Interview du Pape : c'est La Nación qui décroche le pompon ! [Actu]

Publié le 07 décembre 2014 par Jyj9icx6
En cette veille de l'Immaculée Conception, une solennité fériée en Argentine (1), comme dans presque tous les pays hispaniques, La Nación publie, comme elle l'avait annoncé avec tambours et trompettes dans son édition d'hier, la première grande interview donnée par le Pape François à un grand média latino-américain !

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Dans une forte actualité autour du Vatican, avec la découverte de plusieurs millions longtemps oubliés de tous les inventaires, la mise sous séquestre de comptes personnels de deux ex-financiers de l'Etat-Cité et un avocat soupçonnés de malversations dans des opérations immobilières tout au long de la décennie 2000, après des spéculations oiseuses qui ont enflammé la presse italienne (2) et argentine autour du départ, pourtant normal et prévu, du commandant de la Garde Suisse, arrivé à la fin de sa mission, le grand quotidien fondé par Bartolomé Mitre publie une interview exclusive du Saint Père. Sur le site Internet, l'entretien est découpé en cinq articles différents, confiés à la plume (méritante) de Elisabetta Piqué, sa correspondante permanente à Rome (journaliste d'un talent incontestable).
Pour ce que j'ai déjà pu en lire, le Pape François se montre égal à lui-même, plein d'humour et capable d'une auto-dérision on ne peut plus ignatienne, direct, sans langue de bois, bienveillant envers son interlocutrice. Comme lorsqu'il était archevêque de Buenos Aires, il refuse de mettre une seule phalange dans les querelles sans fondement qu'on lui fait (au sujet du journaliste et polémiste Horacio Verbitsky notamment, qui continue à déverser son fiel, mais beaucoup moins souvent qu'auparavant, dans Página/12). Je ne vais pas perdre mon temps à me justifier sur ce que je ne fais pas, répondit-il à Elisabetta Piqué lorsque celle-ci le chinoise sur les revirements des kirchneristes à son égard, peut-être dans l'espoir de lui extorquer une réaction hostile au journal de gauche, concurrent et opposant politique à La Nación. Re-re-re-raté, comme à chaque fois que Clarín ou La Nación ont tenté de jouer à ce petit jeu ! Il plaide pour une fin de mandat paisible, dans le respect de la constitution et sans chercher des querelles vaines à la majorité sortante. Que Dieu l'entende ! On n'en prend guère le chemin, l'opposition trouvant tous les moyens, y compris les moins loyaux, pour pourrir le climat, susciter l'inquiétude, voire l'angoisse, comme à chaque fois qu'une campagne électorale s'annonce.
Et il parle en portègne dans le texte (personnellement, j'adore lorsqu'il s'exprime de cette manière, c'est si inattendu dans la bouche d'un pape !) (3). Au sujet du colonel Anrig, le Pape dit qu'il s'agit d'un "hombre re-bien", entendez en français "un homme extra" !
Pendant ce temps-là et sur le même sujet, Página/12 monte en mayonnaise le scandale économico-immobilier des années 2000 (sous une référence hyperlien quelque peu bizarre, qui semble indiquer que l'article appartient aux pages sportives ! Faut-il y voir un aveu ?)
Pour aller plus loin : lire l'extrait de l'interview où le Pape parle de lui-même et de son expérience après son élection lire l'extrait où le Pape parle du synode sur la famille et des débats qui s'y sont tenus lire la partie où le Pape parle de la situation politique en Argentine et des rumeurs infondées qui prétendent qu'il tirerait toutes les ficelles depuis Rome lire celle qui porte sur la Garde Suisse lire la description de l'atmosphère dans laquelle l'interview s'est déroulée, dans la suite que François occupe dans la Casa Santa Marta (vous serez sans doute intéressés de savoir qu'il pleuvait sur Rome, ce jour-là... Eh oui, cela arrive aussi dans la Ville Eternelle !) Le journal propose aussi des extraits vidéos et quelques photos détendues, avec un pape en soutane blanche sans ceinture. Quel scoop !
Ordinairement, L'Osservatore Romano reproduit, en italien, l'intégralité de l'interview le jour même ou le lendemain de la parution dans le journal auquel elle a été accordée. Eu égard à la parution un dimanche et au caractère férié du 8 décembre au Vatican, il est fort probable que le quotidien pontifical s'en chargera mardi, pas avant.
(1) En revanche, le 15 août, tout le monde travaille ! Les horaires de messe sont ceux de la semaine, sans y changer un iota. Pas même de messe solennisée, comme cela se fait en France pour le 2 novembre, jour des fidèles défunts, ou le 24 juin, pour la saint Jean. (2) Après la publication d'une explication des plus fumeuses par Il Messagero, le quotidien catholique italien, qui a dû oublier l'esprit pénitentiel qui préside à l'Avent et s'est lancé dans des accusations contre le colonel Daniel Anrig. (3) Une des caractéristiques de la manière de s'exprimer des Portègnes est la grosse dose d'insolence qui assaisonne cette langue en toutes circonstances, avec ses tournures idiomatiques et son invention linguistique permanente.