Ensuite, je vais vous parler d'un livre qui me tient tellement à cœur que j'ai retardé le moment de concevoir la chronique. Parce que, lorsqu'un roman compte pour moi, je perds mes mots, j'ai peur de mal le défendre. Heureusement, Clara a boosté mon énergie grâce à son avis exemplaire. Je n'ai donc plus de pression, la perfection étant déjà atteinte !
Au-delà de ce couple fictif Héloïse-Olivier, doublement victime, (physiquement d'un attentat dans le métro parisien, psychologiquement en raison d'une longue lutte pour récupérer son droit à l'image), Portrait d'après blessure rappelle tous les scandales médiatiques qui rendent tout spectateur, sous couvert d'informations, pur voyeur d'une intimité mal/non négociée. C'est un livre important puisque que chacun de nous se souvient de victimes qui n'ont absolument pas demandé à être photographiées au moment de leur calvaire. On pense bien sûr à Kim Phuc, la petite fille brûlée au napalm en 1972 ou à Omayra Sanchez, petite Colombienne ensevelie sous la boue, incapable d'être secourue par les autorités de son pays mais bien entourée par des reporters internationaux aux aguets pour narrer heure par heure sa longue descente aux enfers. Le cliché concernant Kim, mondialement connu, fut une preuve physique de l'action américaine pendant la guerre contre le Vietnam. Considéré comme photographiquement parfait et narrativement percutant, il dévoile l'intimité d'enfants choqués par l'attaque chimique américaine dont ils sont les premières et principales victimes et dont ils fuient les retombées, de jeunes êtres humains qui, à mon avis, n'ont pas donné leur autorisation d'être vus ainsi nus par la face du monde. Si le journaliste ne doit en aucun cas taire les massacres dont il est le témoin, il se doit d'informer avec éthique. Il est de notre devoir, en tant que spectateurs et lecteurs, de ne pas accepter la violence gratuite, induite sous couvert d'enseignement, mais toujours liée au sensationnel-poubelle. Trop souvent, dans les journaux télévisés, on ne prévient plus de la violence de certaines images (ces rappels à l'ordre arrivent de temps en temps mais pas suffisamment à mon goût). Il y a quelques années, lors d'un reportage sur des élections africaines, on voyait un milicien touché du pied un corps retourné : déjà à l'époque, assez choquée, je m'étais posé la question de l'intérêt de cette image (par rapport au sujet), du manque de respect du décédé (assimilé à un cadavre animal par son ennemi), tout cela filmé pour une chaine nationale française. Ainsi, la clairvoyance se partage... entre diffuseurs et récepteurs !
Éditions Arléa Collection 1er mille Rentrée littéraire 2014 Merci à vous, Hélène, pour tout. Ce roman important voyage bien sûr !
avis: Clara