Gaza vaut bien une fraise

Publié le 12 juillet 2014 par Assouf


Bon. Tout y est. La folie furieuse agro-industrielle. Approuvée validée par le con-sommateur. Abruti par l'air du temps, la propagande, l'ambiance dans laquelle il baigne depuis tout petit, école et télé, je ne ressors pas les phrases de Céline (les pamphlets!) mais c'est pas l'envie qui manque. Allez, je ressors :

Et caetera.

Et Robespierre, aussi :

La plus grande partie de nos concitoyens est réduite par l'indigence à ce suprême degré d'abaissement, où l'Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la nature lui a donné.


Un homme très dangereux comme vous voyez. Bref! Il faut vraiment s'ennuyer sacrément dans la vie pour se poser les questions qu'il faut se poser. Ou plutôt, avoir une expérience de l'ennui. Savoir ne rien faire. Penser avec ses pieds. Divaguer. Pérégriner. Combattre les Géants! les Moulins! Rêver de Dulcinée! Chevaucher Rossinante...

Quelqu'un d'occupé... Coupe du monde de foot et Hollywood, robotisé métro-boulot, n'irait jamais se prendre la tête avec de pareilles têtes d'épingle. Sic transit gloria mundi, amen. Il est 9h. Voilà déjà quatre heures que je n'ai rien à faire. Tout se passe quand il ne se passe rien, c'est comme les films de Bela Tarr. Je ramène à ma fraise.

La folie furieuse agro-industrielle : on mange du pétrole. Claude Bourguignon pose donc la bonne question : "quand il n'y aura plus de pétrole, on va manger quoi?" mystère. Nous dépendons, jusque dans notre alimentation (dégénérée), du pétrole. C'est ni plus ni moins ce qui justifie la destruction du Moyen-Orient. Voilà pourquoi nous bombardons, nous formons et armons des terroristes, etc. L'impérialisme fait rage. Des tonnes de confiture par-dessus.

Pour manger de la fraise espagnole, il faut avoir la main sur la Mésopotamie ; et, il faut pouvoir exploiter la misère roumaine, marocaine, etc. pour trouver de pauvres hères acceptant de les ramasser pour 3 euros de l'heure. Et pour avoir envie de manger de la fraise plastique espagnole ou de la fraise belge à Noël, il faut que le Système nous ait sacrément sapé le moral, de l'autre côté. Tout cela est bien huilé. Céline encore :

La Poésie, on la trouvera plus sûrement dans la joie de débusquer une fraise des bois au mois de juillet, que dans les élevages de poulets à bec mutilé.

Attention, bonus! Y en aura pour tout le monde. Le Capital se fout de la couleur de peau. Le Capital est anti-raciste. Quand il s'agit d'exploiter, que l'exploité soit roumain, marocain ou espagnol, rien à foutre! Les Palestiniens, les Irakiens, les Syriens, les Libyens massacrés? des "dommages collatéraux". Aucun souci. Je m'étonne (tu parles!) en revanche que les associations antiracistes, elles, ne dénoncent jamais pareil état de fait.

Pas de SOS Racisme dans les parages. On les appelle, on lance des SOS! rien... une bouteille à la mer sera plus certainement trouvée. Ne jamais démonter les processus, les structures économiques et sociales, mais toujours et uniquement faire de la morale. Autrefois, on appelait ça des curés, et, avec l'esprit mal tourné, des tartufes. Exploiter des milliards de personnes, mais sans "inciter à la haine" par pitié.

Bernanos aura le mot de la fin :