Taxi driver - 6/10

Par Aelezig

Un film de Martin Scorsese (1976 - USA) avec Robert DeNiro, Cybill Shepherd, Leonard Harris, Harvey Keitel, Jodie Foster

Ben non, je ne suis pas si emballée que ça...

L'histoire : Travis est embauché par les taxis jaunes de New York. C'est un garçon seul, très seul, sans famille, sans amis. Il semble qu'il ait eu des soucis et qu'il veuille retrouver une vie normale, malgré ses insomnies et ses maux de tête. Mais il est taxi de nuit et voir la racaille dans les rues sombres le déprime... Il tente de séduire une jolie jeune femme qui travaille dans les beaux quartiers, dans le bureau de campagne d'un sénateur, candidat à l'élection présidentielle. 

Mon avis : C'est incroyable, mais OUI, j'ai été déçue. J'avais vu ce film il y a très très longtemps, peu de temps après sa sortie sans doute. Je ne me souvenais en fait que de sa légende ! Scénario de folie, interprétation de folie, réalisation de folie, la toute jeune Jodie, la violence, le fameux "You're talking to me ?", et tous les commentaires qui continuent de le classer dans les chefs d'oeuvre du cinéma. Je me faisais une joie de le revoir...

Et bien, au final, je n'ai pas vraiment compris pourquoi il a suscité un tel enthousiasme. Peut-être était-ce très nouveau à l'époque ? Le justicier, le tueur de racaille solitaire (mais on en avait tout de même déjà vus pas mal dans les westerns...) ? La folie vengeresse, suite à des traumatismes de guerre ? Est-ce tout simplement que le film a beaucoup vieilli vu que ces thèmes ont depuis été revisités des centaines de fois ?

Première chose qui m'a étonnée : dans la mémoire collective, Travis est un ancien Marine, traumatisé par la guerre du Vietnam. Pas du tout. A aucun moment il n'en est question. Il a été Marine, oui, mais ce n'est que brièvement évoqué au tout début, lorsqu'il se fait embaucher. Ensuite, rien. Une heure après, quand il commence son entraînement physique, on voit une large cicatrice sur son dos. Ah, OK. Mais toujours rien. Encore un petit peu plus loin, il dit très rapidement qu'il a été en Thaïlande. On apprend qu'il est insomniaque et qu'il souffre de migraines, mais on en ignore la raison. Alors bon, c'est sûr, on peu imaginer qu'il ait été traumatisé, mais franchement vu le peu de traitement du sujet, Travis pourrait tout aussi bien être un malade mental depuis la naissance, ou un agité du ciboulot. Bizarre cette fixation que les gens ont faite sur la guerre du Vietnam. Ou alors j'ai loupé des wagons ?

Deuxième chose : Il se passe une bonne heure avant que Travis décide de changer de vie, s'achète des armes et s'entraîne. Avant, c'est la routine de son job, New York, la nuit, la misère sociale, la solitude. On sait qu'il n'aime pas la racaille et qu'il voudrait que la ville en soit "nettoyée", mais il n'a pas l'air d'un fou furieux, loin de là. Est-ce le fait d'avoir été repoussé par la belle Betsy qui déclenche le "passage à l'acte" ? Mais quel passage à l'acte au fait ? Il tue certes deux personnes dans UN acte de folie... Le processus psychologique pour en arriver là n'est vraiment pas bien expliqué. Et en quoi le soi-disant traumatisme provoqué par la guerre lui donne-t-il envie de débarrasser sa ville de ses gangsters ; je ne vois pas le rapport. D'autant que, comme dit plus haut, la guerre n'est jamais évoquée. Et puis pourquoi est-il si haineux envers le sénateur ? J'ai rien pigé à ce personne, en fait.

Troisième chose : Quand on évoque Taxi driver, tout le monde se met à parler de Jodie. Après deux très brèves apparitions (quelques secondes), elle ne devient un personnage à part entière que dans la dernière demi-heure. D'ailleurs tout se passe dans la dernière demi-heure...

Quatrième chose (attention SPOILERS) : Les quinze ou vingt dernières minutes m'ont paru étranges, sur la forme et sur le fond. Une première séquence s'attarde sur la scène de crime ; c'est long ; les cadavres, le sang sur les murs, une fois, deux fois, trois fois... bon, OK, on a compris ; ensuite la police, les médecins... OUI, ON A COMPRIS, Marty. Après nous voyons des coupures de presse affichées sur un mur. Travis le dingue est devenu un héros, il a tué des gangsters, il a sauvé une petite fille de la prostitution. Là, j'étais contente, je l'avoue, l'entourloupe scénaristique était sympa. Mais c'est très incongru. Tout ça pour ça ? Il voulait dire quoi, au juste, le Marty ? Qu'on est tous le héros de quelqu'un ? M'ouais. Mais, je me répète, nous sommes dans les toutes dernières minutes du film ! Il aura fallu attendre bien longtemps pour arriver à ce dénouement. Puis, pour finir, paf, nous revoyons Travis dans son taxi, cool, le sourire aux lèvres, les cheveux repoussés. S'agit-il d'un rêve, au sein de son coma ? Oui sûrement : voilà Betsy qui monte dans le taxi, qui a l'air toute contente de le voir. Et puis... surprise... elle lui demande s'il va mieux. Qu'est-ce à dire ? Il est en fait sorti du coma et a repris son job ? Mais comment est-ce possible ? Il a tué deux personnes et ne pouvait invoquer la légitime défense, ni expliquer le fait qu'il portait plusieurs armes sur lui, ni ses relations avec les victimes... J'ai pas compris !

Fin des spoilers

Maintenant, je vais aller faire un tour sur Internet où - c'est certain - on va me démontrer par A + B que ce film est une pure merveille.

(...)

Gagné.

Ce qui m'amuse tout d'abord c'est de lire le pitch, où l'on parle de la jeune prostituée qu'il entreprend de sauver. Gag ! Ca n'arrive qu'à la fin, les gars ! Toute la première heure du film est consacrée aux déambulations de Travis et ses tentatives pour draguer (pécho, il faut dire maintenant paraît-il) la belle Betsy.

En vrac : descente aux enfers saisissante, aliénation par la solitude (m'ouais, y a un peu de ça), victime de l'Amérique des années 70, scène finale mythique (laquelle ? elle est divisée en trois), voyage urbain au coeur de la paranoïa (il est parano ? j'ai pas vraiment remarqué ; pas plus que moi en tous cas...), un des cent plus grands films du monde, peinture glaçante de son époque (mais qu'est-ce qu'elle avait de plus épouvantable que celle des années 2010 ? ou des rues sombres de Londres au XIXe quand sévissait, entre autres, Jack l'éventreur ?), l'image d'une violence qu'il faut aujourd'hui faire entrer dans le mythe (tiens donc, ça veut dire quoi, ça ? un bon sujet de Bac !), portrait lugubre du malaise urbain...

Tout le monde parle du Vietnam alors qu'il n'est pas évoqué une seule fois (ou alors, les doubleurs ont traduit Vietnam par Thaïlande, mais de toutes façons, ainsi que rapporté plus haut, il n'en est question qu'une seconde)... On parle également de ce pauvre garçon qui devient fou en voyant la violence urbaine de la nuit : mais c'est lui qui a réclamé de travailler la nuit !

A noter : Le scénariste Paul Schrader s'est inspiré de son mal-être, alors que ses scénarios ne se vendaient pas et que sa femme venait de le quitter ; il errait la nuit dans les rues de New York, buvait et allait dans les cinés porno. Mais il n'a tué personne. Encore une fois, le personnage porté à l'écran ne me semble pas crédible. L'auteur dit avoir voulu par ailleurs transposer dans l'Amérique de l'époque le roman L'étranger de Camus. Ah ? Je ne vois pas le parallèle...

En fait, et pour résumer, après avoir vu le film et relu ce qui se dit : c'est comme si tout le monde n'avait vu que la dernière demi-heure !!!

Ah ah, vous êtes tous démoralisés parce que je critique Taxi driver, Palme d'Or à Cannes ? Ben oui, c'est comme ça. Je ne vais pas crier au chef d'oeuvre si je n'ai pas été touchée par la divine grâce ! Je suis hyper fan de Scorsese, mais ce ne sera pas, et de loin, mon film préféré.

Tout juste retiendrai-je (d'où les points attribués) l'éblouissante prestation de Robert DeNiro. Le problème, c'est que j'avais davantage envie de chouchouter ce pauvre gosse très seul (le personnage à vingt-six ans) que de fuir de terreur !

Et maintenant, si vous le pouvez, prouvez-moi que j'ai tort ! Je serais curieuse d'entendre vos arguments...