Imitation game

Par Onrembobine @OnRembobinefr

Titre original : The Imitation Game

Note:
Origines : Royaume-Uni/États-Unis
Réalisateur : Morten Tyldum
Distribution : Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode, Allen Leech, Mark Strong, Charles Dance, Rory Kinnear, Matthew Beard…
Genre : Biopic/Drame/Adaptation
Date de sortie : 28 janvier 2015

Le Pitch :
1940 : l’Angleterre, tout comme d’autres pays, tentent de faire tomber le régime de l’Allemagne nazie. Dans le plus grand secret, Alan Turing, mathématicien, informaticien et cryptologue, ainsi qu’une équipe de chercheurs, sont recrutés afin de craquer les codes d’Enigma, la machine de cryptage allemande…

La Critique :
Il est toujours passionnant de découvrir des secrets historiques longtemps tenus secrets. Et ça l’est certainement encore davantage quand ces secrets concernent l’un des chapitres les plus étudiés de l’histoire, tout du moins dans les pays occidentaux, à savoir celui de la Seconde Guerre mondiale. Dans le long-métrage de Morten Tyldum, il est question d’aborder une face méconnue du combat contre le nazisme, à travers l’histoire d’un petit groupe de personnes qui a travaillé dans l’ombre.

Le personnage principal de ce film, qui n’est pas extraordinaire mais tout de même plutôt sympathique, est Alan Turing. Il est ici interprété par le fameux Benedict Cumberbatch, qui ne cesse de grimper ces dernières années (ce dernier étant notamment l’un des deux personnages principaux de la série anglaise à succès Sherlock). En se basant notamment sur la biographie d’Alan Turing rédigée par Andrew Hodges, Imitation Game nous raconte comment cette personne au destin si particulier changea le cours de l’histoire de plusieurs façons différentes.
Tout d’abord Turing est considéré comme un des pères fondateurs de la science informatique d’aujourd’hui, notamment par le fait d’un de ses articles : Mathematical Logic (Logique Mathématique). Il écrivit également : Mechanical Intelligence (Intelligence mécanique, artificielle). Durant la période de la Seconde Guerre mondiale, ses travaux lui firent intégrer le centre secret de la GC&CS à Bletchley Park. À cette époque, Bletchley Park était le principal site de de décryptage du Royaume-Uni, devenu aujourd’hui un site historique qui abrite notamment le Musée national de l’informatique (The National Museum of Computing). Ses travaux donnèrent le test de Turing, la machine de Turing, puis bien plus tard, ils donnèrent naissance aux ordinateurs que nous connaissons aujourd’hui. En cela, Alan Turing est considéré comme le précurseur de l’informatique moderne.

« Parfois, ce sont les personnes que l’on imagine capables de rien, qui font les choses que personne n’aurait imaginé. »

Le sujet est donc absolument passionnant ! Pourtant le film l’est beaucoup moins … Ni nul, ni épatant, Imitation Game surfe sur trois époques différentes dans lesquelles le spectateur peut parfois se perdre, ces trois temporalités s’inscrivant dans une mise en scène légèrement brouillonne.
À côté de cela, l’intérêt et l’attention sont tout de même maintenus car cette tranche d’histoire suscite la curiosité en nous plongeant dans les recherche de ces personnes qui ont tenté de réduire et de stopper les victoires militaires nazies.

Au-delà de l’histoire brute, le long-métrage permet d’aborder de nombreux sujets de société. Ainsi, la détresse dans laquelle se retrouve Alan Turing vers la fin de sa vie en raison de son orientation sexuelle, prend toute son importance grâce à l’interprétation juste et profonde de Benedict Cumberbatch. En effet, à l’époque, l’homosexualité était considérée comme un délit en Angleterre (jusqu’en 1967, date à laquelle elle fut dépénalisée). À titre de comparaison, elle était également considérée comme telle en France jusqu’à sa dépénalisation en 1982.

Parallèlement à cela vient se mêler le sujet du droit des femmes dans une époque profondément machiste et patriarcale. Keira Knightley, à travers le personnage bien réel et incontournable de Joan Clarke, est d’ailleurs ici pour servir ce propos. Et on peut dire qu’elle le fait plutôt bien. Les difficultés d’accès à des postes importants qui plus est dans le domaine scientifique, sont clairement dépeints par un réalisateur qui exprime un propos assez féministe.

Globalement, c’est le droit à la différence qui est exprimé à travers les différents épisodes de vie d’Alan Turing, notamment lors de sa période scolaire où on le voit subir de nombreuses brimades. C’est plutôt une très bonne chose d’avoir traité en priorité un propos comme celui-ci dans un film d’époque qui raconte une stratégie mathématique à des fins militaires.

Imitation Game manque parfois de finesse dans son traitement, il n’est pas non plus dénué de quelques fausses notes et certaines choses sont clairement prévisibles, mais le film a au moins le mérite de rendre visible une page historique que beaucoup ignorent. Au milieu de la confusion dans la mise en scène, on observe également une certaine originalité qui pointe le bout de son nez et qui nous évite l’ennui. Ça et l’interprétation adéquate des acteurs. En insistant sur les mœurs assez intolérantes de l’époque face à la différence, Morten Tyldum a mis ainsi de l’humain dans l’historique.

@ Audrey Cartier

Crédits photos : StudioCanal 

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