Condorcet

Publié le 15 octobre 2014 par Christophefaurie
Condorcet fut un « mouton enragé ». Intellectuel timide et maladroit, orateur inaudible à une époque de tribuns, il n’en fut pas moins une sorte d’extrémiste forcené qui se fit beaucoup d’ennemis. A commencer par ceux de sa caste d’origine.
Petite, mais vieille, noblesse. Pauvre. Jeunesse mal connue, mais apparemment triste. Il découvre les mathématiques. Elles seront son refuge et la passion de sa vie. Elles lui font connaître la gloire. Les philosophes des Lumières l’accueillent comme l’un des leurs. A une époque où la science et le progrès sont une sorte de folie collective, il acquiert une réputation de rock star, une considération universelle. Il accède au pouvoir avec son ami Turgot, devenu ministre. Il brûle d’appliquer la science au gouvernement du pays. Mais soit que les bénéfices soient trop longs à se manifester, soit que la dite science ne soit pas totalement au point, Turgot est remplacé par Necker. Du libre échange on passe au protectionnisme exigé par le peuple. Puis c’est la Révolution. S’il ne parvient jamais à se faire entendre, Condorcet va y jouer un rôle de premier plan par ses écrits et le respect que l’on porte à sa réputation scientifique. Il travaille d’ailleurs jour et nuit. Il sera le précurseur de beaucoup de nos idées modernes. Il est, avant tout le monde, républicain (les révolutionnaires seront longtemps favorables à une monarchie constitutionnelle), contre la peine de mort, pour l’égalité des hommes et des femmes. C’est aussi le père du système éducatif qui fut l’âme de notre pays, jusqu’à récemment. Le mouton enragé accompagne la marche de la révolution vers la gauche. Longtemps proche des Girondins, il les abandonne pour se rapprocher de Danton. Car son dernier combat sera contre la désunion des Révolutionnaires, et, pour cette raison, contre Robespierre. Ce qui lui vaudra la haine de ce dernier. Et de mourir, épuisé, en prison. Les nobles idées du « dernier des philosophes » des Lumières n’ont pas pesé lourd face à la folie des hommes. 
(Elisabeth et Robert Badinter, Condorcet, Le livre de poche, 1988.)