26 bonnes raisons de voyager en Iran – de A à Z

Publié le 25 janvier 2015 par Aurélien

Après dix articles racontant mon voyage en Iran à l’été 2014, j’ai essayé d’ordonner les choses qui m’ont le plus marqué lors de ce petit périple. Alors oui j’ai triché, et il manque quelques lettres (si vous avez des suggestions pour X ou W, je suis preneur…). Mais quoi de plus approprié à un pays si varié, si fin et si total que d’en décliner les facettes au rythme des lettres?

A comme Achéménides

S’il une chose réunit les Iraniens, c’est bien leur conscience historique: se penser comme les descendants d’un empire plurimillénaire, qui a connu ses apogées successives: d’abord sous les Achéménides (les “Perses” de Persépolis, que combattirent les Grecs et dont l’empire s’étendit jusqu’à l’Indus), puis sous les Sassanides (zoroastriens, qui durent jusqu’à l’arrivée de l’Islam), puis enfin au XVIe siècle avec les Safavides de Shah Abbas Ier, qui construisent Ispahan telle qu’elle apparaît aujourd’hui.

B comme Bazars

Immenses, dédaléens, abrités sous la fraîcheurs des voutes de brique, chaque ville a le sien, même s’ils ne sont pas tous de la taille de celui de Tabriz, classé au patrimoine de l’Unesco. Le premier bazar que je traverse, c’est le bazar de Téhéran le jour de mon arrivée: un samedi, et tout est fermé…

C comme Calligraphie

On se permettra ici de ne pas être d’accord avec OSS 117 (pour qui “le problème avec l’arabe, c’est que ce n’est pas facilement lisible”): la moindre portion de mur dans les palais et les mosquées est prétexte à dessiner soit des fleurs, soit des arabesques coraniques. Alors que je marche dans les rues de Téhéran, je surprends ce collage hétéroclite de numéros de téléphone: ce ne sont que des nombres, mais dans le patchwork de leurs couleurs vives je crois voir des formules incantatoires.

D comme Déserts

L’Iran c’est d’abord le désert interminable… Il n’y a guère que dans la région au Nord-Ouest de Téhéran, entre les montagnes et la mer Caspienne, que les collines sont vertes: les Iraniens y vont en vacances… précisément parce que c’est humide.

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Pas la peine de répéter à nouveau la qualité de l’hospitalité iranienne, pour les petites choses comme pour les grandes. Je ne compte pas le nombre d’Iraniens auxquels j’ai parlé… Ici un groupe discute sous l’un des ponts d’Ispahan; de quoi je ne sais, mais la fraîcheur s’y partage.

F comme Femmes

Les femmes iraniennes sont une leçon perpétuelle… Par exemple, comment ruser avec les contraintes vestimentaires pour rester au top de l’élégance sans pour autant enfreindre les lois dites et non dites.

G comme Gamins

Que serait un pays sans ses gamins? Ici ils poussent une charrette de tapis à travers les ruelles de Yazd.

H comme Hafez

Certes Allah est le seul Dieu et Mahomet est son prophète, mais juste après il y a Hafez, le prince des poètes, dans sa ville de Shiraz… Dans les jardins qui entourent sa tombe, les jeunes Shiraziens viennent se balader, pique-niquer, dragouiller. Les femmes pleurent sur sa tombe ou, par de petits papiers, font de la divination avec les vers de Hafez.

I comme Ispahan

Ispahan, “nesf-e-jahan”, la moitié du monde… La plus belle ville d’Iran (même si d’autres villes donnent une impression marquante) et celle au patrimoine le plus riche… Dans le tourbillon de vie qui anime l’immense place, renommée “Imam square”, on essaie d’imaginer quel fut l’émerveillement des voyageurs occidentaux qui parvinrent ici…

J comme Jardins

Les Iraniens ont un faible pour les jardins, et un don pour les faire beaux – remparts contre la chaleur et contre la sécheresse. Une luxuriance extrême – verte, dense, envahissante – se mêle à des murs aux fleurs de faïence, comme ici dans un palais à Ardabil.

K comme Kurdistan

L’Iran est resté un empire, et les Iraniens ethniques ne représentent que la moitié de la population; les autres sont: Azeris, Kurdes, Turcs, Arabes, Pakistanais, nomades de groupes variés… Autant de minorités qui sont plus ou moins bien représentées dans les cercles du pouvoir. Je traverse le Kurdistan iranien, terre emblématique des tensions indépendantistes: montagnes verticales, arides, aux flancs desquels s’accrochent des villages mangés de chaleur.

M comme Mosquée

Havre de fraîcheur des mosquées, dans les villes sèches et brûlantes. Moelleux des tapis sous les pieds déchaussés, silence feutré hormis ceux agenouillés qui récitent à voix basse, gestes lents des fidèles, éblouissement parfois des mosaïques de faïence.

N comme Nomades

L’Iran est le pays qui compte le plus grand nombre de nomades au monde: 2 millions au total. Marchant seul dans les montagnes sur les hauteurs de Kelardesht, des bergers en pâturage d’été m’invitent à partager un lait de chèvre.

P comme Pique-nique

S’il y a un truc qui branche les Iraniens, c’est bien les pique-niques. Dans tous les parcs, sur chaque pousse carré de verdure ombragée, une famille iranienne jette quelques nappes, installe son pain, son thé, quelques plats, et mange ou fait la sieste. Les mauvaises langues disent que ça revient moins cher que d’aller au restau; mais comme c’est agréable…

Q comme à Quoi pense-t-elle?

R comme Road-trip

Certains jours j’enchaîne les kilomètres et cela n’a pas de fin… Mon chauffeur de taxi s’est arrêté; par la fenêtre je capture l’attente d’une famille iranienne en bord de route.

S comme sécheresse

L’Iran vit sous un stress hydrique croissant. L’eau est rare et utilisée massivement pour des cultures trop intensives. Par le passé, la maîtrise des qanats (les canaux souterrains transportant l’eau) était à la base de la prospérité de l’empire iranien, à la fois force (car permettant à un empire puissant de se développer dans le désert) et faiblesse (car jamais les Iraniens n’ont pu s’éloigner trop de leurs canaux). Le fleuve d’Ispahan, que traversent de très jolis ponts, est à sec depuis une demi-douzaine d’années; les pédalos gisent échoués sur le sable.

T comme Tensions

Il faut moins d’une demi-journée pour se rendre compte à quel point la perception de l’Iran que nous avons est biaisée – pays sûr, chaleureux, développé. Au fil des rencontres et des découvertes on tombe sous le charme. Et pourtant par moments les tensions qui écartèlent le Moyen-Orient se rappellent au voyageur: comme lorsque voyageant au Kurdistan iranien je prends la route qui s’accroche aux montagnes et longe la frontière irakienne. Au bord d’une épingle à cheveux, quelques tentes où l’on sert du thé brûlant. Les voitures s’y arrêtent. La montagne est presque à pic et en bas c’est l’Irak, ou plutôt le Kurdistan irakien. Une famille contemple la vue en silence.

V comme Voile

Le voile est obligatoire pour les femmes – et elles ne se privent pas de ruser avec les limites de l’obligation; mais dans les villes les plus traditionnelles un tiers des femmes peut-être porte le hijab, voile noir couvrant, qui ne laisse apparent que le visage. Des formes noirs glissent dans la chaleur étouffante du début d’après-midi.

Y comme Yazd

Ville du désert, vieille comme l’homme, Yazd cache sa richesse dans le dédale de ses ruelles ocres ponctuées de voutes brisées. Voyage dans le temps…

Z comme Zoroastrien

Le zoroastrisme garde ses adeptes en Iran – quelques dizaines de milliers à peine, pour cette religion trois fois et demi millénaire. Au milieu du désert le temple zoroastrien de Takht-e Soleiman: au sommet d’une colline (air), un lac (eau) près duquel brillait un des trois flammes d’Iran (feu) – les quatre éléments réunis eu un seul lieu.

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