La ré-Abby-litation

Publié le 17 décembre 2014 par Urbansoul @urbansoulmag
Crédit photo : The Fifth Picture. For the English version, click RIGHT HERE. J’ai rencontré Abby il y a deux ans au concert belge de Jeremy Passion que j’avais aidé à mettre en place. On a un ami en commun qui n’a pas arrêté de me répéter la semaine précédant l’événement qu’une rappeuse flamande serait présente mais, en toute honnêteté, je n’avais jamais entendu parler d’elle : vous savez comme la Belgique semble former deux pays bien distincts parfois, même en matière d’arts et culture. Curieuse, j’ai tout de même prêté une oreille à sa musique avant le show en question. Je ne me souviens même de notre ami faisant les présentations, mais peut-être que mes souvenirs se font tout simplement plus flous avec le temps. Toujours est-il que je me souviens par contre d’Abegail venant me voir et me remercier d’avoir organisé cette soirée. À l’époque, j’avais déjà été frappée par le contraste entre la personne qu’elle est dans la vraie vie et l’image qu’elle véhiculait dans son clip, ou du moins ce que j’en ai déduit. Vous savez, ces stupides préjugés. Mais lorsque nos chemins se sont à nouveau croisés plus tard, on a eu l’occasion d’apprendre à se connaître et plus on parlait, plus j’étais convaincue que cette image n’était pas la sienne. Elle m’a raconté sa vie, on a discuté de sa carrière et de l’industrie musicale… et voilà ce qui nous amène à cet article aujourd’hui. Abby est sur le point de commencer un nouveau chapitre. À vrai dire, on pourrait même carrément parler d’un nouveau livre, avec une introduction en deux parties :  Grow With The Flow et Grown With The Flow, deux EP sur lesquels elle travaille actuellement et qui devraient voir le jour en février 2015. Fini de faire semblant : dans cette lettre ouverte, vous découvrirez enfin qui elle est vraiment. Cela demande du courage, de l’honnêteté, de la classe et les bons mots. Et Abby a la panoplie complète. _______

Bonjour.

Tout d’abord, j’aimerais vous remercier de prendre le temps de lire ceci. Vous pourriez faire n’importe quoi, avec n’importe qui, n’importe où dans le monde, mais vous êtes là, avec moi, à lire mon histoire. J’apprécie. Ca fait longtemps. Comment ça va ?

Laissez-moi vous parler d’Abby… J’ai grandi dans un beau village, dans un environnement décent, où il n’y avait pas spécialement beaucoup d’immigrés. Étant enfant unique, je n’ai pas vraiment à me plaindre de mon enfance. Pas du tout même. Vous pourriez dire que j’étais une enfant pourrie gâtée. Mais il m’arrivait quand même parfois d’avoir l’impression d’être exclue. Ceci dit, est-ce que ça n’arrive pas à chacun d’entre nous de temps à autre ?

Vous et moi, on n’est pas si différents. Je suis sûre que vous pouvez vous identifier à moi. D’une certaine manière. Comme vous le savez peut-être, je suis moitié belge, moitié philippine. À chaque fois que je suis en Belgique, je me sens plus philippine. À chaque fois que je suis aux Philippines, c’est tout le contraire.

J’ai toujours eu une attitude je-m’en-foutiste par rapport à tout ça. Pour moi, j’étais censée sortir du lot à chaque fois, plutôt que de me fondre dans la masse. Parce que… je suis arrogante à ce point. Et je suis plutôt douée pour ça. Du moins, c’est ce que j’aime penser. Pourquoi ? Peut-être pour essayer de me protéger ? D’un côté, j’ai essayé de créer une distance suffisamment grande pour que personne ne puisse me blesser mais assez petite pour rester accessible. J’étais comme tous les autres gosses de mon âge. Mais juste… différente. Je me rendais importante. Je voulais compter. Essayer d’impressionner les gens. C’était parfois des personnes sans importance qui n’y prêtaient même pas attention. Ou qui profitaient parfois de la situation. Oh et puis, j’allais oublier : je le faisais surtout pour des gens que je n’aimais pas. C’est drôle, pas vrai ? Pourquoi ressent-on le besoin de faire une chose pareille ? Je l’ai fait parce que je le pouvais. Je le pouvais parce que je le voulais. Et je le voulais parce qu’ils me disaient que je ne le pouvais pas. Par le passé, j’ai vraiment fait mon maximum pour les gens m’apprécient, me trouvent cool, m’admirent. J’en ai peut-être même trop fait.

Mais au moins j’étais concentrée. La musique était tout pour moi. La musique, encore et encore. Je ne compte plus les nuits où je n’ai dormi qu’une heure ou deux. Je restais éveillée, à écrire, enregistrer. J’étais si près du but. J’étais déterminée. Évidemment, la crainte de décevoir m’a traversé l’esprit. Plusieurs fois. Par jour. Pendant des années. J’étais triste, gênée ; j’ai gardé en moi tellement de haine, vous n’avez pas idée. J’étais jeune, extrêmement influençable et un rien m’excitait. Et avec la technologie d’aujourd’hui, c’est ce que j’ai fait. C’est exactement ce que j’ai fait. J’ai créé ma propre hype. Comme n’importe quel gosse de mon âge : j’avais un rêve. Et j’ai fait tout ce qu’il y avait en mon pouvoir pour m’en rapprocher. Y compris mentir.

J’ai menti à des gens que je ne connaissais pas, j’ai menti à des gens qui comptaient pour moi. J’ai vendu une histoire qui n’était pas vraie. J’ai vendu une histoire qui n’était pas la mienne. Mais c’était une histoire que les gens adoreraient entendre et lire, croire. Je ne suis pas restée fidèle à moi-même. Je voulais tellement être cette artiste que tout le monde voulait que je sois. J’ai sorti de la musique qui ne me ressemblait pas. Je me suis vendue. Des gens – que je connaissais et parfois même que je n’avais jamais vus de ma vie – venaient me voir. Ils me racontaient avoir entendu ma chanson à la radio ou vu mon clip à la télé, ils me disaient à quel point ils avaient aimé et que ce que je faisais était génial. Des amis m’envoyaient des messages à chaque fois que ma musique était diffusée. Des gens dont je n’avais pas eu de nouvelles depuis un bon moment ont commencé à reprendre contact avec moi. Putain, merde, j’ai même eu des awards pour tout ça. Parfois, ils me demandaient quels étaient mes projets à venir ; ça pouvait être sincère, mais aussi de la curiosité mal placée. La plupart du temps, ça m’était complètement égal. Parce qu’à ce moment là, je comptaisToutes ces conneries, c’était bon pour mon arrogance. Et même si j’avais l’air confiante, la culpabilité me rongeait. Pourquoi est-ce que je faisais tout ça ? Pourquoi est-ce que je mentais à tous ces gens ? À moi-même ? Et puis, à quoi je pensais de toute façon ? Est-ce que je pensais réellement qu’on me laisserait partir en tournée, voyager à travers le monde, passer mes nuits en studio avec un grand artiste ? Mais je n’ai plus une once de haine en moi. J’en ai eu. Beaucoup. Mais ce n’est plus le cas. Avec le temps, j’ai appris à lâcher prise.

Et il m’en a fallu, du temps. J’ai toujours fait partie de ces personnes qui pensent que rien n’arrive par hasard. Je ne vois personnellement pas l’intérêt de citer des noms. Je suis sûre que vous saurez de qui et de quoi je parle. Si vous vous sentez visé alors, oui, je parle probablement de vous. Sinon, vous connaissez au moins mon histoire. Même si les choses se sont terminées sur une note négative… J’ai cultivé beaucoup de souvenirs. Des bons, comme des mauvais. J’ai retenu de nombreuses leçons. Et je suis reconnaissante des opportunités qui m’ont été données à l’époque. J’ai fait foirer certaines d’entre elles, j’en ai accepté d’autres les bras grand ouverts et puis il y a celles que j’ai sagement préféré décliner. Ce dernier semestre a été très chaotique pour moi. Sur le plan musical, familial, relationnel. Mais je ne suis pas une personne qui peut vivre avec la haine. Il est temps. Et le plus important pour moi est de retrouver le bonheur dans la musique. Dans les choses que j’aime. Dans la vie.

J’ai décidé de dire adieu à Abie Flinstone (bon, surtout parce qu’on dirait un nom ridicule de superhéros adolescent de dessin animé et que j’ai 23 ans à présent) et de sortir tous mes nouveaux morceaux sous le nom de Maiza. Maiza signifie la seule en Ilocano, un dialecte philippin. Quand vous êtes la seule, vous ne pouvez être remplacée. Quand vous ressemblez aux autres, il est très simple de trouver quelqu’un avec qui vous substituer. C’est bien d’être numéro un, cela veut dire que vous êtes le meilleur. Mais maintenant, j’essaie d’être unique pour être une personne meilleure. Pour enfin être la seule.

Je vous souhaite de l’amour et tous les autres petits bonheurs de la vie,
Abegail/Abby/Maiza
xo

Aimez Maiza, suivez Maiza, admirez Maiza.