[Rétro] Shining : de l’horreur de la folie

Par Rémy Boeringer @eltcherillo

Shining, c’est aujourd’hui, l’un des grands classiques du cinéma mondial, qui fut présenté dans un cinéma niçois, à l’instar de Lawrence d’Arabie il y a quelques mois, et dans sa version US, s’il-vous-plait, plus longue de 28 minutes. Shining est l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Stephen King, par Stanley Kubrick, sortit en 1980. Enfin, du roman? Pas vraiment. Celui-ci n’étant pas terminé au début du tournage, Kubrick s’inspire des brouillons de King pour en tirer le scénario de son film.

L’hôtel Overlook, décors fabuleux, palace grandiose et bouche de l’enfer…

L’action se déroule dans un grand palace des rocheuses à plusieurs heures de route de Denver, l’hôtel Overlook, lieu de villégiature de la jet-set et des grands du pays. Jack Torrance (Jack Nicholson), ancien professeur reconverti dans l’écriture et en mal d’inspiration, postule pour le poste de gardien, chargé de maintenir les lieux en état durant un rigoureux hiver de 5 mois. Il devra emménager dans l’hôtel avec sa famille et y vivre reclus, coupé du monde par plusieurs mètres de neige. Bien que magnifique, cet hôtel a une sinistre réputation et les gardiens ne font pas long feu. Pourtant, même les histoires les plus sordides sur les lieux ne découragent pas Jack et sa femme Wendy (Shelley Duvall) d’accepter la place. Seul leur fils, Danny, interprété par Danny Lloyd, est très réticent, et pour cause, dans l’esprit de Stephen King, le fantastique n’est jamais loin. Ainsi, le petit Danny dispose d’un don de médiumnité, le "Shining", qui lui permet de communiquer à distance avec d’autres personnes disposant du même don et de voir le passé, l’avenir… Son ami imaginaire, Tony,  le prévient : son père Jack va les assassiner lui et sa mère, comme l’ancien gardien qui tua ses deux filles et sa femme à coups de hache.

Jack Torrance (Jack Nicholson) sombrant peu à peu dans la folie

C’est du point de vue du père, de Jack Torrance, que Kubrick nous compte cette histoire pour le moins dramatique. Nous assistons ici à tous les stades du développement de la folie. Est-elle due à son enfermement ? Est-elle due à son sevrage, lui qui n’a pas bu une goute d’alcool depuis cinq mois ? Est-il possédé ? Autant de questions qui nous turlupinent et nous amènent à nous demander si nous arriverions à vivre en vase clos durant une si longue période. Nicholson adopte ainsi de plus en plus un comportement bizarre, égoïste, violent. Mais ne serait-ce pas l’œuvre du Shining ? Il est certain que l’hôtel Overlook est lui aussi doté de ce pouvoir surnaturel. Il communique avec Danny mais sûrement aussi avec son père, le poussant dans ses derniers retranchements, le poussant vers l’irréparable, vers la destruction et l’autodestruction, tout cela par l’intermédiaire du "fantôme" de Delbert Grady (Philip Stone), le gardien qui assassina sa femme et ses fillettes.

Wendy Torrance (Shelley Duval) cherchant à sauver son fils Danny (Danny Lloyd).

Shining est sûrement le film le plus accessible de Kubrick car c’est avant tout un film d’épouvante, beaucoup de psychologie et un peu de gore comme son époque le voulait. Mais comme tous les films de l’auteur, il ne laisse pas indemne. À travers celui-ci, chacun trouvera un contenu et un message différent, de nombreuses interprétations sont possibles et la scène de fin ne fait que renforcer cette multiplicité en donnant un nouvel élément, venant bouleverser notre compréhension du récit.

Thomas Waret

Pour voir la bande-annonce :