Relatos Salvajes de Damian Szifron

Par Emidreamsup @Emidreamsup

On était prévenu en voyant la sélection concoctée par Thierry Fremeaux : la comédie ne faisait pas partie du package, du moins pas clairement. C’était sans compter sur l’excellente surprise qui nous vient d’Argentine (et qui a l’aval de Pedro Almodovar en guise de producteur), Relatos Salvajes (Les Nouveaux Sauvages en français).

La scène d’ouverture donne le ton quand les passagers et l’équipage d’un avion prennent conscience qu’ils ont tous un certain Gabriel Paternak en commun et là, les perturbations commencent… On ne vous en dit pas plus pour vous laisser la surprise. On est ici dans quelque chose d’absurde, de barré et d’intelligent. Damian Szifron offre avec son film à sketchs une oeuvre jouissive et par la même occasion une véritable bouffée d’air frais au milieu de tous ces drames.

Chaque récit va mettre en scène une expression différente de la violence et de la vengeance, on reste donc bien dans l’une des thématiques de l’année (cf le journal de bord 7). Les 6 segments sont parfaitement indépendants des uns des autres et auraient pu faire l’objet de projections en tant que courts-métrages. Cependant, cela aurait été se priver de l’oeuvre globale, puisque cet assemblement offre un tableau d’ensemble de notre société. Ce qui n’empêchera pas le spectateur d’avoir son ou ses sketchs préféré(s). Ici, on ne parvient pas trop à les départager. Le premier donnant le ton au film est une réussite, le remake de Duel (premier film de Steven Spielberg) est parfaitement trash, celui sur la fourrière représente si bien ce que tout le monde aimerait faire, ou encore celui du mariage qui clôture le film à la perfection… Bref, on pourrait faire le tour des 6 et toujours trouver une excellente raison de le mettre sur notre podium. Le tout tient parfaitement la distance mêlant des passages bourrés d’action à d’autre plus portés sur la réflexion. Ce qui permet à tous les spectateurs de pouvoir s’y retrouver à un moment ou un autre. Leur point commun étant d’offrir des rebondissements surprenants. Dès que l’on pense assister au dénouement, Szifron prend un malin plaisir à nous proposer une autre issue… C’est qu’il nous rendrait chèvre, mais comment lui en vouloir tant on prend notre pied à regarder tout cela.

Si le tout manque parfois de subtilité et de finesse, on ne peut s’empêcher d’y voir un écho aux gros sabots de Pedro Almodovar que l’on retrouve dans ses Amants Passagers par exemple. On rit de la violence et on ne culpabilise même pas. Le cinéaste montre que cette violence est innée. Elle est en nous, endormie et peut ressortir à tout moment si on appuie sur le mauvais bouton. Un criminel devient héros, le chantage est recommandé et la vengeance un art de vivre… A sa manière, Szifron propose une charge aggressive contre la société et se sert d’un humour truculent comme arme. Véritable comédie sociale exubérante et surprenante, Relatos Salvajes cumule les situations rocambolesques pour le plus grand plaisir du public. Un anti-dépresseur cinématographique comme on aimerait en voir plus. Une oeuvre pleine de vitalité et d’énergie. Ne voulant pas pousser la réflexion trop loin, elle propose tout de même quelques pistes que chacun pourra décider de suivre ou d’ignorer, sans jamais oublier de profiter du spectacle.

PUBLIE PREALABLEMENT SUR ENVRAK.FR