Biennale de la Jamaïque : une nouvelle dynamique

Publié le 23 novembre 2014 par Aicasc @aica_sc

Renée Cox
Sacred Geometry

La Galerie Nationale de la Jamaïque, à l’occasion de son quarantième anniversaire, donne rendez – vous aux amateurs et aux plasticiens du 7 décembre 2014 au 15 mars 2015 pour la première Biennale de la Jamaïque. Première galerie nationale de la Caraïbe anglophone, créée en 1974, la Galerie Nationale de la Jamaïque, riche de plus de deux cent soixante – deux œuvres, a initié dès 1977 la première Annual National Exhibition. En 2002, cette manifestation devenait la Biennale Nationale de la Jamaïque pour connaître une nouvelle dynamique en 2014 sous la forme de la première biennale.
A travers trois sections, cent – vingt œuvres de quatre-vingt –dix- sept artistes seront montrées. La section Legacies réunit les artistes seniors dont la facture est plus traditionnelle.

James Cooper

New Ground regroupe les plasticiens contemporains émergeants et confirmés autour des pratiques de la vidéo, de la performance, de la peinture, de la photographie. Les artistes sont  invités par le comité mais des candidatures spontanées sont possibles, soumises ensuite à la sélection du comité.
Enfin Special projects invite six artistes internationaux : René Cox avec ses toutes dernières créations, Sacred Geometry, Gilles Elie – dit – Cosaque de Martinique, Sheena Rose de Barbade, James Cooper de Bermuda, Blue Curry des Bahamas, Richard Mark Rawlins de Trinidad.

Le film Zetwal de Gilles – Elie – dit Cosaque sera projeté en ouverture et fermeture de l’évènement alors que la version – installation de huit minutes, Zetwal 3 , sera présentée dans Special projects.

Gilles elie – dit Cosaque
Zetwal

La nouvelle dynamique naît de deux nouveautés, les invités spéciaux de Special projects et la présence au jury qui a pour mission de décerner les prix de deux personnalités extérieures: Diana Nawi, curator associé au Perez Miami Art Museum et Sara Hermann, curator et historienne d’art de la République Dominicaine.
Cette récente évolution de la manifestation jamaïcaine, tout comme la prolifération des biennales à travers le monde ces dernières années, invite à réfléchir sur le modèle « biennale » et les différentes ruptures qu’il a connu pour le renouveler et l’adapter aux réalités artistiques extra – européennes.

Sheena Rose
Sweet Gossip

Initiée par Venise en 1895 pour célébrer les noces d’argent du Roi Umberto et de Marguerite de Savoie, la première biennale de l’histoire installée à l’origine dans le Pavillon Central, a rapidement invité d’autres pays à édifier leurs propres pavillons dans le parc Giardini. C’est ainsi que la Belgique a construit le premier des vingt-neuf pavillons nationaux en 1907, suivie par la Hongrie, la Grande Bretagne, et l’Allemagne en 1909, la France en 1912, la Russie en 1914. Cette manifestation reste aujourd’hui une référence pour le milieu international de l’art.
L’évènement a – t – il été conçu dans le prolongement des expositions universelles tellement à la mode en Europe à l’époque et notamment celle de Londres au Crystal Palace en 1851 ?

Blue Curry

Les Biennales de São Paulo, de la Havane et la Ghetto Biennale d’Haïti ont créé des ruptures et proposé des formats renouvelés.
São Paulo, parce qu’elle était la première biennale extra européenne, fondée en 1951 par Francisco Matarazzo Sobrinho, entrepreneur d’origine italienne. La Havane parce qu’elle a été la première biennale consacrée aux pays du Sud. Orientée pour sa première édition, en 1983, vers la Caraïbe et l’Amérique latine, elle invitait dès la seconde les pays d’Afrique, du Moyen Orient et d’Asie. Enfin la Ghetto Biennale, qui connaît cette année sa troisième édition, est une alternative intéressante à la formule traditionnelle. Toutes trois, suivies ensuite par bien d’autres biennales, contestaient le fait que cent pour cent des expositions concentrées sur l’Europe et les Etats – unis ignoraient quatre- vingt pour cent du reste de la terre. D’où le retentissement des Magiciens de la Terre, en 1989, présentée au Centre Pompidou et dans la grande Halle de la Villette où Jean – Hubert Martin innovait en montrant côte à côte cinquante artistes européens et américains et cinquante artistes du reste du monde.
Aujourd’hui, il existe bien plus de cent cinquante biennales à travers le monde et plusieurs typologies de classement des manifestations co-existent.
Dans la Caraïbe, elles jouent tout particulièrement le rôle de trait – d’union entre professionnels de l’art et plasticiens en leur ménageant des espaces de rencontre qui prolongent les fréquents échanges électroniques. Elles participent aussi à la sensibilisation du public local à l’art actuel.
Véritables outils de légitimation de l’art contemporain, des artistes et des différents acteurs , critiques et commissaires, elles renforcent la visibilité d’une communauté artistique locale sur la scène internationale, autant que l’intrusion de cette même scène au niveau local.
L’ouverture de la Biennale de la Jamaïque aux autres territoires de la Caraïbe est un point tout fait positif.

DB