Sommes-nous à la veille d'un krach boursier ?

Publié le 22 octobre 2014 par Raphael57

Mercredi 15 octobre a marqué le retour de la peur sur les marchés financiers européens, puisque toutes les bourses européennes ont dévissé en même temps ! Que s'est-il donc passé pour que les investisseurs prennent en choeur la poudre d'escampette ? Sommes-nous à la veille d'un krach boursier ?

Les faits

Commençons par regarder l'évolution sur 3 mois de l'indice CAC 40, principal indice boursier de la place de Paris composé de 40 valeurs de sociétés françaises :


[ Source : Boursorama.com ]

Comparons maintenant l'évolution de l'indice CAC 40 avec celle de l'Eurostoxx 50, qui est un indice boursier européen regroupant 50 sociétés de la zone euro :


[ Source : Boursorama.com ]

La corrélation forte entre l'évolution du CAC 40 et celle de l'Eurostoxx 50 montre bien que la cause de cette plongée soudaine des bourses doit être cherchée d'abord au sein de la zone euro puis au niveau mondial.

Pourquoi le prix des actions a-t-il tant augmenté ?

Comme les canaux de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent plus de manière satisfaisante puisque les agents se désendettent, les Banques centrales pratiquent des politiques monétaires non-conventionnelles comme c'est le cas aux États-Unis et au Japon par exemple.

Cela se traduit essentiellement par un assouplissement quantitatif, c'est-à-dire un accroissement de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie en contrepartie de l'achat d'actifs par les Banques centrales (obligations d'État, dettes privées, crédits bancaires, ABS,...), dans le but de faire baisser les primes de risque et les taux d'intérêt à long terme.

Ceci a ainsi conduit à un excès de la demande d'actifs, puisque les investisseurs qui ont vendu leurs actifs à une Banque centrale vont réinvestirent les liquidités reçue alors que l’offre d’actifs a diminué. Par conséquent, on assiste à une hausse du prix de toute une série d'actifs depuis quelques mois :

 * obligations d'États (ce qui est équivaut à dire que les taux d’intérêt à long terme sur les obligations d'État ont baissé)

 * dettes des entreprises

 * dettes des banques


 * actions

Le retour de l'aversion au risque

L'illusion de prospérité créée par le déversement de tombereaux de liquidités dans l'économie mondiale a fini par buter sur la piètre santé de l'économie "réelle" :

 * croissance mondiale en panne

 * croissance du commerce mondial en berne

 * risque d'une crise majeure en Chine

 * recul de l'activité au Japon malgré la mise en place des abenomics

 * difficultés croissantes dans les pays émergents

 * difficultés économiques et politiques en Ukraine

 * volonté de la Grèce de s’affranchir plus tôt que prévu de la tutelle de la Troïka alors que le pays est politiquement, économiquement et socialement au tapis

 * échec total de la politique économique d'austérité suivie en France

 * ralentissement de l'activité en Allemagne

En dehors de cela, les investisseurs ont peut-être tout simplement pris conscience que la crise de la zone euro n'était pas finie car rien n'a changé ! Pire que cela, à force de mener des politiques économiques qui compriment la consommation et l'investissement, c'est aujourd'hui à un risque de déflation que la zone euro doit faire face...

Existe-t-il un risque de krach ?

Disons-le d'emblée, personne ne peut prédire la survenue d'un krach. Mais à tout le moins, on peut affirmer que les conditions économiques mondiales se sont dégradées à tel point, que le système économique ne doit sa survie pour l'instant qu'aux mesures non-conventionnelles prises par les Banques centrales. Or, si les investisseurs prennent peur, alors ils se retirent des actifs risqués (actions, crédits aux entreprises, etc.) au profit des actifs réputés sans risque (obligations de certains États), et cela quelle que soit la politique monétaire suivie par la Banque centrale. Une correction sévère finira donc tôt ou tard par arriver si la croissance ne revient pas !

C'est précisément ce qui commence à arriver actuellement, d'où la remontée des spreads de crédit et le recul des bourses concomitamment à la baisse des taux d’intérêt à long terme de certaines obligations d'État (pour mémoire la France emprunte désormais à des taux historiquement bas, ce qui est loin d'être, comme nous venons de le voir, un signe encourageant pour l'économie française...). C'est pourquoi, d'aucuns évoquent déjà la possibilité pour la BCE d'acheter des actifs risqués afin d'en provoquer la hausse des cours. Mais à moins de vouloir transformer la BCE en banque pourrie, je crains fort qu'il n'y ait pas de force de rappel si les bourses dévissent à nouveau...

Quoi qu'il en soit, la bonne santé d'une économie ne se mesure pas à l'évolution de la Bourse (le Général de Gaulle ne disait-il pas que "la politique de la France ne se fait pas à la corbeille" ?) ; et aujourd'hui personne ne peut affirmer raisonnablement que les politiques d'austérité menées concomitamment en Europe ont porté leur fruit : au contraire, elles ont poussé la zone euro au bord du précipice déflationniste dont j'avais expliqué tout le danger dans ce billet...

N.B : l'image de ce billet provient d'un billet du site http://fdg-info13.com/