Fusion Aquitaine-Limousin : les Charentais sont amers

Publié le 09 juillet 2014 par Blanchemanche
Publié le 09/07/2014  par 
Bertrand Ruiz

Le Poitou-Charentes avec le Centre et l’Aquitaine avec le Limousin. Les Charentais sont amers devant la nouvelle version de la carte régionale

Plus de 600 personnes ont manifesté le 28 juin à Angoulême pour le rattachement des Charentes à l’Aquitaine
© PHOTO THOMAS LEBREUVAUD
Nicole Bonnefoy est abasourdie. Sonnée par la nouvelle carte des régions proposée aujourd'hui à la commission des lois de l'Assemblée nationale par le député de l'Essonne Carlos Da Silva. Où l'Aquitaine convolerait avec le Limousin. Où le Poitou-Charentes lierait son destin à la région Centre…
La sénatrice charentaise n'encaisse pas le fait que son amendement rattachant Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin soit passé à la trappe, en même temps que la refonte régionale originelle. « Au Sénat, le texte a été vidé de sa substance alors que nous avions trouvé un consensus. Cet échec, on le doit à la posture politicienne de l'UMP, alliée aux communistes et radicaux. En Charente, les élus UMP manifestent pour le rattachement à l'Aquitaine. À Paris, ils sabotent tout ce qui va dans ce sens. C'est nul ! »
Bussereau : « Surréaliste »
Le député et président du Conseil général de Charente-Maritime Dominique Bussereau estime « surréaliste » l’amendement de Carlos Da Silva, tout d’abord parce qu’il ne tient pas du tout compte du souhait des Charentais de se rapprocher de l’Aquitaine et ensuite parce qu’il émane d’un rapporteur, « ce qui n’est pas son rôle ». « Nous étions parvenus à un consensus entre tous les parlementaires du département. Nous sommes aujourd’hui remontés comme des pendules », poursuit l’ancien ministre. Le discours du député divers gauche de La Rochelle-Ré Olivier Falorni ne détonne pas avec celui de Dominique Bussereau : « La sociologie, la géographie, la démographie, les transports, le tourisme, tout conduit le Limousin et le Poitou-Charentes au rapprochement à l’Aquitaine et à sa métropole bordelaise. »
La réponse de la droite tient dans un billet publié sur son blog par le responsable de l'UMP en Charente, Daniel Sauvaitre : « Nicole, plutôt que de dézinguer tes collègues UMP du Sénat, si tu passais un coup de fil à ton ami Carlos pour le mettre au jus de nos souhaits, tu nous serais bien plus utile, non ? »
François Bonneau, leader de la droite au Conseil général, enfonce le clou : « Les sénateurs Nicole Bonnefoy et Michel Boutant semblent ne pas être parvenus à influencer celles et ceux qu'ils ont contribué à faire élire en 2012. »
Falorni, Bussereau et le PS
« Tout cela est consternant », renchérit le sénateur Michel Boutant. « Si nous avions travaillé en bonne intelligence au Sénat, nous n'en serions pas là. Nous laissons la main à l'Assemblée qui, visiblement, ne nous entend pas. »
« Cette carte a été pondue par un député parisien qui a apparemment peu l'habitude de franchir le périphérique », fulmine Marie-Line Reynaud. La députée socialiste cognaçaise est signataire, avec neuf autres députés PS, d'un amendement qui remet sur la table de l'Assemblée nationale l'union de l'Aquitaine, du Poitou-Charentes et du Limousin. Le Rochelais Olivier Falorni est sur la même voie : il a présenté, hier, son propre amendement en commission développement durable. Côté UMP, Dominique Bussereau et Didier Quentin ont eux aussi déposé un amendement et plaidé la cause du rapprochement avec l'Aquitaine.
Droit d'option
Peine perdue ? « Certainement pas », répond la députée PS angoumoisine Martine Pinville. « On nous a clairement signifié que le débat n'était pas fermé. Je suis plutôt optimiste sur la suite des événements. » Marie-Line Reynaud a d'ores et déjà fait savoir qu'elle voterait contre le projet de loi s'il faisait l'impasse sur le rattachement du Poitou-Charentes à l'Aquitaine. Et elle ne devrait pas être la seule socialiste dans ce cas… « Globalement, le texte est mauvais », résume le député charentais Jérôme Lambert. « Ils ont commencé en faisant n'importe quoi et ça continue. » Si l'affaire venait à tourner au vinaigre, les deux Charentes n'auraient plus qu'à placer leurs espoirs dans le « droit d'option » : les départements qui le souhaitent pourront quitter leur région d'origine, à partir de 2016, sous réserve de l'accord des régions concernées. « Autant dire que les Charentes n'ont aucune chance de quitter le Centre pour rejoindre l'Aquitaine : Ségolène Royal n'acceptera jamais cela », décode un fin connaisseur de la chose publique.

ManifestationLes tracts pour dire oui à l’AquitaineÀ l’origine de la manifestation d’Angoulême du 28 juin, le collectif né sur Facebook (« Pour que la Charente et la Charente-Maritime soient ralliées à l’Aquitaine ») organisera une distribution de tracts le samedi 19 juillet. « On a choisi des points stratégiques : le péage du pont de l’île de Ré, le pont pour l’île d’Oléron, Saintes, Cognac, Angoulême, voire Bordeaux si l’on trouve des gens pour nous aider », annonce l’animatrice du groupe Élodie Le Flohic. « On doit montrer que l’on ne s’endort pas pendant les vacances ».La meneuse du groupe envisage de « profiter de la médiatisation » de l’université du PS à La Rochelle, fin août, pour y manifester. L’idée d’une manif’à Royan est lancée pour septembre.« On envisage aussi d’affréter des bus pour une manifestation à Nantes, en septembre, regroupant ceux qui n’acceptent pas cette refonte. »