TDF : Nibali magistral à Hautacam, Pinot et Péraud sur le podium

Publié le 25 juillet 2014 par Ptimek

La dernière étape de montagne du Tour 2014 a consacré la domination éclatante du Maillot Jaune Vincenzo Nibali, qui se dirige tout droit vers une victoire amplement méritée. A plus de sept minutes du Sicilien au général se joue une lutte intense pour le podium. Avant le difficile contre-la-montre de samedi entre Bergerac et Périgueux, les Français Pinot (2e) et Péraud (3e) sont repassés juste devant Valverde (4e)…

Il n’a certes pas attendu ce coup d’éclat pour marquer de son empreinte le Tour de France 2014, qu’il domine depuis le deuxième jour et sa victoire à Sheffield. Mais Vincenzo Nibali est de la race des très grands, et, à l’occasion du dernier rendez-vous de montagne, il se devait de marquer le coup et de montrer, une nouvelle fois, qu’il n’avait pas de rival à sa mesure. Cette 18e étape, qui arrivait sur les hauteurs de Hautacam, le Maillot Jaune la voulait terriblement. A tel point qu’à une dizaine de kilomètres de l’arrivée, au moment où le peloton écrémé des favoris commençait son round d’observation, il a sauté dans la première roue venue, en l’occurrence celle du vétéran américain Chris Horner, celui-là même qui avait battu Nibali l’an dernier au Tour d’Espagne, privant le Requin de Messine d’un doublé Giro-Vuelta.

Nibali ne doit rien à personne

Nibali s’est-il même rendu compte, alors, qu’il était en train de conjurer le sort ? Le Sicilien semble bien au delà des symboles sur cette Grande Boucle, et il n’a pas fait plus de cas de Horner qu’il n’en a fait de Mikel Nieve, l’Espagnol de Sky lancé dans un baroud pour sauver l’honneur de la formation britannique, qui a raté son Tour dans les grandes largeurs après deux années d’outrageuse domination. Très rapidement, à moins de 6 km du sommet, Nibali s’est retrouvé seul devant, lancé vers une inéluctable quatrième victoire d’étape, à l’image d’une Grande Boucle qu’il aura gagné sans jamais avoir été mis en difficulté.

Dans la forme de sa vie, l’Italien méritait sans doute mieux que ce cavalier seul qui a laissé très peu d’espace d’expression à son panache naturel. A l’heure qu’il est, il doit forcément être frustré de ne pas avoir pu se mesurer à des cadors tels que Froome et Contador (qui ont tous deux abandonné) sur la plus prestigieuse des scènes, mais, pour autant, comme l’a rappelé Laurent Jalabert sur l’antenne de France Télévisions, il est loin d’être un vainqueur au rabais. Idéalement préparé, Nibali a mené son Tour de main de maître. Ce niveau et cette concentration phénoménaux qu’il affiche depuis trois semaines, il ne les doit à personne d’autre qu’à lui-même. Au final, ce Tour va logiquement consacrer l’un des plus grands talents du cyclisme moderne, qui s’est tout simplement donné les moyens d’atteindre ce Graal.

Pinot et Péraud ont les cartes en main

Si le suspense a disparu depuis longtemps sur le nom du futur vainqueur de cette Grande Boucle 2014, il n’a jamais été aussi intense concernant ceux des coureurs qui encadreront le roi Nibali sur le podium final des Champs-Elysées. Dans ce véritable thriller en plusieurs épisodes, les acteurs français ont donné encore un peu plus de corps à leurs ambitions dans la montée d’Hautacam. Thibaut Pinot et Jean-Christophe Péraud ont en effet profité de la dernière étape pyrénéenne pour griller la politesse à Alejandro Valverde, encore deuxième jeudi matin. En difficulté dans la montée finale, l’Espagnol n’a pu compter, comme la veille dans le Pla d’Adet, sur le soutien de ses équipiers de Movistar. Admirable de combativité, ils ne concède finalement qu’une cinquantaine de secondes à ses deux poursuivants, mais les voit tout de même tous deux lui passer devant au général.

A la sortie des Pyrénées, l’espoir confirmé Pinot (24 ans, 10e du Tour en 2012) et le faux vétéran Péraud (37 ans, mais il n’est passé professionnel sur route qu’en 2010, après une belle carrière en VTT) sont donc tous les deux sur le podium du Tour de France. Valverde restant tout proche (à 15 secondes de Pinot et 2 secondes de Péraud), les cartes seront forcément remises en jeu lors du chrono de samedi. Dans l’exercice de l’effort solitaire, a priori, Péraud et Valverde (champion d’Espagne du contre-la-montre en juin dernier) sont plus efficaces que Pinot. Mais un chrono de fin de Tour répond à d’autres logiques que celle de la simple puissance du « moteur ». Pour s’en convaincre, on se souviendra que le dernier du genre, en 2012, avait mieux réussi à Pinot, qui avait pris, sur 53,5 km, 1’07″ à Péraud et 3’05″ à Valverde. Certes, les états de forme et le contexte était bien différents à l’époque (Pinot se battait pour un top 10 alors que les deux autres étaient distancés au général),  et le parcours de samedi est  lui aussi très différent, beaucoup plus accidenté, quoique de distance équivalente (54 km) ; mais cette référence montre aussi qu’aucun scénario ne peut véritablement être écarté. Les écarts sont tellement infimes que le podium se jouera, de toute façon, à la pédale. Quoi de plus beau, finalement ? A ce stade, un seul fait semble à peu près établi : Pinot et Péraud disposant de plus de quatre minutes d’avance sur l’Américain Tejay Van Garderen (6e et devancé par un autre Tricolore, Romain Bardet), il est plus que probable qu’il y ait un Français sur le podium à Paris, 17 ans après la deuxième place de Richard Virenque. Mais il n’est vraiment pas interdit d’espérer en voir deux, comme il y a trente ans, lorsque Fignon (1er) et Hinault (2e) avaient dominé le Tour…

Classement général après 18 étapes :

1. Vincenzo Nibali (Astana) : 3 260,5 km en 80h45’45
2. Thibaut Pinot (FDJ.fr) à 7’10″
3. Jean-Christophe Péraud (AG2R) à 7’23″
4. Alejandro Valverde (Movistar) à 7’25″
5. Romain Bardet (AG2R) à 9’27″
6. Tejay Van Garderen (BMC) à 11’34″
7. Bauke Mollema (Belkin) à 13’56″
8. Laurens Ten Dam (Belkin) à 14’15″
9. Leopold Konig (Netapp-Endura) à 14’37″
10. Haimar Zubeldia (Trek) à 16’25″