VIH: Modifier les cellules souches sanguines pour fermer la porte au virus

Publié le 11 novembre 2014 par Santelog @santelog

Ces chercheurs de Harvard proposent ici une presque nouvelle stratégie prometteuse contre le VIH, par thérapie génique : Il s’agit, à l’aide des dernières technologies d’édition génétique de modifier les cellules souches hématopoïétiques humaines pour produire des cellules sanguines privées d’une porte d’entrée bien connue du VIH: donc imprenables par le virus. Re-transplantées chez le patient, ces nouvelles cellules sanguines permettraient de réinitialiser son système immunitaire. Cette première étape expérimentale d’une thérapie prometteuse est présentée dans la revue Cell Stem Cell.

Les chercheurs Tchad Cowan et Derrick Rossi du Harvard Stem Cell Institute (HSCI), avec des collègues du Massachusetts General (MGH) et du Boston Children’s hospitals (BCH) exploitent, dans leur recherche, une relativement nouvelle technologie d’édition de gènes, nommée CRISPR Cas (CRISP pour Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) pour créer ce qui pourrait se révéler comme une thérapie efficace anti-VIH. La technologie qui permet concrètement de modifier précisément certains gènes, en fonction d’objectifs cliniques. Elle est appliquée ici à des cellules issues de sang humain.

De nouvelles cellules sanguines privées de porte d’entrée virale : Les chercheurs rappellent que le VIH cible spécifiquement les cellules T -qui constituent la composante essentielle du système immunitaire dans le sang- via un récepteur du gène CCR5, leur porte d’entrée dans les cellules T. Une fois à l’intérieur, le VIH se réplique et tue les cellules hôtes. Les chercheurs du HSCI ont donc ciblé le récepteur CCR5 sur les cellules souches du sang et montrent que ces cellules souches génétiquement modifiées vont donner naissance à des cellules sanguines différenciées, privées de CCR5 et toujours fonctionnelles. Leur analyse par séquençage «  très, très profond  »  montre également l’absence de mutations dangereuses, précisent les auteurs.

Une greffe pour retrouver un système immunitaire résistant : En théorie, ces cellules souches modifiées pourraient être greffées chez les patients atteints du VIH par transplantation de moelle osseuse, selon une procédure identique à celle utilisée chez des patients atteints de leucémie. Cette transplantation, de la même manière, pourrait permettre au patient de retrouver un système immunitaire résistant au VIH. C‘est donc une thérapie anti-VIH totalement nouvelle même si ses auteurs, prudents, émettent quelques réserves. Des effets secondaires inattendus, l’historique déjà lourd d’échecs de la recherche anti-VIH et, enfin, si ces essais s’avéraient concluants, la difficulté de mise en œuvre de la thérapie dans les régions du monde les plus touchées par l’épidémie.

 

C’est «  l’histoire  » de Timothy Ray Brown : C’est une nouvelle voie très prometteuse car applicable à un grand nombre de patients, sous réserve de parvenir à améliorer la sécurité et la facilité de la greffe de cellules souches. Car elle rappelle «  l’histoire  » d’un patient qui vivait avec le sida, Timothy Ray Brown, depuis 10 ans. Après une greffe de cellules souches provenant d’un donneur porteur d’une rare mutation génétique héréditaire, qui protège de l’infection au VIH, le patient était guéri.

Et cette nouvelle recherche reprend le même principe de thérapie génique, avec l’aide en plus des dernières technologies de pointe, comme ici la technologie CRISPR qui permet d’extraire des cellules souches hématopoïétiques d’un patient, de les modifier et de les re-transplanter.

Source: Cell Stem Cell

DOI: org/10.1016/j.stem.2014.10.004 Efficient Ablation of Genes in Human Hematopoietic Stem and Effector Cells using CRISPR/Cas9

DOI: org/10.1016/j.stem.2014.04.020 Low Incidence of Off-Target Mutations in Individual CRISPR-Cas9 and TALEN Targeted Human Stem Cell Clones Detected by Whole-Genome Sequencing