Le syndrome de l’échalote

Publié le 13 septembre 2014 par Concentredebonheur @SophieMachot

« Aimer s’assume chaque jour à travers les mille incidents de la vie quotidienne. Rien n’est donné définitivement, tout se conquiert toujours de nouveau. Apprendre à aimer est une occupation constante. » Ces mots, extraits du livre La vie à deux et ce qui s’ensuit, de Jeanine Solotareff, psychanalyste et spécialiste de la méthode de Paul Diel, reflètent bien l’idée que comme le bonheur, l’amour se cultive… à chaque instant. Car ni le bonheur ni l’amour ne sont acquis une bonne fois pour toutes. Ils fleurissent et se fanent au gré du temps et sont soumis aux caprices de notre réalité.

Jeanine Solotareff ne compte pas moins de cinquante années de vie commune avec SonHérosàElle. Elle sait donc, plus que quiconque, de quoi il en retourne. Nous n’en sommes, MonHéros et Moi, pas encore là, mais nous commençons à avoir quelques kilomètres au compteur. Nous fêterons d’ailleurs sous peu notre seizième année de vie commune dont une de mariage ! Dix de concubinage + cinq « entrepacsés » + une « pour-le-meilleur-et-pour-le-pire ». Finalement, plus le temps passe, plus nous nous enlaçons. Ceci dit, notre amour avait déjà porté ses fruits il y a de cela quatorze ans, avec la naissance de LaPetite. Lien indéfectible par excellence…

Quinze ans que MonHéros est mon héros… Quinze ans que nous marchons dans les pas l’un de l’autre, que nous rions et rêvons ensemble. Tout a commencé par un coup de foudre. Une évidence. Un étrange apaisement lorsqu’il est entré dans ma vie. De façon inexplicable, à peine avait-il posé les yeux sur moi que ma dépression post-adolescence s’achevait subitement… Un monde nouveau s’offrait, le voyage pouvait commencer. Et la lune de miel s’éternisa. Il était parfait. J’étais parfaite. Il était MonHéros, j’étais sa Princesse-capricieuse-à-sauver. Jusqu’à ce jour maudit où… je mis de l’échalote dans la salade !

C’est alors qu’éclatèrent, au grand jour, toutes nos différences ! Nous vacillâmes et chutâmes bruyamment du piédestal commun que nous partagions jusqu’alors amoureusement. Il détestait l’échalote, et moi c’était « jamais sans mon échalote ». Une tragédie. Un casse-tête toujours pas résolu. Une obligation de compromis… de ma part !

MonHéros

– Tutututut ! De ta part… de ta part… C’est vite dit ! Tu en mets encore de ta satanée échalote ! Tiens cet été par exemple…

Moi

– Mais… Mais qu’est-ce que tu fiches ici ? Tu n’es pas censé intervenir dans ma conversation avec Monlect’Or… Et puis, ça s’fait pas d’écouter aux pages ! Sors !

MonHéros

– Tu parles, tu leur mens à tes Lect’Ors !

Moi

– Qu… Quoi ? Non jamais !

MonHéros

– Si ! Si tu m’aimais vraiment, tu ne mettrais pas d’échalote dans ta cuisine. Ou alors tu n’en mettrais que dans ton assiette !

Moi

– Pff ! On voit bien que ce n’est pas toi qui cuisine et qui fais la vaisselle !

MonHéros

– Tu ne fais pas la vaisselle, chérie, c’est Brandt qui la fait, nuance !

Moi

– Oh ! Arrête ta mauvaise foi hein ! Et puis, on n’est pas seul. Ce sont nos oignons ! Et je vais quand même pas faire deux casseroles à chaque repas non?! En plus, y’a plein de fois où j’en mets et tu ne la sens même pas!

MonHéros

– Alors explique-moi pourquoi t’en mets si ça ne se sent pas ? D’ailleurs, je la sens mais je ne le dis pas à chaque fois, car je ne suis pas égoïste, moi. Je fais des concessions, moi !

Moi

– Ah ! Parce que moi je n’en fais pas peut-être ? Je vais très certainement passer le restant de mes tristes jours sans jamais plus mettre d’échalote dans ma cuisine et tu me dis que je ne fais pas de concessions ? ! Mêêêêê, Môsieur, ce ne sont pas de simples concessions mais de l’amour sacrificiel !

MonHéros

– Faut toujours que tu exagères ! Je dis juste que j’aime pas l’échalote, un point c’est tout !

Je vous l’avais bien dit… C’est un casse-tête impossible à résoudre ! Qui de lui ou de moi doit abdiquer ? Qui de lui ou moi est égoïste ? Que faire ?

J’entends déjà les adorateurs de Sainte Echalote hurler au crime de lèse-majesté tandis que les détracteurs de cette pure création condimentaire se demandent pourquoi MonHéros reste avec une princesse aussi têtue ! La réponse est simple : nous nous aimons. Nous nous aimons au-delà de nos petites et grandes imperfections. Nous nous aimons bien au-delà des tracasseries quotidiennes qui égratignent un amour que l’on voudrait parfait, fusionnel, irréprochable. Chaque jour, nous offrons à l’autre une part de notre espace vital, et en faisant jardin commun les accrochages sont inévitables.

« Le syndrome de l’échalote » nous rappelle qu’aimer n’est pas se confondre avec l’autre. Aimer c’est accepter que son monde ne soit pas superposable au nôtre, aimer c’est accepter qu’une alliance ne soit qu’une co-création imparfaite car il y aura toujours une échalote pour assaisonner la vie de couple.

Finalement, le secret des couples qui durent est peut-être de ne jamais répondre à cette question : faut-il mettre de l’échalote dans la cuisine ?

Et vous quelles « échalotes » assaisonnent votre vie de couple ?

Extrait de « Cultivez votre Bonheur »

Éditions Eyrolles

Belle journée à tous, Lect’ORs !