La survivance de Claudie HUNZINGER

Par Lecturissime

♥ ♥ ♥ ♥ 

"C'était la vie de pionniers." 

Ce que j'ai aimé :

Nils et Jenny sont deux libraires passionnés qui ont toujours suivi le vent de la liberté. Aussi, quand ils se retrouvent contraints de mettre la clef sous la porte de leur librairie, décdent-ils de se réfugier dans leur fief des Vosges, une vieille grange défraîchie. La vie, la liberté les attend, ils ont de quoi vivre quelques années en cultivant leur jardin potager et en élevant des poules. Sauf que la bergerie est dans un état de délabrement avancé : "C'était une chose déglinguée, une ancienne métairie à flanc d'une croupe sauvage, à plus de 900 mètres au-dessus de Kayserberg. Il fallait être fou pour penser y vivre, je le reconnais." 

Pas de chauffage sauf un vieux poêle, pas d'électricité, un toit crevé, tel est leur nouveau lieu de vie. Ils y ont vécu quelques mois quand ils avaient 20 ans (expérience que l'auteur évoque dans Bambois, la vie verte) Mais cette fois-ci le froid, la pluie risquent de les rattraper. Accompagné de Betty leur chien et d'Avanie leur âne et lovés aux côtés de leurs livres,  leurs compagnons de toujours, ils vont vivre des heures intenses.

"Il nous arrivait de penser que nous n'allions survivre ni à la montagne ni à la décomposition globale dès qu'on écoutait les nouvelles à la radio. Si, si, je murmurais, c'était juste avant le sommeil, si, on y arrivera, c'est la seule bataille qui compte, la seule qui justifie la peine de vivre : ne pas se laisser attraper." p. 90

Jenny raconte cette expérience hors du commun en mentionnant les joies et les angoisses, les peurs, les rencontres improbables comme leurs nouveaux voisins les cerfs, les renards, les ornithologues... Le couple s'épaule jour et nuit, beaucoup de douceur transparaît dans leurs rapports, entraide, caresses permettent aussi d'assumer ce choix de vivre à part, dans un monde préservé, au sein d'un cocon naturel. Dans leur univers la culture est omniprésente avec notamment cette peinture de Grünewald "le retable d'Issenheim" du XVIème siècle : selon la légende, le peintre venait souvent dans ce massif vosgien réputé pour ses mines d'argent, afin de collecter des minéraux pour fabriquer ses pigments de couleurs. 

"Je me répétais cette définition en forme de grandhuit d'un belge (Robert Filliou) que j'adorais : L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art." p. 131

La vie est bien là, palpitante en eux, nue sous les néons de la nature qui n'autorise aucun fard.

"Si nous voulions nous en sortir, il fallait sortir de nous. Plonger direct dans les sensations, dans la peur, dans la joie, être aux aguets, se transformer en une boule de présence au monde prête à jaillir. Il y a quelque chose d'excitant, de suffocant dans la lutte pour la vie : plus d'écran entre elle et nous. On devient la vie. Tous les hommes descendent de Darwin, me soufflait Sils qui avait lu Jules Renard." p. 186 

Claudie Hunzinger nous offre en ces pages une ode à la vie, à la nature loin de la société consumériste, un bijou indispensable pour rejoindre de vraies valeurs !

                        

http://www.randoalsacevosges.com/article-le-grand-et-le-petit-brezouard-119149274.html

Ce que j'ai moins aimé :

- La fin est un peu lapidaire.

Premières phrases :

"Avanie savait que nous avions perdu : ses longues oreilles captaient au loi les présages. Dès la nuit tombée, elle nous attendait, mélancolique, de tout son pelage gris.

Il fllait rendre les clés le 1er mai au matin et nous n'avions nulle part où aller. Deux semaines avant l'explosion, Sils et moi, en compagnie de Betty, nous cherchions encore, mais tout loyer était devenu hors de nos prix."

Informations sur le livre :

Grasset

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Bambois, la vie verte (http://www.bambois.net/)

D'autres avis :

Dominique ; KeishaClaraAifelleCathulu

Lire 

La survivance, Claudie Hunzinger, J'ai lu, août 2014, 7.10 euros