La pluie

Publié le 26 octobre 2014 par Joseleroy

Dans le dernier numéro de la revue 3eme millénaire « Libres comme le monde », il y a un joli témoignage de Mathieu Yon sur la liberté et la pluie. Il écrit ceci :

« Pour ma part, la liberté m'est tombée dessus en regardant la pluie. Ce double sentiment de n'y être pour rien (à cette pluie qui tombe) et d'y être (pour raison inconnue) intimement lié, a ouvert un chant fraternel, une ode anonyme à l'univers.. Une goutte de pluie a fait déborder ce vase que l'on nomme « individu », et depuis, je ne sais plus chercher , j'ignore ce qu'est l'éveil, j'éprouve ma vie ordinaire et parfois, mes veines jouent du violon. »

Mathieu Yon raconte ici ce qui ressemble à un éveil par la pluie. Et cette évocation du pouvoir de la pluie m'a fait souvenir à quel point j'aime aussi la pluie, l'entendre, la voir et la sentir sur ma peau.

J'ai vécu mon enfance en Bretagne où la pluie est une amie qui nous rend souvent visite. Je me souviens qu'enfant le son de la pluie me rendait heureux sans qu'à l'époque je sache pourquoi. Je l'entendais partout : sur le toit de ma chambre, sur la tôle de la cabane à foin au fond du jardin de ma grand-mère, sur le sol de la route, sur les rivières, sur les branches des chataigners. La pluie était parfois violente, le plus souvent fine et continue, régulière. Ces sons me plongeaient dans une délicieuse sensation de sécurité, de paix, et de profond bonheur. Souvent dans ma chambre, le soir avant de m'endormir, quand il pleuvait, je fermais les yeux et un bonheur immense était présent.

Il me semble maintenant que ce que j'entendais alors c'était le silence, le silence infini et sans forme de ma vraie nature. Le son de la pluie est englobant, il vient de partout et de nulle part ; il pointe gentiment vers l'espace bienheureux de l'être que nous sommes.

L'espace de la conscience se fond alors avec les sons de la pluie : quelle jouissance !

A la prochaine averse, fermez les yeux et prenez conscience que personne n'écoute la pluie.

Prenez conscience que les sons chantent dans le silence impersonnel que vous êtes.

Prenez conscience que sans effort vous êtes l'ouverture où les sons apparaissent et disparaissent.

jlr