Jean-Philippe Charbonnier – l’Oeil de Paris

Publié le 01 février 2015 par Elisabeth1

« Je ne crois pas au génie surtout en photographie »
JP Charbonnier

En avant plan une belle paire de fesses qui n’a presque rien à envier à Kim Kardashian, 2 jeunes femmes se prélassent au bord de la Seine, au loin se dessine la silhouette familière du chevet de Notre Dame de Paris, telle est la couverture du petit livre écrit par Emmanuelle de l’Ecotais, sur Jean-Philippe Charbonnier.
A l’intérieur le titre de la photo, capillotracté
« le derrière de Notre Dame »


Si vous poursuivez votre lecture, ce sont des photos en noir et blanc qui s’offrent à vous. Cela n’évoque pas forcément le titre
« L’œil de Paris » mais justifie le sous-titre
« l’art du grotesque en photographie »

JP Charbonnier est dans la réalité brute, voire la provocation, on le sent à la lecture des titres de ses images, autant qu’à la vue de celles-ci, il est sans complaisance, sans compromis.
Il ne délivre aucun message et photographie le monde tel qu’il est, il se garde du flou américain de la période d’après guerre. L’une de ses photos préférées, « prise le 14 juillet 1945 à Paris »

fut refusée par un magazine américain (trop de grain, pas assez nette !), alors que lui trouvait au contraire que la beauté venait justement de son naturel. Une entorse à son principe « l’enfant flou- Paris 20e »
Si vous commencez à tournez les pages de ce petit livre, vous ne pourrez vous arrêter. Le plaisir des images, avec les clins d’œil amusés, tendres, ironiques, parfois féroces, impressionnantes (les jambes de Marisa Berenson), les baisers qui n’ont rien à voir avec celui de Doisneau,  les titres donnés par l’artiste,  questionnent, pourquoi est-il si peu connu ?
Je vous laisse découvrir tous ces trésors.
C’est un livre indispensable pour tout amateur de photos et d’humour.

Jean Philippe Charbonnier - Arc blanc, arc noir, quel temps fait-il à Pointe à Pitre ? Paris, 1981

Sa mère, Annette Vaillant était écrivain et la fille d'Alfred Natanson, (beu-frère de Misia) un des fondateurs de la Revue blanche et de l'actrice Marthe Mellot ; son père, Pierre Charbonnier, était peintre.
Baigné dans ce milieu artistique, Charbonnier se tourna vers la photographie en 1939, en fréquentant l'atelier du portraitiste de cinéma Sam Lévin.
Il s'exila en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, puis, à partir de 1948, fut successivement rédacteur en chef technique du journal Libération, collaborateur de France Dimanche et Point de Vue. Avec Édouard Boubat et Jean-Louis Swiners, il fit partie du trio de tête des reporters pour le magazine Réalités à partir de 1950. Durant les années 1950, il est également un prolifique photographe de mode, photographiant les mannequins à Paris en extérieur.

JP Charbonnier Bettina la plus belle, Paris 1953

Dans les années 1960, il se tourna vers la photographie commerciale, travaillant pour de grands groupes comme Carrefour ou Renault ainsi que pour le Ministère du Travail. Il enseigna à l'ESAG Penninghen et en Angleterre.
Invité par Michel Tournier, Charbonnier participa aux premières Rencontres d'Arles en 1970 en tant qu'invité d'honneur avec notamment l'exposition "Denis Brihat, Jean-Philippe Charbonnier, Jean-Pierre Sudre" présentée par Michel Tournier.
Il décida de quitter le magazine Réalités en 1974 pour porter son attention sur son voisinage parisien de la cathédrale Notre-Dame de Paris et réalisa des reportages fouillés sur son environnement.
Comparable à Walker Evans, Charbonnier, par ses reportages dans le monde entier et en particulier par ses sujets saisis dans son environnement proche en France, est un témoin de la deuxième moitié du XXe siècle.
Charbonnier est mort à Grasse le 28 mai 2004.

Merci pour l'envoi de ce livre aux Editions Séguier
3, rue Séguier
75006 Paris
www.editions-seguier.fr