Partir, rester, s’armer

Publié le 15 septembre 2014 par Jean-Pierre Jusselme

A l'heure où une large coalition, pays arabes compris, a pris l'option d'intervenir massivement en Irak et en Syrie pour éradiquer l'Etat Islamique au Levant (daesch en arabe), les premiers a employé le langage de "guerre juste" auront été des hommes d'église. Retour sur la "doxa" après le voyage éclair cet été à Erbil (Kurdhistan) de Monseigneur Dominique Lebrun, évêque de Saint-Etienne.


Erbil une ville en tensions

Mi aout, Mgr Pascal Golnisch de l'Oeuvre d'Orient et Mgr Dominique lebrun évêque de Saint-Etienne auront été parmi les 1ers à témoigner sur la zone de front du sort des réfugiés irakiens, mais aussi à appeler à une opération militaire sous le vocable de la "guerre juste". Depuis, avec le défilé des journalistes, députés, ministres, humanitaires jusqu'au Président de la République lui-même, l'idée a largement fait son chemin et est devenue la "doxa" d'une large coalition. Mi aout, devant la chute de  Karadosch,  "déclencheur moral" et signal d'alerte d'un jeu de dominos dangereux, la diplomatie vaticane, celle de l'Eglise de France et les fantassins montés au front auront peut-être contribué à alerter les consciences, mais pas que… Arrivés  au Kurdhistan en francs-tireurs, vite adoubés par la Conférence des évêques de France, munis d'un simple visa de tourisme, leur témoignage relayé par les médias aura contribué à déplacer le Focus.  Au coeur d'un été se partageant entre Gaza, Ebola et les crashs aériens, l'Ukraine, leur témoignage déportera l'attention début aout sur le Moyen Orient. Il va réveiller  les consciences, et déporter les consciences catholiques, peu habituées à entendre parler le langage de la "guerre juste", vers l'acceptation qu'on "ne peut laisser le Mal l'emporter".

Un cri et une analyse : la guerre juste

Les tentes Unicef et HCR sous 50 degres



Que découvrent-ils sur place ? Le dénuement et l'accablement des réfugiés chrétiens (ils ne rencontreront pas de Yézédis). Le récit est poignant. L'exil dans la nuit, les chaleurs extrêmes, les atrocités et barbaries du "Daesh", les abandons des faibles sur place, mais aussi la solidarité qui s'organise, la vie qui reprend ses droits, la mobilisation des églises locales, le courage des kurdes, le contraste entre les potentiels économiques de la zone ( la question de la manne pétrolière et des alliances des puissances arabes n'étant jamais loin)  et le dénuement des réfugiés. L'évêque de Saint-Etienne sur place prend à parti par le porte-voix des médias prend position et bouge les lignes : il parlera de "guerre juste". Sans proposer de plan de bataille militaire et en insistant sur la priorité à la solidarité, l'église catholique sera un des 1ers autorité à prôner le recours "à la force pour stopper, arrêter et juger ces criminels" Réticentes devant la poursuite inéxorable de l'exode massif des chrétiens, les églises locales jouent un rôle de chefs ou de guides humanitaire, spirituel de ces populations. Caritas et l'oeuvre d'orient prennent le relais de l'aide personnalisée.

 "On ne peut rester en vacances quand des hommes meurent" (Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères de la France à propos des événements en Irak).

 Rester, partir, s'armer

Avez vous une conscience

Sur la photo signée Dominique Lebrun, photo qui a fait le tour des rédactions,  une domincaine affiche un slogan en arabe. "Avez vous une conscience ?" La France aura été une des 1eres diplomatie à se mobiliser. La forte présence de700 établissements français en Irak, la tradition de "protectorat" sur les chrétiens d'Orient, le discrédit des Etats-Unis, plus occupés à "tribaliser" la Région qu'à servir des solutions à l'échelle des Etats auront contribué à mettre sur l'agenda français une option prioritaire

 

Laurent Fabius a gauche sur la photo


Partir. Un beau flou artistique nimbera la communication sur le nombre de visas qui pourraient être accordés. Entre Realpolitik et idéalisme, devant l'afflux de demandes de visas de réfugiés, une communication de crise se met en place  Les chiffres avancés par  Mgr Lebrun (de source diplomatique) de "8 000 demandes de visas de réfugiés." seront vite démentis par le Ministère, soucieux de ne pas se laisser déborder et de gérer la crise en termes d'image.  L'option militaire finalement soutenue par la diplomatie française était celle prônée dès les débuts du déplacement de Daesh aux limites de l'Irak. L'église de France a proposé un compagnonnage pour les familles qui souhaiteraient rejoindre la France.

S'armer. "Jamais je ne les ai entendus évoquer l'idée de s'arme et de se constituer en milices ou en phallanges chrétiennes" Dominique Lebrun, eveque de saint-etienne

Rester. "C'est l'honneur de la France d'avoir ce rôle de protectorat dans ces régions orientales" explique Mgr Lebrun, familier du Proche et Moyen orient par ses voyages et sa pratique biblique.

L’Etat islamique au Levant annexe des territoires

Quand il improvise une conférence de presse à son retour  il manie le symbole. Il pose de la  terre d' Ur, patrie d'exil Abraham, Père de tous les croyants sur la table. L'équation et l'analogie sont vite faites : c'est une terre biblique. Les populations du Livre sont légatrices de cette terre chargée d'histoire et d'histoires, d'histoires d'hommes et de femme est une terre biblique.  Badgad est la babylone biblique. La plaine de Ninivve est aussi un chapitre important. A son retour de Erbil en dans le Kurdhistan, ses questions sur l'avenir pour ces populations chrétiennes sont nombreuses. Déjà 400 000 chrétiens d'Irak auraient quitté cette terre depuis le début des événements en 90, mais il semble tout aussi improbable qu' un "Chrétienstan" se fonde comme une autre province autonome d'Irak. "Aucun n'a exprimé ce souhait" explique Dominique Lebrun, qui laisse ouverte cette option assez conforme aux souhaits des églises chaldéennes locales.