Macbeth, de William Shakespeare, au Pulloff Théâtres à Lausanne

Publié le 03 décembre 2014 par Francisrichard @francisrichard

Quoi de neuf? Guitry répondait Molière. N'en déplaise à Sacha, que j'aime beaucoup, je serais tenté de répondre différemment de lui, de répondre Shakespeare. La représentation de Macbeth, que j'ai eu le plaisir de voir, d'entendre, même de respirer ce soir au Pulloff Théâtres, depuis le premier rang, confirme ma réponse.

Pour peu que l'on respecte l'esprit de Shakespeare, il est en effet de multiples façons d'interpréter ses pièces sans le trahir. Ce qui donne une grande latitude aux metteurs en scène et ce qui fait que Shakespeare quatre siècles plus tard est toujours actuel, universel, en un mot, il est neuf.

The Shakespeare Collection, en 37 DVD, produite par la BBC il y a quelque trente ans - tournée entre 1978 et 1984 - et l'Intégrale Shakespeare donnée au Théâtre du Nord-Ouest à Paris par l'ami Jean-Luc Jeener en 2007, n'ont en commun que le texte, et encore dans une langue différente. Et pourtant l'esprit de Shakespeare y est et y était présent.

Quand, comme ce soir, la dizaine d'acteurs s'avance au début de la pièce, un moment d'appréhension, vite passé, étreint le spectateur. Car ils sont tous pieds nus, vêtus de costumes en bure marron, avec pour seuls bijoux des colliers en bois. Ils apparaissent sales et ahuris. Dans quelle galère se trouve-t-on embarqués?

Alors, il faut se rappeler que les faits relatés dans Macbeth remontent au XIe siècle. Le roi d'Ecosse Duncan (Thierry Jorand) attend son cousin Macbeth (Raoul Teuscher) et le général Banquo (Frank Michaux), qui viennent de remporter la victoire sur des rebelles soutenus par la Norvège. Il se réjouit de les accueillir bientôt et de les féliciter.

Sur le chemin du retour Macbeth et Banquo font la rencontre de trois sorcières, trois soeurs, dont seules émergent d'un drap blanc les faces grimaçantes figurées par des masques. Cet hydre à trois têtes salue Macbeth, de son titre de Thane de Glamis, mais y ajoutent ceux de Thane de Cawdor et de futur roi. De plus elles annoncent à Banquo qu'il engendrera des rois sans être roi lui-même.

Or deux chevaliers, envoyés par le roi Duncan à leur rencontre, annoncent à Macbeth que ce dernier lui a donné le titre de Thane de Cawdor, celui que portait un traître indigne de le porter désormais. Une partie de la prophétie étant réalisée, pourquoi l'autre ne le serait-elle pas? Le moyen le plus sûr pour forcer le destin est de lui donner un coup de pouce.

Macbeth, aiguillonné par lady Macbeth (Virginie Meisterhans), avec laquelle il forme un couple diabolique et sensuel, porté sur le sexe et le meurtre, tue donc le roi pour prendre sa place, en maquillant son crime pour le rejeter sur d'autres. Pour conserver le pouvoir, un crime en appelle un autre et c'est une tuerie toute... shakespearienne, qui est déclenchée.

Mais tuer est contre-nature. Macbeth supporte mal son régicide. Il supporte également très mal d'avoir dû tuer Banquo dont le spectre vient le hanter. Lady Macbeth elle-même, qui semble avoir moins de scrupules que son homme de nouveau roi, a l'impression que le sang versé pour parvenir à leurs fins laisse une trace indélébile sur ses mains. Une telle histoire ne peut que finir mal...

Le spectacle dure un peu plus de deux heures et il n'y a pas de temps morts. Tous les comédiens, quel que soit leur rôle - tous, hormis Raoul Teuscher, en jouent d'ailleurs plusieurs -, sont les rouages d'une magnifique machine qui fonctionne à plein, et tous prennent un plaisir évident, et communicatif, à se produire sur scène.

Les comédiens qui n'ont pas été cités plus haut méritent donc de l'être. Les voici, dans l'ordre alphabétique: Geoffrey Dyson, René-Claude Emery, Darius Kehtari, Fanny Pelichet, David Pion, Pierric Tenthorey.


Précisons que le texte français  est d'Antoinette Monod et de Geoffrey Dyson (qui a fait la mise en scène), que la scénographie est de Kym Staiff, la musique de Jérôme Baur, les costumes de Tania d’Ambrogio et les lumières de Jean-Pierre Potvliege.

S'il fallait résumer en deux mots le contentement que l'on éprouve après avoir assisté à une telle représentation menée tambour battant, ce serait: bien joué! well done!

Francis Richard

Prochaines représentations jusqu'au 21 décembre 2014:

Mardi, jeudi, samedi à 19h

Mercredi, vendredi à 20h

Dimanche à 18h

Lundi relâche

Adresse:

Pulloff Théâtres

Rue de l'Industrie 10

1005 Lausanne

Réservations:

www.pulloff.ch/

tél: 021 311 44 22