouche…

Filmé à l’ancienne, sur pellicule, par un honnête artisan pétri de bonnes intentions, Transcendance trahit néanmoins le manque de maîtrise de son réalisateur. Plate, sa réalisation est sincère et la plupart du temps juste, mais l’émotion n’est pas totalement au rendez-vous. Il manque un supplément d’âme. Un souffle salvateur. Quelque chose pour tirer vers le haut une histoire qui ne demande que ça.
Johnny Depp l’a peut-être remarqué, lui qui ne force pas trop. La plupart du temps d’ailleurs, il n’est même pas là, ou simplement présent à travers de multiples écrans, bien tranquille dans son coin. Un rôle bien pratique car très économe en matière d’expressions, malheureusement symptomatique des choix plus qu’hasardeux de l’acteur ces dernières années. À côté, Rebecca Hall et Paul Bettany relèvent le niveau. Surtout la première, souvent excellente, et ici à nouveau vraiment investie.
Prestigieux, le casting l’est assurément, mais tous les comédiens n’ont pas l’occasion de briller, écrasés par un scénario bancal et par une direction d’acteurs approximative. Tant pis par exemple pour Morgan Freeman, Cillian Murphy ou la belle Kate Mara, dont les personnages ne sont que des clichés sur pattes alternant l’étonnement et l’énervement jusqu’au générique de fin.

Partant sur les bonnes bases d’un pitch intriguant et prometteur, Transcendance peine à prendre son envol. Thriller de science-fiction gentiment apocalyptique, il s’avère plutôt plat et trop pépère, toujours dans l’ombre de ses illustres ainés (si on fait exception du Cobaye qui n’était vraiment pas mémorable). Jamais véritablement désagréable, le film est tout simplement tiède. Feignant aussi et curieusement anecdotique.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : SND