les lettres bleues

Par Jmlire

" On entendit d'abord une voix excitée qui faisait une sorte de discours, puis ils se ruèrent à l'attaque. Ils montaient sur leur talus, s'asseyaient sur la neige et glissaient jusqu'au fleuve. Nos armes se mirent à cracher. Un soupir de soulagement m'échappa : elles marchaient. Les mortiers de 45 de Moreschi tiraient devant nos barbelés et les petits projectiles éclataient avec un bruit curieux et un peu ridicule. Lorsque j'entendis passer au-dessus de nous les mortiers de 81, du sergent Baroni, un second soupir de soulagement sortit de ma poitrine. Je savais que Baroni observait l'objectif et rectifiait le tir calmement. Il me semblait l'entendre me rassurer : " Sois tranquille, je suis encore là, moi aussi. " Et Baroni ne gaspillait pas ses mots non plus.

Les Russes couraient, s'aplatissaient, se redressaient et reprenaient leur course vers nous.Beaucoup ne se relevaient plus, les blessés appelaient et hurlaient. Les autres criaient : " Hourrah ! hourrah !" en avançant. Mais ils n'arrivaient pas jusqu'à nos barbelés. Je me sentis plus sûr, alors; je pourrais encore vivre dans ma tanière, au chaud, en lisant des lettres bleues. Je ne songeais pas aux tanks qui étaient parvenus jusqu'au commandement du Corps d'Armée, ni au nombre de kilomètres à parcourir pour rentrer chez moi. Je me sentais tranquille et tirais calmement du bord de la tranchée, visant avec soin ceux qui s'approchaient le plus. Je me mis même à chanter en piémontais : " A l'ombre d'un buisson, belle bergère qui dormait..." "

Mario Rigoni Stern : extrait de "Le sergent dans la neige" Editions Denoel 1954

MARIO RIGONI STERN - Le Sergent dans la neige - roman

Le Sergent dans la neige, quoique présenté comme un roman, est un récit, un témoignage. Il sagit bel et bien des souvenirs du sergent Mario Rigoni Stern. Son écriture rappelle à beaucoup d...

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