"Blindness" de Fernando Meireilles

Par Laterna Magica

Film d'ouverture du 61e festival de Cannes.

 

L'être humain est doté de vue mais souvent ne voit pas. Le préambule est limpide est prometteur, d'autant plus que Blindness marque la rencontre entre un cinéaste doué (auteur de La Cité de Dieu et surtout de The Constant Gardener) et José Saramago, écrivain portugais lauréat du prix Nobel de Littérature en 1998.

Meireilles ne perd pas de temps à installer son intrigue. Une voiture ne démarre pas au feu vert, le conducteur est devenu subitement aveugle. L'homme consulte un ophtalmo qui ne sait définir les origines de ce mal... avant d'en être victime lui-même. La cécité atteint l'ensemble de l'humanité, provoquant une régression de l'humain et de ses valeurs. Privé de l'un de ses sens, l'humain devient incapable de rien et, réduit, a néant provoque le chaos.  La métaphore du film est évidente mais elle ne constitue pas vraiment toute sa matière. Ce qui rend le film intéressant, c'est les nouveaux rapports de forces qui se nouent peu à peu autour du héros joué par Mark Ruffalo. Son épouse (Julianne Moore) est la seule a ne pas être victime de cette étrange épidémie. Elle est la seule guide, celle par qui le spectateur voit. A ce moment là, Julianne Moore est pourtant déjà impuissante. Le mal ronge l'humain prêt à toute les concessions pour assurer une survie soudain menacée par le handicap. Les aveugles de naissances sont déjà en phase avec ce monde sans repère. Plongé dans l'obscurité depuis toujours, leur expérience est redoutable face au reste de l'humanité soudain aveuglée par une sorte de bain de lumière indéfini. La régression moral est enclenchée, une sorte de guerre se déroule alors que les rapports entre les individus demeurent ambivalants.

Blindness est un objet filmique assez atypique. Meireilles parsème son récit de symboles, quitte à une sorte de maniérisme parfois forcé. Meireilles fait de l'image - signalons encore l'excellente photo de Cesar Chardone -, instruit quelques questions philosophiques mais l'ensemble laisse une impression un peu bancale, s'autorisant quelques fulgurances assez sidérantes, quelques séquences d'une intensité réelle, mais ne pondérant pas cette déception tenace qui nous habite. Peut-être Meireilles ne contrôle pas encore complètement son désir de montrer qu'il sait faire de l'image.

B.T