La civilisation? Ou la domination et l'exploitation de l'homme par l'homme?

Par Alaindependant

Pour Camille Loty Malebranche, la civilisation, parce qu’elle est rapport à autrui, relation avec l’autre humain, se corrompt presque toujours par les perversions d’intention qu’elle engendre chez les uns envers les autres. La civilisation semble fatalement, après avoir marqué la transcendance du pulsionnel animal, le restituer sous forme d’hypocrisie formelle qui cache les pires méfaits des uns envers les autres au nom de la domination et de l’exploitation de l’homme par l’homme. La civilisation paraît basculer presque toujours dans l’injustice et la contre-nature morale des humains et des sociétés qui s’y permettent d’en arguer par langage et signes dressés en institutions pour berner les victimes et magnifier les bourreaux et victimaires. Ainsi, la prédation et le vol sont-ils appelés « hauts faits d’armes et héroïsme »; la prostitution devient-elle, « intelligence » de ceux qui s’intègrent et s’adaptent; l’égoïsme se désigne « puissance » du conquérant qui prend tout et asservit tous par son « génie » sa « supériorité »…

Continuons...

Michel Peyret

La Civilisation, nous rend-elle vraiment plus humains?

10 Octobre 2014

Par Camille Loty Malebranche

À voir le monde et les noirceurs quotidiennes de ce déploiement de l’histoire qu’est l’actualité, la civilisation apparaît souvent comme une barbarie accoutrée de formes, et l’humanité, une cruauté collective inavouée qui ignore ses graves tendances latentes aux plus extrêmes abominations, aux plus horribles laideurs.

Tout est dans l’importance accordée aux êtres et aux choses car c’est là, l’émergence de la notion de valeur et la conception du jugement chez l’incontournable juge qu’est l’homme. Est-il une seule civilisation au monde, dont les principes priorisent l’humain sur les titres et les biens dits richesses, ces maux destructeurs, une fois qu’ils prédominent? En tout cas partout, nous voyons des générations d’humains sacrifiés par quelques pairs plus forts, érigés chefs et prédateurs toutefois légitimés institutionnellement par la civilisation, pour assouvir les pires instincts de domination grâce aux biens collectifs accaparés. Là, les honneurs et le pouvoir à la fois symbolique et matériel conféré par la richesse, se disent noblesse et valeur dans le langage idéologique et pseudo-moral des puissants instrumentalisant autant leurs privilèges qu’ils essentialisent et leurs dominés qu’ils utilisent.

D’abord, disons que la civilisation, dans sa multiplicité, est une assumation sociale de la réalité naturelle représentée dans le discours et l’action. La civilisation incarne le développement de l’humanité, en tant que l’homme s’y manifeste au-delà de son statut immédiat de membre du règne animal, en tant aussi que par elle, la nature humaine révèle ses facultés à dompter en partie la nature et à établir le sens en signifiant l’univers qui, par lui devient monde, via ses représentations, ses interventions à tout le moins au niveau de cette planète bleue que nous habitons. Mais, hélas, malgré cette émergence de l’abstraction qui y accompagne les gestes concrets, abstraction qui, précisément, contribue à l’établissement du sens, la civilisation, parce qu’elle est rapport à autrui, relation avec l’autre humain, se corrompt presque toujours par les perversions d’intention qu’elle engendre chez les uns envers les autres.

La civilisation semble fatalement, après avoir marqué la transcendance du pulsionnel animal, le restituer sous forme d’hypocrisie formelle qui cache les pires méfaits des uns envers les autres au nom de la domination et de l’exploitation de l’homme par l’homme. La civilisation paraît basculer presque toujours dans l’injustice et la contre-nature morale des humains et des sociétés qui s’y permettent d’en arguer par langage et signes dressés en institutions pour berner les victimes et magnifier les bourreaux et victimaires. Ainsi, la prédation et le vol sont-ils appelés « hauts faits d’armes et héroïsme »; la prostitution devient-elle, « intelligence » de ceux qui s’intègrent et s’adaptent; l’égoïsme se désigne « puissance » du conquérant qui prend tout et asservit tous par son « génie » sa « supériorité »…

La civilisation est si souvent un laboratoire de prétextes idéologiques pour édulcorer les horreurs humaines, et louer les pires ignominies de l’égoïsme individuel et collectif dans ses violences les plus inhumaines! Hélas, ce qui, à priori doit servir le sens et permettre l’accomplissement de la nature humaine profonde et spirituelle, déchoit-il dans les abîmes des plus sales instincts non dépassés, aux plus vils et ténébreux abysses de barbarie et mensonges hypocrites en magnifiant les pires désignifications et dénaturations de l’espèce. 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE